Prison dorée

Les présidents victimes des caprices de leurs joueurs, c'est terminé en Italie. Désormais, « sois bon et tais-toi » est le nouveau credo. Pour quelques mots de travers, une carrière peut basculer, talent ou non. Cassano, Marchetti et quelques autres en ont fait les frais.

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“Prison Break”, c'était bien seulement la première saison. Mais pour certains, la série a continué et est devenue réalité. Et là, ça devient beaucoup moins marrant. C'est même la nouvelle mode en Italie : les joueurs prisonniers de leur propre club. Quelques phrases de trop, des déclarations mal venues, des désirs exprimés trop vivement, et hop, on se retrouve tricard. De héros à zéro.

La tendance a été lancée l'été dernier. A la base, le toujours controversé président de la Lazio Rome, Claudio Lotito. A la fin de la saison 2008-09, Goran Pandev et Christian Ledesma expriment leur désir d'aller voir ailleurs. Dans un premier temps, le président ne répond pas. Le Macédonien est suivi par le Napoli, l'Italo-Argentin par l'Inter. Mais Lotito refuse les premières offres, les jugeant trop basses. Les semaines passent et rien ne se débloque. Pandev hausse le ton : mauvaise idée. Pour le premier rendez-vous de la saison, une Supercoupe d'Italie jouée à Pékin contre l'Inter, le grand manitou laziale ordonne que les deux joueurs ne soient pas convoqués. Lorsque l'équipe revient triomphante de son voyage en Chine, Pandev et Ledesma sont devenus des fantômes. Ils s'entraînent à part, sur un autre terrain, avec un autre entraîneur. Ils décident d'attaquer en justice le club. Le tribunal mettra quatre mois à trancher. Quatre mois pendant lesquels Pandev et Ledesma restent captifs, sans jouer. Pour des raisons légales pas vraiment claires, Pandev gagne son procès, Ledesma non. Le Macédonien s'enfuit donc à l'Inter Milan gratuitement. Ledesma, lui, reste. Il ne sera réintégré dans l'effectif que deux mois plus tard, à l'arrivée du nouvel entraîneur Edy Reja, qui ordonne sa réinsertion immédiate. Fin du chapitre. Début d'une mode.

La ténacité et la détermination de Lotito, critiquées par la majeure partie des supporters, fait des émules chez d‘autres présidents. Après tout, ce sont eux qui tiennent les rênes, alors pourquoi se laisser marcher sur les pieds par des types en shorts ? Massimo Cellino, patron de Cagliari, partage cette vision. Juste après la Coupe du Monde, le portier de l'Italie, Federico Marchetti, se confie dans La Gazzetta dello Sport : « Je suis déçu de ne pas avoir été transféré à la Sampdoria où j'aurais pu jouer les préliminaires de Ligue des Champions » . Déclaration plus ou moins anodine. Pas pour Cellino, qui boycotte immédiatement son joueur, le reléguant au rang de troisième gardien. Marchetti, qui s'entraîne désormais seul en attendant d'être transféré, perd du coup sa place en Equipe d'Italie. « Les jours les plus difficiles sont le samedi et le dimanche. Je ne suis jamais convoqué, donc je vais à la mer ou au cinéma » témoigne-t-il, bien tristement, dans cette même Gazzetta. Convoité avant l'été par les plus grands clubs (Milan AC, Arsenal), le gardien est désormais dans le viseur de West Bromwich. Ou comment flinguer une carrière. « On parle là de joueurs qui gagnent plusieurs millions d'euros chaque année. C'est donc légitime que les présidents de clubs exigent un comportement respectueux envers le maillot qu'ils portent. Selon moi, c'est la moindre des choses d'imposer les mêmes règles à tous. Après, il ne faut pas que cela tourne à l'injustice non plus. Mais si la sanction est méritée, peu importe si le joueur s'appelle Marchetti ou Cassano » nous explique Gigi Simoni, entraîneur mythique du Napoli et de l'Inter Milan.

Antonio Cassano, justement. Après un excellent début de saison avec la Sampdoria (quatre buts dans les cinq premiers matches de Serie A), Fantantonio insulte son président et père spirituel, Riccardo Garrone. La guerre froide débute malgré les excuses officielles du joueur. Cassano est exclu de l'équipe et renvoyé devant le tribunal. Sans lui, la Sampdoria perd sa fantaisie. C'est le prix à payer pour se faire respecter. « Quel que soit le jugement, Cassano ne jouera plus jamais avec la Sampdoria. Il y a des règles à respecter, des limites à ne pas franchir. Ce n'est pas parce qu'il s'appelle Cassano qu'il doit se croire tout permis » affirme Garrone dans une interview accordée à La Repubblica. Mais le bad boy réussit à convaincre les jurés et gagne le procès. C'est donc la tête haute, mais la queue entre les jambes, qu'il quitte la Sampdoria pour le Milan AC. « Si je recommence mes conneries ici, il faudra m'enfermer » déclare-t-il lors de sa présentation officielle à Milanello. Au moins, la sévérité aura servi à quelque chose. « Je pense que cette affaire aura fait grandir Cassano. Garrone a été dur, car même les supporters voulaient le retour d'Antonio. Mais il a tenu bon, pour que son action serve aussi d'exemple. Désormais, cela dissuadera d'autres joueurs de vouloir jouer les caïds » atteste Filippo Grimaldi, journaliste à La Gazzetta dello Sport et spécialiste du club génois.



Dernier cas en date, celui d'Adrian Mutu. Suspendu pendant plus de six mois pour des affaires de dopage, le Roumain revient au mois d'octobre. Mais, trop marqué par ce qu'il venait de vivre, il décide de changer d'air lors du mercato. Le joueur et son agent trouvent un accord avec Cesena, mais le président florentin lui refuse le transfert. Furieux, Mutu claque la porte lors d'un entraînement, la veille d'un déplacement à Bologne. Pas de réconciliation possible : Andrea Della Valle exclut le joueur de l'équipe, et, comme punition ultime, le retire du marché des transferts. Six mois de tôle, en gros. Morale de cette affaire : mets une mandale à un serveur, je te soutiendrai, drogue-toi, je te soutiendrai, mais ose manquer de respect à tes couleurs et tu vas prendre cher.



Eric Maggiori

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On devrait prendre exemple.
L'exemple de Cassano est extrêmement mal choisi ! Cassano est en fait devenu un modèle à suivre pour tous les mercenaires qui veulent se faire libérer de leur contrat ! Le président de la Samp a été super con, car il perd son meilleur joueur contre 0€, et en plus il a dû lui payer des indemnités de licenciement ; il ne pouvait pas faire pire. Ce qu'il aurait fallu faire, c'est flanquer Cassano 6 mois avec l'équipe réserve, tout en le privant de transfert. Et là, il aurait compris sa douleur. C'est comme ça qu'on discipline un joueur, pas en le libérant, c'est débile.
Bon article,mais une conclusion un peu facile et hative selon moi
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