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Pourquoi tu t'agites, Lille ?


Alors que le club a construit ses succès sur la stabilité des entraîneurs, d'Halilhodžić à Garcia en passant par Puel, il vient d'enchaîner 3 entraîneurs en moins de 3 ans. Qu'est-ce qui cloche au nord ?

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109 jours : c'est le temps qu'aura passé Hervé Renard à la tête du LOSC. Soit le plus faible total pour un entraîneur sous la présidence Seydoux, lancée il y a 13 ans. Au vrai, c'est même la première fois que le père Michel déshérite son coach en cours de saison. Un Michel Seydoux arrivé en 2002 donc, pendant la quatrième et dernière saison de Vahid Halilhodžić. Après le Bosnien, Puel est resté six ans, Garcia cinq ans. Soit trois entraîneurs pour quinze piges et une réputation de stabilité de la part du club lillois. Mais depuis, le rythme s'est accéléré, puisque Antonetti devient le troisième chef de meute placé à la tête des Dogues en deux saisons et demie. Lille aurait-il la rage ? Pas vraiment. Il est plutôt en pleine crise d'adolescence.

Des préfabriqués au grand stade


Quand Halilhodžić arrive en 1998, il hérite d'une équipe au bord de l'abîme : après six journées, elle est tombé à la 17e place de Division 2. Il la transforme en machine, avec une saison terminée à la 4e place à une différence d'un petit but de la montée, un titre de champion et 16 points d'avance sur le dauphin lors de sa deuxième année, suivi d'une qualif' en C1 pour la troisième. Des éliminations de Parme ou de la Fiorentina plus tard, il laisse un groupe arrivé au bout de son aventure. Puel récupère une génération neuve qu'il conduira à deux reprises en Ligue des champions, avant de passer le relais à Garcia, jeune entraîneur venu du Mans. Avec cette éternelle mission de relancer une équipe qui, si elle a investi un superbe centre d'entraînement six ans plus tôt, n'a toujours pas de stade fixe. À défaut d'argent, le club a le temps. Et Rudi Garcia en fait bon usage.

Depuis RG1, le club a réalisé le doublé et investi un stade de 50 000 places. Le statut a changé, le LOSC se paie des Martin, Roux ou Payet, avec plus ou moins de bonheur, et les attentes augmentent. Celles de Garcia l'envoient à la Roma. Celles de René Girard, insatisfaites, l'enverront rapidement au chômage. Car RG2 n'est pas un bleu-bite. Récent champion avec Montpellier, il aspire à progresser avec sa signature au LOSC. Celui qui n'aura de cesse de réclamer un buteur expérimenté pour compenser le départ de Kalou (la raison majeure de son échec la seconde année), finira par lasser et se lasser, pour une séparation à l'amiable au terme de deux petites saisons. Si le club a pu être heureux de se séparer d'un coach à l'image peu sexy, du comportement au jeu, c'est bien la désillusion de Girard au regard des objectifs attendus qui a conduit à une fin de parcours précoce en comparaison de ses prédécesseurs.

Entre agence immobilière et industrie pharmaceutique


Avec Renard, l'histoire reprend les mêmes ingrédients, mais les assortit de manière un peu différente. Cette fois, le coach, inexpérimenté, est au fait de la nouvelle stratégie lilloise basée sur la jeunesse et le développement à moyen terme. Sauf que dorénavant, le club n'a plus le temps. Des charges nouvelles accompagnent son statut de club important (en France), l'institution ne peut se permettre l' « accident industriel » , cauchemar de la moitié de la Ligue 1. Pas moyen de flirter avec la ligne de flottaison en attendant des jours meilleurs à l'instar d'un Puel 14e en 2003. Car ici, il ne s'agit plus de Grimonprez-Jooris sonnant creux pour une affiche contre Laval, mais d'un destin qui pourrait suivre la trace de la MMArena transformée en hôtel. Une situation inconfortable, avec ou sans toit. Alors Hervé est prié de se trouver une nouvelle tanière après 13 journées.

Dans l'urgence, le choix s'est tourné vers Antonetti. Un briscard de la première division qui n'a jamais connu la relégation. Soit le minimum pour valider le tournant initié par le LOSC sous Girard et validé avec Renard : un club de l'élite, sain financièrement, doté de belles structures. Dans le jargon immobilier, ça s'appelle un « beau potentiel » . Si Michel Seydoux, en bon producteur de cinéma, préfère les œuvres bien exploitées, il est encore et toujours vendeur. Il ne va prendre aucun risque de perdre un bien qu'il a mis 13 ans à façonner. La jouer sécurité. Au détriment de l'avenir ? Car Antonetti, c'est aussi celui qui a quitté Rennes en regrettant le manque d'ambition du club breton. Mais pour lire le futur, il faut regarder ailleurs. Peut-être du côté du milliardaire belge Marc Coucke qui gravite dans la sphère du club depuis son achat de parts en septembre 2014. Après le limogeage d'Hervé Renard, l'ancien boss d'Omega Pharma aurait augmenté ses parts dans le club de 5 à 30%. Surtout, il paraît impliqué dans les décisions loscistes. Au lendemain de la défaite inaugurale d'Antonetti à Angers, il a demandé – promis ? – « réflection et action en hiver ! » (sic). Définitivement, l'élève studieux est devenu un adolescent turbulent.




Par Eric Carpentier
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