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Pourquoi Totti n'est que l'Empereur de sa ruelle

Totti, une légende ? Bon dieu, non ! Ce gars est surcoté depuis toujours. Voilà d'ailleurs six bons arguments pour défendre cette thèse.

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Parce qu'il est le recordman du nombre de derbys perdus


Totti se vante dès qu'il le peut d'être le recordman du nombre de buts marqués lors du derby romain. D'ailleurs, lorsqu'il a égalé le record détenu jusque-là par Dino Da Costa, le Capitano est allé gueuler face à la camera : «  Je kiffe comme un porc, c'est le record le plus beau » (en dialecte romain, ça passe mieux). C'est bien beau de marquer des buts, mais ce dont Totti ne se vante pas, c'est qu'il est aussi le recordman du nombre de derbys perdus. Sur les 41 qu'il a disputés depuis le début de sa carrière, il en a perdu 15, contre 14 gagnés (et, du coup, 12 matchs nuls). Personne n'en a perdu autant dans l'histoire du derby romain. D'ailleurs, Luciano Spalletti est un salaud : s'il avait fait entrer Totti ne serait-ce qu'une minute lors du dernier derby (victoire 4-1 de la Roma en avril 2016), il lui aurait offert sur un plateau son 15e derby gagné. Mais peut-être que, quelque part, Luciano est laziale, et qu'il a très envie que Totti reste un loser. #Complot.

Parce qu'il a marqué 28% de ses buts sur penalty


2008 : Totti inscrit son 200e but sous les couleurs de l'AS Roma. 2009 : Totti inscrit son 178e but en Serie A et égale ainsi la légende Boniperti. 2011 : Totti inscrit son 200e but en Serie A. 2013 : Totti inscrit son 225e but en Serie A et égale Nordahl. 2016 : Totti inscrit son 250e but en Serie A. Que de records impressionnants ! Le point commun de tous ces buts cités ? Le numéro 10 les a tous inscrits sur penalty. Bah oui, c'est sa spécialité. Depuis 1999, s'il est sur la pelouse, il tire tous les pénos de la Roma (sauf la fois où il se l'est fait chourer par Osvaldo). Résultat : il a effectivement inscrit 250 buts en Serie A, mais 71 l'ont été sur péno, soit 28,4%. En Coupe d'Europe, Totti a inscrit 38 buts, dont 10 sur penalty, soit 26,3%. Sur ses 17 buts plantés en Coupe d'Italie, 5 l'ont été sur péno, soit 29,4%. Enfin, Totti a inscrit 9 buts avec le maillot de la Nazionale, dont deux penaltys. Au total, on compte donc 88 penaltys inscrits sur 315 buts, soit 27,9%. À titre comparatif, Piola, meilleur buteur de l'histoire de la Serie A avec 274 buts (ou 290, c'est selon), n'a inscrit que 29 pénos. Éternel second.

Parce que depuis qu'il joue, la Lazio n'a jamais gagné autant de trophées


Il paraît que Francesco Totti déteste la Lazio, et qu'il en est la bête noire. Ah bon, vraiment ? Pourtant, si l'on regarde les choses un peu différemment, on pourrait affirmer que Totti est la bête noire de la Roma et le porte-bonheur de la Lazio. Bah, oui. Quand il débute sa carrière en 1993, la Roma compte dans son palmarès dix trophées : deux Scudetti, sept Coupes d'Italie et une Coupe des villes de foires. À côté de cela, l'ennemi juré, la Lazio, fait pâle figure avec son seul Scudetto (1974) et son unique Coupe d'Italie (1958). Heureusement, Totti est arrivé. Et grâce à son aura, la Lazio a raflé un nouveau Scudetto, cinq Coupes d'Italie (dont une gagnée contre la Roma), trois Supercoupes d'Italie, une Coupe des coupes et une Supercoupe d'Europe. Soit douze trophées. Sur la même période (vingt-trois ans, donc), Totti, avec sa Roma, n'a remporté qu'un Scudetto, deux Coupes d'Italie et deux Supercoupes. Soit cinq trophées. Totti peut donc continuer à jouer de nombreuses années s'il le faut, les tifosi de la Lazio n'auraient pas envie de perdre leur bonne étoile.

Parce qu'en fait, c'est un Tanguy


« C'est magnifique, Totti a toujours été fidèle à sa Roma, il n'a jamais voulu quitter son équipe de cœur alors qu'il aurait pu tout gagner à Chelsea ou au Real Madrid. » C'est vrai. Il n'a jamais voulu quitter la Roma. C'est plus glorieux de dire ça. Car la vérité est ailleurs. En fait, Totti est surtout un fils à maman qui n'a jamais osé quitter son cocon, ses repères, ses potes et sa mamma. À l'instar de Jesús Navas, qui avait peur de s'éloigner de sa famille, mais qui a finalement pris sur lui pour s'envoler vers d'autres cieux, Totti, lui, n'a jamais réussi à franchir le pas. Il aurait bien aimé acheter une villa à Madrid, mais il n'a jamais osé. Il n'a jamais voulu quitter son borgho, son quartier, ses ruelles. Mais c'est sûr, c'est plus swag de dire qu'il est resté à Rome par « amour du maillot » .


Parce qu'il n'a jamais été décisif en Nazionale


Il est censé être « le plus grand joueur italien des vingt-cinq dernières années » . Effectivement, si l'on regarde son palmarès, Totti vante un titre de champion du monde avec la Nazionale. Ce dont ne peuvent se targuer ni Baggio, ni Boniperti, ni la légende Gigi Riva. Mais les apparences sont trompeuses. Car s'il est bien champion du monde, Totti ne s'est jamais montré déterminant avec le maillot azzurro, comme a pu l'être l'idole Baggio, par exemple. Il ne compte d'ailleurs que 58 sélections, ce qui est peu pour un joueur d'une telle longévité, et neuf malheureux petits buts. D'ailleurs, dans l'esprit de tous, ses deux plus grands faits d'arme avec la Nazionale sont sa Panenka contre les Pays-Bas lors de l'Euro 2000, et son penalty dans les arrêts de jeu face à l'Australie au Mondial 2006. Soit deux penaltys. Super. Alors certes, Baggio a peut-être loupé le sien en finale de Coupe du monde, mais lui, au moins, savait prendre l'équipe sur ses épaules, et l'emmener au bout d'une grande compétition à lui seul. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'encore aujourd'hui, il est aimé partout en Italie. À l'inverse de Totti.

Parce qu'il aurait été beaucoup moins légendaire s'il était né à Beuzeville


Totti est une légende à Rome. On dit d'ailleurs qu'il y a deux Francesco à Rome : l'un est pape, et l'autre vit au Vatican. Totti assume ce statut de légende et s'en vante. Il aime sa ville à la folie, au point d'écrire un guide E mo' te spiego Roma (Et maintenant je t'explique Rome) avec une préface surréaliste, dans laquelle il explique que lorsque l'on joue à Mönchengladbach, c'est dur de s'extasier sur sa ville, alors que quand on joue à Rome, on en prend plein les mirettes tous les jours. D'accord, c'est bien beau d'être une légende de la Ville Éternelle et d'être le fidèle capitaine de son équipe. Mais au final, n'est-ce pas là juste un coup de bol ? Totti aurait-il été aussi légendaire s'il était né à Rodez, à Beuzeville ou à Yssingeaux ? Certainement pas, non. Il aurait grandi dans un petit club amateur, aurait traîné le week-end avec ses potes, et aurait peut-être, au mieux, signé un contrat avec un club de D2 local. Puis sa technique aurait été repérée par un recruteur local, qui, consécration, l'aurait fait signer à Guingamp. D'où il aurait vite voulu partir pour rejoindre Rennes, obtenant un statut de « mercenaire » . Comme quoi, ça tient à rien, une carrière.

Par Éric Maggiori (et un peu de sa mauvaise foi)
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