1. //
  2. // Insolite

Profession magnétiseur

Ils sont sur le bord du terrain. Ils soignent les petits bobos. Les gros aussi. Personne ne veut vraiment en parler officiellement. Mais à ce que les joueurs en disent officieusement, ils font des miracles. Dans le foot amateur, en Coupe de France, mais pas que.

Modififié
334 8
C’est une légende. Comme il en existe des centaines. Début avril 2014, Chelsea s’apprête à accueillir Paris pour un quart de finale retour de Ligue des champions. Deux problèmes se posent à Mourinho. Le premier : il a perdu 3-1 à l’aller. Le second : ses attaquants sont en petite forme. Eto’o est sur un fil, Fernando Torres en manque de rythme et concernant Demba Ba, les médecins sont formels : il ne jouera pas. Il peut à peine marcher. Mais impossible n’est pas franco-sénégalais, Demba Ba a peut-être une solution sous le coude.

Il connaît un « kiné » . Le genre de mecs que la science n’arrive pas encore à comprendre. Encore moins à expliquer. Un faiseur de miracles. L’homme en question habite et exerce à Lille. Il monte spécialement à Londres une semaine avant le match. Pendant deux jours, les deux hommes travaillent ensemble, et la suite, vous la connaissez. Au soir du 8 avril 2014, Demba Ba entre à la place de Lampard à vingt minutes du coup de sifflet final et vient tacler cette vieille frappe d’Azpilicueta qui envoie directement Chelsea en demi-finale de C1.

Bénévolat, imposition et momification


Les magnétiseurs, ou « kinés » pour la couverture civile, sont des hommes de l’ombre. Rares sont ceux à apparaître officiellement dans l’organigramme du club. On parle généralement de partenariat. Voire de bénévolat. C’est le cas d’Alan Robert qui exerce à Servas, petite commune d’Auvergne, et qui file des coups de main « par passion » au club du coin, le FC Veyle Vieux Jonc. Alan est né dans une famille où « l’énergie » se transmet de génération en génération. C’est dans ce cocon familial qu’il apprend la théorie : c’est-à-dire l’ouverture d’esprit, l’écoute et la pratique du magnétisme.

C'est aussi en famille qu'Alan découvre qu'il a de l'énergie en lui. Pour cela, un test a suffi : « Tu prends un fruit dans tes mains et tu vois en combien de temps tu le momifies. C’est un test qu’on fait souvent chez moi. En trois jours, à raison de dix minutes par soir, j’ai réussi à momifier le fruit. Au début pour moi, c’était plutôt en une semaine, une semaine et demie. Et bah maintenant, en trois jours, facile. » Reste maintenant à appliquer cette technique d'imposition, soit approcher les mains du corps de l’autre, sans le toucher, pour, par exemple, retirer la douleur, aux humains.

« Je ne fais pas de diagnostic. Je soulage »


Michel Leray, lui, pratique du côté de la Bretagne. À Loyat exactement. Dans le Morbihan. Au début, c’est l’entraîneur de l'équipe qui fait appel à ses services pour des problèmes de dos. Et les résultats sont si probants qu’il le conseille à ses joueurs. Aujourd’hui, ils viennent le voir à la moindre douleur. Crampes, courbatures et même entorses : « Un joueur s’est tordu la cheville le dimanche. Il vient me voir le lundi et me dit que le week-end suivant, il a un match super important. En une ou deux séances, on a réglé ça et il a pu rejouer avec un strapping. » Chez Michel, le magnétisme n’est pas génétique. Il s’est manifesté à lui subitement, sans prévenir, alors qu’il s’approchait d'une cheville foulée dans sa salle de gym. Deux jours plus tard, plus rien. Un ami lui explique alors qu’il a un « don » .

Depuis, il a appris à en faire bon usage avec des sportifs plus ou moins connus et venant de tous horizons, avides de guérison express : « Si on veut rationaliser le magnétisme, il faut imaginer que la douleur, c’est de la poudre de fer. Et que les mains, ce sont des aimants qui enlèvent donc tout ce qui est mauvais. » Ce n’est donc pas vraiment de la médecine : « Quand je vois des grosses blessures, je soulage la douleur. Mais je ne guéris pas et je ne diagnostique pas. Moi, je préfère travailler après des examens médicaux. Et quand ils ne les ont pas faits, je les incite à le faire. » Si Michel Leray préfère exercer dans son bureau, Alan Robert, lui, intervient carrément sur le bord du terrain : « Je vais sur la pelouse en cas de besoin. Mais je peux aussi faire des soins à distance sur les joueurs qui ont des points de côté. Ils me font signe et j’agis. »

Mutuelle et droit à l’échec


Côté patient, c’est difficilement descriptible. Se faire magnétiser, c’est quelque chose comme « chaud, froid, chaud, froid, ça va jusqu’aux doigts de pieds, ça fait des fourmis et la douleur disparaît. » Bref, quelque chose d’assez occulte. Tout comme le nombre de magnétiseurs présents dans les staffs médicaux. Une chose est sûre, en cette semaine de Coupe de France, en cette gloire à l’amateurisme, il est plus facile d’en parler avec des clubs de niveau départemental qu'en se rapprochant du professionnalisme. Là, le silence se fait plus pesant. Pourtant, les légendes concernant ces mystérieux guérisseurs ne manquent pas. Les anecdotes à petit et haut niveau, de courbatures envolées, d’entorses disparues et de ligaments croisés soulagés se racontent dans les vestiaires allant de la DH jusqu'à la L1.

Mais voilà, les magnétiseurs n’aiment pas la lumière. Ils créent le vide autour d’eux pour éviter tout procès pour charlatanisme. Denis Vipret, célèbre magnétiseur suisse ayant notamment compté Zinédine Zidane parmi ses clients, peut en témoigner. Mieux vaut ne pas trop faire parler de soi. Michel Leray explique : « Si on n’est pas trop mauvais, comme un médecin finalement, on t’appellera. On marche au bouche-à-oreille. Généralement, ce sont les joueurs qui viennent me voir. Qui me payent directement. Certaines mutuelles prennent en charge les frais occasionnés. Et puis, comme les médecins, je revendique le droit à l’échec aussi. Dans tous les métiers, il y a les bons et les mauvais, les vénaux… » Et puis, ceux aussi qui font gagner des quarts de finale de Ligue des champions.


Propos recueillis par Ugo Bocchi
Modifié

20% de tout acte comporte un effet placebo, après si les joueurs sont satisfaits c'est tant mieux!
Mais bon remettre des cellules dans un axe ou autre connerie faut pas abuser! Tant qu'il ne se proclame pas guérisseur de cancer ça me va ;)
Pourquoi mon commentaire n'apparaît pas?
ManodesMontagnes Niveau : CFA2
Note : 1
"Je peux aussi faire des soins à distance sur les joueurs qui ont des points de côté. Ils me font signe et j’agis"

On en parle, de ca ? Lustrerait-il aussi les chibres en wi-fi ?

http://www.lindependant.fr/2012/12/20/s … 712337.php
"Ce n’est donc pas vraiment de la médecine", ah bon
C'est un sujet intéressant mais qui est malheureusement survolé.

Il me semble important de dire, que dans une grande partie des cas les blessures guérissent spontanément de façon plus ou moins rapide (je parle de petites blessures, style entorse de stade 1). Du coup l'apport de thérapies "mystiques" participent à l'effet placébo, ou à la prise en charge comme pour n'importe quel patient. Il y a pleins d'études qui tendent à montrer que le fait de prendre en charge un patient (un footballeur blessé ici), peu importe la spécialité médicale/para-med et peu importe la technique, augmenterait les vitesses de guérisons des différentes pathologies.

Quand on sait cela, l'explication de ces thérapies semble plus logique. Pour l'aspect magnétique plus particulièrement, on sait que le phénomène existe de part l'aspect de polarité de chaque individu. Après en théorie il est possible de magnétiser les molécules des cellules (cf l'IRM), mais cela demande un champ magnétique assez important il me semble. Par ailleurs, l'irm n'a aucun effet thérapeutique (à ma connaissance), du coup j'ai encore du mal à comprendre comment un individu pourrait lui en avoir (d'effet thérapeutique).

De la même façon on peut facilement expliquer les variations de températures du patient (footballeur donc) : ces thérapeutes sont généralement très fort dans tout ce qui attrait à la communication non verbale. Ils peuvent facilement intimider, persuader que leur thérapie fonctionne. Du coup, de la même façon que lorsque l'on a honte on rougit, ils doivent pouvoir facilement agir sur cet aspect psychologique, qui retentit directement sur la physiologie. De ce fait l'argument de fluctuation de température est difficilement recevable.

Je finirai par rapport mon expérience personnelle : J'ai pu bosser en tant que kiné dans un club de ligue 1, et j'ai également vu travailler des kinés avec beaucoup plus d'expérience que la mienne. Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans un club de foot le kiné est considéré comme un soignant et il gère vraiment tout ce qui attrait à la douleur, au diagnostic, à la thérapeutique, aux petits bobos, à la rééducation... Il a un rôle majeur. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est plus important que le médecin, mais généralement il gère tout l'aspect quotidien du footballeur, le médecin étant plutôt habilité pour les plus grosses blessures (encore une fois je ne minimise pas le rôle du médecin, rien n'est tout noir ou tout blanc, mais j'essaye de simplifier les différents statuts).
Cette situation fait que dans le club où j'étais, par exemple, les kinés avaient une certaine "notoriété", ou statut de "puissance", de part le fait qu'ils gèrent les différents problèmes au quotidien. Ils gèrent même très souvent le côté pharmacie pourtant censé être réservé au médecin. Je pense que cet aspect de toute-puissance du soigneur-kiné vient un peu de là.

Dans le club où j'étais, le kiné ayant 40 ans d'expérience, il est clair qu'il avait vraiment un statut particulier vis à vis des joueurs et du staff. Il m'a montré certaines manipulations/techniques qui n'avaient prouvées aucune efficacité réelle, mais qui de part sa façon de faire, sa "prestance", son expérience, étaient vraiment utiles à la rééducation et à la récupération.
Gilberto Gil Rui Barros Niveau : DHR
La semaine prochaine dans sofoot : « le recrutement par thème astral, ça marche ! »
Avec de vraies citations dedans « Ah bah, bien sûr que ça marche, la preuve, ma voyante m'avait dit que le thème astral de Falcao était perrave » (Roman A.)
C'est plutôt 30 à 40 % en moyenne l'effet placebo selon les techniques.
Le poids de cet effet est d'autant plus recherché pour les techniques comme le magnétisme qui ne s'appuie sur aucun fondement scientifique connu à ce jour.
Déjà la personne qui consulte a été envoyé par quelqu'un qui lui a vendu du rêve (seul lui m'a guéri). Ensuite le thérapeute joue du côté mystique (j'ai un don!) et optimise l'effet placebo à fond les ballons: "tu sens que je t'ai retiré le feu? Tu vas voir tu vas aller mieux!"
Tout ça joue pour beaucoup plus de 20% du résultat chez la plupart des personnes.

4fingers Kiné très cartésien.
ZiziJeanmaire Niveau : District
Message posté par Calabrun
C'est un sujet intéressant mais qui est malheureusement survolé.

Il me semble important de dire, que dans une grande partie des cas les blessures guérissent spontanément de façon plus ou moins rapide (je parle de petites blessures, style entorse de stade 1). Du coup l'apport de thérapies "mystiques" participent à l'effet placébo, ou à la prise en charge comme pour n'importe quel patient. Il y a pleins d'études qui tendent à montrer que le fait de prendre en charge un patient (un footballeur blessé ici), peu importe la spécialité médicale/para-med et peu importe la technique, augmenterait les vitesses de guérisons des différentes pathologies.

Quand on sait cela, l'explication de ces thérapies semble plus logique. Pour l'aspect magnétique plus particulièrement, on sait que le phénomène existe de part l'aspect de polarité de chaque individu. Après en théorie il est possible de magnétiser les molécules des cellules (cf l'IRM), mais cela demande un champ magnétique assez important il me semble. Par ailleurs, l'irm n'a aucun effet thérapeutique (à ma connaissance), du coup j'ai encore du mal à comprendre comment un individu pourrait lui en avoir (d'effet thérapeutique).

De la même façon on peut facilement expliquer les variations de températures du patient (footballeur donc) : ces thérapeutes sont généralement très fort dans tout ce qui attrait à la communication non verbale. Ils peuvent facilement intimider, persuader que leur thérapie fonctionne. Du coup, de la même façon que lorsque l'on a honte on rougit, ils doivent pouvoir facilement agir sur cet aspect psychologique, qui retentit directement sur la physiologie. De ce fait l'argument de fluctuation de température est difficilement recevable.

Je finirai par rapport mon expérience personnelle : J'ai pu bosser en tant que kiné dans un club de ligue 1, et j'ai également vu travailler des kinés avec beaucoup plus d'expérience que la mienne. Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans un club de foot le kiné est considéré comme un soignant et il gère vraiment tout ce qui attrait à la douleur, au diagnostic, à la thérapeutique, aux petits bobos, à la rééducation... Il a un rôle majeur. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est plus important que le médecin, mais généralement il gère tout l'aspect quotidien du footballeur, le médecin étant plutôt habilité pour les plus grosses blessures (encore une fois je ne minimise pas le rôle du médecin, rien n'est tout noir ou tout blanc, mais j'essaye de simplifier les différents statuts).
Cette situation fait que dans le club où j'étais, par exemple, les kinés avaient une certaine "notoriété", ou statut de "puissance", de part le fait qu'ils gèrent les différents problèmes au quotidien. Ils gèrent même très souvent le côté pharmacie pourtant censé être réservé au médecin. Je pense que cet aspect de toute-puissance du soigneur-kiné vient un peu de là.

Dans le club où j'étais, le kiné ayant 40 ans d'expérience, il est clair qu'il avait vraiment un statut particulier vis à vis des joueurs et du staff. Il m'a montré certaines manipulations/techniques qui n'avaient prouvées aucune efficacité réelle, mais qui de part sa façon de faire, sa "prestance", son expérience, étaient vraiment utiles à la rééducation et à la récupération.


je partage ton analyse très pertinente. J'ajouterais aussi la naïveté confondante des jeunes footballeurs dans les clubs pro; et le fait qu'un sportif est déjà à priori quelqu'un en bonne santé, et plus facile à soigner qu'une préménopausée dysthyroïdienne de 50 ans.

Le Kiosque SO PRESS

Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
Article suivant
Qui pour sauver Troyes ?
334 8