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  2. // Itw A. Rebotini et D. Carretta

« Pourquoi on ne ferait pas de la musique inspirée du Classico ? »

Un morceau pour le match aller, un morceau pour le match retour : à l’occasion des deux Classiques 2015-2016, Arnaud Rebotini et David Carretta, références de la scène électronique française, ont décidé de sortir une bande-son des deux sommets annuels de la Ligue 1 sur un EP commun. Une idée venue de leurs nombreuses années de chambrage mutuel.

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Salut les gars ! On vous connaît en tant que musiciens, mais moins en tant que fans de foot. Comment avez-vous pensé à mélanger ces deux passions ?
David Carretta : C’est Arnaud qui a eu l’idée, en fait ! On suit le foot tous les deux, lui est pour Paris et moi pour Marseille, et on avait l’habitude de se chambrer depuis plusieurs années par textos quand nos équipes jouaient l’une contre l’autre. Et un jour, il est arrivé et m’a tout simplement dit : « Pourquoi on ne ferait pas de la musique inspirée du Classico ? »

Blackstrobe - I’m a Man
Vidéo

Arnaud Rebotini : À la base, c’est même le PSG qui m’a donné cette idée : ils avaient utilisé un morceau de mon groupe Blackstrobe qui s’appellait I’m a Man pour annoncer un Classico 2014-2015. Je me suis dit que ça aurait pu être marrant de faire notre propre bande-son de ces deux matchs en faisant ce qu’on savait faire, de l’electro. Du coup, on est partis en studio trois jours, pour composer deux morceaux : un PSG-OM qu’on vient de sortir, et un OM-PSG que l’on dévoilera en février au match retour, suivi d’un vinyle compilant les deux titres. Et on va aussi faire une soirée dans chaque ville au moment des matchs.

Et en quoi le Classique a influencé la musique de cet EP ?
AR : Il fallait que ça sonne un peu épique, énergique, lumineux, que ça évoque une rencontre mythique entre deux équipes.
DC : Oui, on n'allait pas faire un morceau techno basique sans mélodies. Il fallait des petits gimmicks mélodiques, des choses qui puissent être reprises en chant dans un stade.
AR : Sur le OM-PSG, on s’est même amusés à placer des phrases et des mots au vocoder prononcés à la Kraftwerk sur le foot : on peut entendre des références au virage Sud, virage Nord, Auteuil, Boulogne...

Vous êtes entrés en contact avec les clubs ?
AR : Oui, on a essayé de discuter avec eux pour qu’ils soient associés au projet, on voulait notamment utiliser les logos des deux clubs. Le PSG nous a dit très rapidement non. Par contre, l’OM semble un peu plus ouvert à la question : on discute en ce moment pour pourquoi pas jouer ou passer le morceau OM-PSG lors du match retour au stade.
DC : Ça serait sympa de vraiment intégrer le morceau à l'événement. Après, la direction de Marseille vient de changer, donc attendons de voir.

David, tu es un supporter de l’OM de longue date.
DC : Je suis l’OM depuis l’ère Tapie, autour de 1986-1987. J’ai vécu la belle époque de l’OM dans les années 90 : je vivais en ville lors du titre de Ligue des champions en 1993, c’était incroyable. Je travaillais le soir à l’époque et je me rappelle parfaitement du moment où je suis rentré chez moi pendant le match : les rues complètements vides de Marseille et le bruit des télés, partout. C’était fou. Et puis aussi la fête juste après sur le Vieux-Port.

Tu allais au Vélodrome ?
« J’étais au virage Sud avec les South Winners. On était une vingtaine de potes et on allait au bar à côté sur le boulevard pour ensuite partir au match. »
DC : Oui, j’ai pris un abonnement à partir de 2000 jusqu’à ce que je parte en 2006. Quand je pouvais – je mixais souvent le week-end –, j’étais au virage Sud avec les South Winners. On était une vingtaine de potes et on allait au bar à côté sur le boulevard pour ensuite partir au match. C’était vraiment une super époque : j’ai vécu les années Drogba et on avait surtout des grandes affiches européennes. J’étais par exemple dans le stade pour le quart de finale face à l’Inter de Milan en 2004 avec les Winners et on avait déployé un grand tifo dans tout le virage. Le vent s’était engouffré dedans, ça faisait une espèce de dôme sous lequel on chantait tous. J’en ai encore des frissons en en reparlant !

Et toi, Arnaud, tu es supporter du PSG... et de l’AS Nancy Lorraine.
AR : Oui, mes week-ends de Ligue 1 sont parfois un peu chargés (rires). Je suis né à Nancy, mais je vis à Paris depuis mes treize ans, je suis un Parisien adopté en quelque sorte. Mais Nancy reste mon club de cœur : gamin, j’allais au stade Marcel-Picot avec mon père, j’ai connu les dernières années de Platini là-bas, c’est quelque chose de mythique pour moi !
« Gamin, j’allais au stade Marcel-Picot avec mon père, j’ai connu les dernières années de Platini là-bas. »
Après, j’ai bougé à Paris où j’ai vu le Parc à une époque où c’était vraiment chaud. Je me souviens encore de supporters qui me disaient de cacher mon petit drapeau de l’AS Nancy Lorraine quand j’avais quatorze ou quinze ans, « tu vas avoir des problèmes sinon » . Aujourd’hui, je vais souvent au Parc avec mon fils de dix ans. C’est un fan inconditionnel du PSG, et il n’aime pas l’OM. J’ai créé un petit ultra !

Mais c’est possible d’être supporter de deux équipes en Ligue 1 ?
AR : Je n’ai aucune gêne là-dessus! Il y a un monde d’écart entre les deux. Mais j’étais quand même content de voir que Nancy a réussi à faire un peu douter Paris en deuxième mi-temps le week-end dernier. Nancy a besoin de points, tandis que Paris, avec son effectif, je le vois pas ne pas finir encore champion. Mais attention quand même. Nice peut nous faire un sale coup.

Du coup, vous voyez quoi comme résultat dimanche soir ?
DC : Le PSG est un tout petit peu moins bien en ce moment, l’équipe se reconstruit avec Emery, donc ils ont encore quelques doutes. Soyons fous, pourquoi pas une victoire 1-0 de Marseille ? Mais bon, ça va être très dur de les battre. L’OM, en ce moment, c’est une catastrophe, on a un club qui a été longtemps gangrené par des mecs qui ne voulaient pas lâcher leur place et ça se répercute sur l’équipe et les supporters. Je ne vis plus à Marseille, donc je n’ai plus trop l’occasion d’y aller, mais je comprends les mecs en ville qui n’ont plus envie de venir au Vélodrome. D’ailleurs, je n’ai même pas regardé le match contre Metz dimanche dernier. J’ai bien fait, c’était vraiment pas du grand football.
AR : Ah, en revanche, moi, j’étais pour Marseille sur ce match ! Ils jouaient contre Metz, l’ennemi juré de Nancy, il ne fallait pas que notre rival gagne (rires). Paris n'est pas flamboyant en ce moment, mais l’OM, c’est pire, donc ça me surprendrait vraiment que Paris perde.

C’est justement un peu le problème : le PSG marche sur la Ligue 1 depuis quatre ans, tandis que Marseille galère. Ça enlève quelque chose aux Classiques pour vous ?
AR : Pas tellement je trouve. Ça reste un grand rendez-vous pour moi, il y a d’autres choses derrière qui restent avec le temps : le Nord contre le Sud, Paris contre la province... Même s'il y a un déséquilibre sportif, ça peut se rattraper au niveau de l’envie sur ce match en particulier. Quand je vais au Parc, je continue d’entendre des chants qui chambrent les Marseillais par exemple. Même quand Paris joue contre d’autres équipes.
DC : Oui, ça reste un match que l’on attend tous chaque année. Ça fait quatre ans que l’on sait que c’est très dur de battre Paris, donc on se met du côté du petit qui va peut-être créer la surprise, sinon tu déprimes. Un match nul au Parc, c’est presque une victoire maintenant. Ça me fait de la peine de dire ça, mais bon...
AR : J’espère que Frank McCourt va mettre de l’argent dans l’OM, le manque de concurrence, c’est dommage pour le suspense. Marseille, c’est un des plus beaux stades de France avec une super ambiance, je ne vais pas non plus dire le contraire. Regarde, je ne me bats pas avec les Marseillais : je préfère faire des morceaux avec.

On a entendu que vous vous chambrez pas mal, tous les deux. Ça donne quoi ?
DC : Des conneries de mecs qui regardent le foot. Franchement, ce qui marche le mieux, c’est les blagues sur la Ligue des champions. Je lui souhaite un bon quart de finale chaque année !
AR : Oui enfin, les Marseillais, vous ne pouvez pas trop parler en ce moment, vous ne la jouez pas. Et quand vous la jouez, vous faites semblant! Le mieux, c’est quand j’envoie à David des photos du Parc, il adore. Ou alors quand il monte sur Paris, on le prend en photo avec des écharpes du PSG, il aime bien aussi.
DC : Je monte sur Paris samedi pour notre soirée commune, je sais déjà que je vais en prendre plein la tête...

Et si vous deviez prendre quelque chose au club de l’autre, ça serait quoi ?
« Des joueurs comme Verratti ou Cavani iraient parfaitement à l’OM. »
DC : Des joueurs comme Verratti ou Cavani. Ils iraient parfaitement à l’OM : ils se défoncent sur le terrain, ce ne sont pas des joueurs qui font juste les malins. Ça plaît beaucoup aux Marseillais. Regarde un mec comme Thauvin, il n’est pas incroyable, mais il se démène. Ça fait passer la pilule.
AR : Honnêtement, pas grand-chose de mon côté. J’aurais peut-être dit Mandanda, mais il n’est plus là. J’aime bien Gomis aussi. Mais ce ne sont clairement pas des joueurs pour le PSG. Je dirais peut-être le stade, mais j’aime beaucoup le Parc des Princes quand même.

Avec les matchs le soir, les tournées, ce n’est pas compliqué d’être DJ et fan de foot ?
DC : Ça dépend un peu des matchs. On mixe en club tous les week-ends, mais souvent, le PSG ou l’OM jouent le dimanche soir, donc en général, on est rentrés chez nous. Mais si j’ai une date, je garde toujours un œil sur le score depuis mon smartphone.
AR : C’est pas si compliqué en vrai, les matchs ont lieu en début de soirée, tandis que nous, on joue plutôt à partir de minuit. Donc je regarde Nancy et Paris quand je suis à l’hôtel avant d’aller en soirée. D’ailleurs, il y avait une vidéo qui tournait cet été pendant l’Euro où on voyait Sven Väth suivre Allemagne-Slovaquie sur son smartphone en même temps qu’il mixait, c’est dire le fan ! La où c’est plus chiant, c’est pour le rugby : j’aime bien suivre le Tournoi des Six Nations, mais c’est à chaque fois l’après-midi, donc soit je suis sur la route pour une date, soit je suis en train de faire mes balances pour le concert du soir.
DC : Ça me rappelle d’ailleurs que j’étais à Berlin pour la Love Parade le soir de la finale de 1998. On avait regardé la finale entre Français à l'hôtel, et après, on avait été les stars de la soirée, ils nous avaient mis des écharpes tricolores sur scène, je ne sais même pas où ils étaient allés les chercher !

Du coup, vous serez où dimanche ?
DC : Je serai chez moi. Je crois d’ailleurs que je vais rater un peu le début du match, vu que je dois prendre l’avion ou le train pour rentrer de Paris.
AR : Je n’ai pas pris de place pour le Parc, donc à la maison au calme. On va se remettre de la soirée Classico qu’on aura fait la veille du match à Paris aux Nuits Fauves. Heureusement d’ailleurs qu’elle n’a pas été programmée le lendemain du match, David aurait passé une soirée très très longue, je pense.

Vidéo
Propos recueillis par Brice Bossavie Venez fêter en beauté l'annonce de la programmation du festival LE B:ON AIR à la soirée Classico au Cabaret Aleatoire avec Arnaud Rebotini & David Carretta le 24 février.
Cliquez ici pour accéder à l'évènement.
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