Principles Of Geometry : « Il faudrait mettre du Wagner à burne dans les stades »

Habitué des artistes amateurs du ballon rond, cette rubrique prend exceptionnellement une toute autre tournure en offrant la parole à Jérémy Duval, l'un des deux touche-à-tout du groupe électro Principles Of Geometry. S'il n'a jamais eu de cartes Panini et semble préférer le côté médiéval des courses de chars au bling-bling des footballeurs, le Lillois n'en garde pas moins un regard critique et intéressant. La preuve, il a adoré « Coup de tête !

11 4
Il paraît que vous n'êtes pas très portés sur le foot avec Guillaume. Pourquoi ça ?
C'est une bonne question, mais je préférerais plus simplement : « Pourquoi le foot ne vous intéresse pas ? » Après tout, c'est plutôt comme ça qu'il faut le voir. Ça permet de contourner le manichéisme de la culture populaire qui veut que, soit on aime, soit on n'aime pas.

Dans ce cas, on reprend : pourquoi le foot ne t'intéresse pas ?
Il ne faut pas y voir un jugement de valeur, mais le ballon rond - en tant que tel - nous n'avons rien contre, comme nous n'avons rien pour. Ça ne fait pas partie de notre univers et de notre culture, mais sans non plus railler ceux qui aiment. Personnellement, on trouve que les courses de chars, ça devait avoir un peu plus de gueule.

Qu'est-ce qui te frustre ou t'agace le plus dans le milieu du football ?
Je te répondrai par un poncif : le marketing à outrance qui, en soi, est identique aux sports générant des droits et des produits dérivés suffisamment rémunérateurs. Ce n'est donc pas nécessairement un problème lié au football, mais plutôt un aspect général sur la façon dont tout doit être consommé et mis en scène. Un petit peu plus de mécénat, ça ne serait pas de la gourmandise, les amis. Mais bon, c'est pareil dans l'industrie musicale. Un partout, donc.

Il semble tout de même y avoir moins de rivalité entre les groupes qu'entre les clubs. C'est le côté agressif de la compétition qui t'insupporte ?
Non, parce que c'est le principe des sports d'arène, c'est un minimum. Humainement parlant, le sport sert un peu à ça, non ? Il y a quelques années, l'un d'entre nous est allé au Palio de Sienne, je peux t'assurer que niveau rivalité, ça se pose là. Même si le côté médiéval rend l'ensemble un peu plus romantique, en quelque sorte.

Petit, tu n'as jamais rêvé d'être un grand joueur ?
(Rires) Non, pas du tout. Cela dit, la vision de gros concerts dans des stades comme ceux de Wembley m'a toujours fasciné quand j'étais enfant. Donc finalement, oui, j'y ai un peu rêvé, mais pour y jouer autre chose.

Étant originaire de Lille, tu as forcément dû être confronté à de nombreuses discussions de foot, non ?
Les seules relations que je peux avoir avec le football lillois, ce sont les deux Ferrari qui traînent là où on a notre studio. Du coup, j'en profite et je t'envoie un message à toi, joueur émérite : si, après ton assiette de pâtes au sucre du matin, tu veux passer au studio, on pourra te proposer un projet sur mesure pour ta pré-retraite. Un disque pour faire de toi quelqu'un de sensiblement artistique. Et ça ne coûtera que la moitié d'une Ferrari, à vue de nez.

À t'entendre, on a l'impression que le foot est uniquement bling-bling. Tu ne peux tout de même pas nier qu'il est également très fédérateur…
Non, bien sûr, ce serait une véritable ineptie. C'est le sport de masse par excellence. Mais je vais éviter de tomber dans les analyses sociologiques de café des sports.

Tu as l'impression d'être un ovni en n'aimant pas le foot dans un pays si porté sur le sujet ?
Non, pas du tout. Je n'aborde simplement jamais le sujet. Bien sûr, ça peut donner des situations étranges, mais aussi étranges que lorsqu'on rencontre des gens qui vivent sans musique et qui s'en portent très bien. Et puis, avec Guillaume, on n'a pas besoin de ça pour être pris pour des ovnis, rassure-toi !

Tu dois bien avoir au moins un bon souvenir lié au foot ?
Bien sûr : Coup de tête avec Patrick Dewaere. Je n'ai donc qu'une chose à dire : « Allez Trincamp ! Allez Trincamp ! Allez Trincamp ! »

C'est marrant que tu cites Coup de tête, qui est l'un des rares films français réussis sur le foot. Qu'est-ce qui te plaît dans ce film ?
Déjà, la présence de Dewaere, évidemment. Personne d'autre n'aurait pu jouer à ce point ce paumé illuminé. Complètement à part, dubitatif, mais en même temps totalement comme les autres. J'ai l'impression qu'il est baigné dans un cynisme assez jouissif. C'est totalement cliché de dire ça, mais c'était vraiment un comédien formidable. Il s'est totalement noyé dans sa volonté de jouer. Et le reste du casting est parfait. Ça joue super bien, comme dans un beau match, je suppose.

Le message du film est également très fort.
Oui, il y a la traduction de tout un système à travers le prisme d'un microcosme local. Le grand patron président de club, les sponsors, le peuple : la pyramide sociale est recréée. C'est une mécanique à échelle réduite, alors les petites ficelles deviennent aussi larges que des cordes à nœud, c'est jubilatoire.

Comment expliquer que le foot soit si difficilement adaptable au cinéma ?
Peut-être que c'est le sport en général qui est difficilement adaptable au cinéma. Quand on fait le compte, hormis Rollerball - celui de 75 -, je ne pourrais pas te citer un autre film « sportif » que j'ai apprécié. Il faut dire aussi que les films sur le sport nous ont toujours fait une drôle d'impression. Il y a bien le goût, mais il manque l'odeur de la sueur. C'est comme les réalisateurs qui font des films sur le monde du cinéma ou la condition du comédien. La caméra ne se dirige pas sur le bon sujet, ce n'est qu'un écho d'émotion. Mais bon, faudrait peut-être demander à un mec qui sort de la Fémis, il aurait sûrement un avis très intéressant sur le sujet.

Quid de la musique dans les stades ? Ce n'est pas très glorieux non plus.
D'un point de vue musical, je pense qu'il faudrait mettre du Wagner à burne dans les stades, ce serait magnifique. Ça deviendrait du cinéma en direct, quelque chose d'épique.

Généralement, ceux qui n'aiment pas le foot suivent quand même les grands évènements. C'est ton cas avec la Coupe du monde qui approche ?
Étant donné que je n'ai pas la télé, ça risque d'être compliqué. Mais bon, j'avoue que si les matchs se déroulaient directement sur la plage d'Ipanema, pieds nus, ça aurait pu susciter plus d'intérêt de ma part. Cela dit, le Brésil est un pays absolument magnifique, on a eu la chance d'y faire une tournée, les Brésiliens sont géniaux. Je conseille donc à tous d'y aller.

Meanstream, le nouvel album de Principles Of Geometry, est dans les bacs.

Maxime Delcourt
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Un interview "Culture Foot" où les mecs commencent par dire que le foot "ça ne fait pas partie de notre univers et de notre culture" c'est assez fort quand même. Y a des futurs prix Pulitzer chez SF.
c'est intéressant justement cette ouverture de sofoot, ça permet d'appréhender la chose autrement, c'est pour ça qu'on lit sofoot et pas cote et match
En gros c'est une interview foot ou on ne parle pas vraiment de foot.. logique !!
Franchement, c'est à chier mais vraiment.
Nico a raison sur toute la ligne.
Je dis pas ça gratuitement ou méchamment mais où est l'intérêt de ces ITWs et de ces groupes?
Le truc passionnant ce serait de voir des gugus ayant leur dégaine flingos qui nous diraient "moi je suis dingue de sté, je suis abonné MF depuis mathusalem" alors que tu ne le vois pas venir.
A contrario, là on a des mecs dont on présuppose qu'ils n'aiment pas le foot et dont les propos vont totalement en ce sens.
Pourtant, y'a des mecs en France qui aiment le foot et cette culture - y compris dans ce milieu.
Je ne vois donc pas l'intéret de faire une itw sur des gus n'y comprenant rien.
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
11 4