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Psy Clairefontaine m'était conté...

Laurent Blanc a introduit un mystérieux « profileur » dans son staff. Pour déterminer, entre autres, le ou les profils de leaders potentiels du groupe France. Mardi dernier, les Bleus se sont entretenus avec lui... Une histoire qui fait rire et sourire ? Erreur ! Lol tient absolument à recruter un préparateur mental dans son staff. Retour sur une petite révolution du management des Bleus...

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Un peu de culture pour commencer... Oui, on sait que la plupart d'entre vous ont reconnu l'allusion à “Si Versailles m'était conté”, film de Sacha Guitry sorti en 1954. Versailles, Clairefontaine : « D'un Château, l'autre » , comme disait Céline... Donc bravo aux internautes cultivés. Pour les autres, ce sera la minute culturelle quotidienne. On apprend tous les jours. Au fait... On dit “du” coriandre (masculin) ou “de la” coriandre (féminin) ? Réfléchissez : on ramasse les copies dans une heure. Oui, donc cette histoire de psy en équipe de France voulu par Lolo et qui fait beaucoup jaser. Le sujet n'est pas nouveau : son prédécesseur Ray Strange faisait aussi appel à un “coach mental”, Jean-Pierre Doly, officiellement appointé par la Fédé et fort bien rémunéré. Et pour quel boulot ? Pour quel résultat ? Euh... Pour Laurent Blanc, c'est un projet hyper sérieux, surtout dans les circonstances particulières qui ont précédé son arrivée à la tête des Bleus. C'est parti...

Blanc : muscler le mental

Bon, déjà, la nécessité d'un psy dans le sport, dans une équipe de foot, c'est pas une préoccupation nouvelle chez Lol. En avril dernier, en plein dans le marasme bordelais qui avait vu les Girondins se crasher au milieu de cette saison 2009-2010 maudite, Laurent Blanc avait déjà exposé dans France Football l'importance de l'approche psychologique de son boulot : « L'aspect psychologique devient de plus en plus déterminant dans le football de haut niveau. Des préparateurs “mentaux” vont bientôt intégrer les staffs. Ils permettront d'optimiser le degré de performances de chaque joueur. A toutes ces techniques nouvelles, il convient désormais de s'ouvrir » . Une profession de foi qui s'accorde parfaitement avec la situation des Bleus après le krach de Knysna et ses séquelles toujours présentes. Bordeaux et équipe de France : même combat. Parce que même crise psychologique ? Oui et non : selon Blanc, l'approche mentale doit se réaliser aussi bien en temps de crise (c'était le cas à Bordeaux puis avec les Bleus), mais aussi en temps normal, quand l'équipe gaze bien. Donc, Lol entend désormais appliquer des méthodes psychologiques qu'il n'avait pas pu mettre en place du temps de Bordeaux. Dont acte : Blanc est cohérent avec lui-même.

Cet intérêt très important que porte Lol pour le “mental”, ça lui vient de loin. Notamment, à travers tous les grands entraîneurs pour lesquels il a joué. Il faut faire vite, alors citons les plus importants : Guy Roux, le “sorcier bourguignon” qui avait vraiment reboosté la carrière de Lol en 1995-1996 alors que la carrière de Lolo stagnait. Puis José Mourinho, un peu. Si, si ! Lol l'avait découvert au Barça la saison suivante : « Je l'ai connu adjoint (de Bobby Robson à Barcelone en 1996-1997), il mettait déjà l'accent sur les rapports humains. Il se nourrit du conflit. Il est aussi très exigeant et on se retrouve là-dessus » . Mais ce sont surtout Aimé Jacquet, chez les Bleus (1994-98), et évidemment Alex Ferguson, qui vont exercer sur lui une vraie influence. Là aussi, on va faire vite (à sofoot.com, on est payé que 3 000 Euros l'article, faut pas déconner !). Aimé et ses adjoints ont travaillé comme des malades pendant des années à cerner la personnalité profonde de tous les sélectionnables afin de déterminer leur profil psychologique le plus pointu possible. Enjeu crucial : bâtir le Groupe France le plus costaud physiquement et mentalement en vue du Mondial 98 à la maison ! Un travail de fou, avec des fiches tenues à jour... Tout ça, c'était le boulot en amont. Mais il y avait aussi l'accompagnement collatéral, soit la présence d'Henri Emile, copain, nounou et confident des Bleus. Pas un psy, mais pas loin : les joueurs lui confiaient leurs états d'âme. Comme par hasard, Riton a réintégré les Bleus depuis que Lol l'a rappelé au moment de sa nomination...

Ultime étape dans le boulot “psychologique” d'Aimé : l'appel à Roger Lemerre, fin 1997. Officiellement, Roger était le second d'Aimé pour les entraînements, celui qui dirigeait les séances pour alléger la charge du sélectionneur. En fait, outre le boulot de “co-entraîneur”, Roger Lemerre jouait aussi le rôle de go-between, de médiateur, de “passerelle communicante” entre Aimé et le Groupe des 23. Roger devait notamment gérer les états d'âme des remplaçants, un truc vraiment pas évident à gérer (demandez à Barthez et Lama comment c'était joyeux en 98...). Roger faisait quotidiennement remonter vers Aimé le “ressenti” du groupe, son vécu et ses revendications, sous un relatif couvert d'anonymat. Pas un psy, mais pas loin... Aujourd'hui, en octobre 2010, Jean-Louis Gasset occupe à peu près les mêmes fonctions que Lemerre : co-entraîneur à l'écoute du Groupe. Déjà, à Bordeaux, Jean-Louis dialoguait énormément avec les joueurs, il arrondissait les angles, vu la froideur et l'autorité intimidantes du “Président”...

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Sir Alex et Jürgen Klinsmann

Autre influence déterminante, Alex Ferguson. Lol a joué deux saisons à MU (2001-2003). Outre son apport sportif, Fergie comptait aussi sur Blanc pour “accompagner” l'éclosion footballistique des jeunes, mais aussi booster leur mental. On peut dire qu'indirectement, Lol a été le mentor de Rio Ferdinand : même poste, même autorité... Surtout, Alex Ferguson travaille énormément la musculation psychologique de ses joueurs, surtout les jeunes pousses prometteuses qu'il est très difficile de porter au top niveau. C'est sans doute là sa plus grande réussite : l'explosion au top, entre autres, de Cristiano Ronaldo, de Rooney et de Beckham (en plus du soutien précieux apporté après le Mondial 98, où David se faisait pourrir dans tous les stades anglais à cause de son expulsion contre l'Argentine). Comme pour Jacquet, énorme boulot d'enquêtes intimes, en plus poussé (scolarité, situation familiale, “vices” divers, comportement en société,...) sur les joueurs pressentis par Alex pour venir jouer à MU. On passe les détails pour juste rapporter qu'Alex observe tout, au quotidien. Y compris les petits détails “anodins”. Exemple : quand deux joueurs de United tapent un baby-foot, comme ça, pour le fun... Alex les observe et en quelques secondes, il a jaugé en eux la plus la gniac, la volonté de vaincre de celui qui veut “vraiment” gagner ! Des méthodes à la fois passionnantes et un peu flippantes. Mais bon, Sir Alex est coach de club, ce qui est différent avec le boulot de sélectionneur.

C'est pourquoi on peut évoquer le cas très intéressant de Jürgen Klinsmann, sélectionneur de l'Allemagne de 2004 à 2006. Deux années révolutionnaires... Le beau Jürgen a débarqué de sa Californie pour reprendre en main une Mannschaft à la ramasse, honteusement naze à l'Euro 2004. Sa mission gigantesque : l'Allemagne doit figurer le mieux possible au Mondial 006 qu'elle organise. En gros, Klinsman doit “reconstruire”. Et vite. Comme Lol aujourd'hui... Comme pour les Bleus de Blanc, Klinsmann devait rebâtir une équipe nationale avec un groupe plutôt jeune, “relativement inexpérimenté” et sans grands talents réellement de niveau international (hormis Ballack, ou Khan, finalement remplaçant). Gagner le Mondial 2006, c'est objectivement impossible. Alors Klinsmann se fixera à lui-même et à ses joueurs l'objectif juste en-dessous : la finale. Pour cela, il angle son boulot sur deux axes nouveaux : la préparation physique américaine, confiée à un jeune technicien US, Mark Verstegen (36 ans), et la préparation mentale, confiée au psychologue Hans-Dieter Hermann. En fait, ils seront deux “psys” que les joueurs consulteront à leur guise. Des méthodes californiennes, “New Age”, qui feront jaser en Allemagne : comme si le fier et rugueux footballeur teuton avait besoin de se faire “materner” par des nounous mentales ! Klinsmann, pas encore “Klinsi”, se fait tailler : les tabloïds vannent le “FC Beach Boys” du pauvre Jürgen... On ridiculise les concepts du “bien-vivre” américain, comme “the perfect day” ( « Du lever au coucher, je pense à rester professionnel » , « Je suis responsable de mon corps, de l'équipe que l'on forme tous ensemble » , « Faire de chaque jour un jour meilleur » ...). Klinsmann aura aussi le nez creux en s'adjoignant les services d'un jeune inconnu, Joachim Löw, co-entraîneur versé lui aussi dans le management cool. La méthode Klinsmann fonctionnera à merveille, même si la Mannschaft ne finira que 3ème.

Voilà. Laurent Blanc est un peu la somme de toutes ces expériences directes ou indirectes de gestion psychologique de groupe. Ceci dit, le bonhomme prend sa part perso en dialoguant avec ses joueurs, dans des circonstances parfois impromptues ( « Ah, oui ! Au petit-déjeuner, en faisant un billard... Il faut que ça se fasse de manière informelle. Sinon, le joueur se renferme » ). Sa volonté de faire appel à un psy rejoint donc de près la démarche de Klinsmann, aussi expérimentale et “marrante” fut-elle. Reconstruire les bases footballistiques et psychologiques d'une équipe de France en souffrance (sous-France ?). Un préparateur mental, l'idée intrigue, choque et pousse aux sarcasmes. Lol s'en tape : un “adjoint-psychologue” pour optimiser le rendement des Bleus, lui il y croit. Même s'il ne figure pas exactement comme le précurseur absolu en France (Jean-Marc Furlan avait déjà recours à une psy du temps où il coachait Troyes), il est quand même en train de bousculer les choses en initiant l'introduction officielle d'une fonction “nouvelle”. A suivre...


Chérif Ghemmour

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Mais en france le psy c' est pascal le grrand frère
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