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Pourquoi on aime tant ces Étalons ?

Hier, le Burkina Faso s’est qualifié pour la finale de la CAN, pour la première fois de son histoire. On ne va pas se mentir : cette qualification nous remplit de bonheur. Pourquoi ? Bah, parce que c’est le Burkina, la famille quoi.

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Le Burkina Faso est en finale ! Mais oui, en finale. La première de son histoire, après neuf participations. Le plus beau, dans tout ça, c’est qu’hier, ils voulaient le Ghana en finale. Qui ça, « ils » ? Difficile de mettre un nom dessus, mais disons qu’un pouvoir dominant avait déjà choisi son finaliste avant même que le match ne commence. Et c’est ce genre de chose qui fait grandir le sentiment d’attachement envers une équipe que quelqu'un ou quelque chose veut empêcher de gagner. Car hier, le Burkina Faso a mérité en tous points de se qualifier pour la finale. L’équipe de Paul Put est indéniablement moins talentueuse que le Ghana, où évoluent des Gyan, des Asamoah, des Wakaso ou encore des Atsu. Mais elle a eu quelque chose que les Black Stars n’ont eu à aucun moment : le cœur. Dans cette rencontre, les Burkinabè ont été animés par une folle envie de justice. Et, nous autres devant notre téléviseur, aussi. Dès le début de match, les deux premiers épisodes ont fait pencher la balance. Pitroipa est balancé dans la surface. Pas de pénalty. Dans la foulée, Atsu, lui, obtient un péno pour un minuscule contact aérien avec Panandétiguéri. Le même Panandétiguéri qui, quelques minutes plus tôt, avait très sportivement sorti le ballon en touche suite au claquage de Pantsil, alors qu’il aurait pu poursuivre son action et se créer une vraie occasion de but. Le genre de détail qui nous a fait choisir notre camp. Sans hésitation.

Le scandale Pitroipa

Il y avait quelque chose d’héroïque dans cette prestation des Étalons. Parce que l’histoire des équipes ouvertement aidées par l’arbitrage, on la connaît. Et à chaque fois, c’est la même rengaine : cela provoque une sympathie envers l’équipe lésée. Sauf que la plupart du temps, qui dit lésée dit battue. Là, le Burkina ne s’est pas laissé (a)battre. Pourtant, ils auraient eu tous les droits de s’écrouler mentalement. En pleine prolongation, Nakoulma marque le but de la victoire. Mais l’arbitre l'annule. Personne n’a encore compris s’il avait sifflé une poussette ou un pied en l’air. Bon, éventuellement, on peut comprendre sa décision. Mais l’apogée de l’injustice, c’est évidemment la 118e minute. Pitroipa, le cerveau de l’équipe, est fauché dans la surface par son coéquipier de Rennes, Boye. Pénalty ? Oui, évidemment. Mais pas pour l’arbitre, qui non seulement ne donne pas le péno, mais en plus donne un deuxième carton jaune à Pitroipa pour simulation ! Le Rennais sait à ce moment-là qu’il n’ira pas en finale pour une injustice. Un épisode qui rappelle évidemment celui de Laurent Blanc en 1998, sauf que là, le fautif n’est pas un joueur adverse fourbe, mais bien l’arbitre de la rencontre, le Tunisien Slim Jedidi.

On a crié devant notre téléviseur, on a hurlé au scandale. À cet instant, on était tous un peu Burkinabè. Et la séance de tirs au but qui a suivi s’est transformée en une véritable bataille contre l’injustice. Chaque tir raté du Ghana, c’était une victoire contre « eux » , ceux qui avaient déjà écrit le nom des deux finalistes. C’est bien ça qui est triste : cette équipe du Ghana, elle, n’a rien fait de mal. Elle a joué sa finale, son football, elle aurait pu s’imposer (une minute avant l’égalisation d’Aristide Bancé, Gyan avait trouvé le poteau), et elle aurait fait un beau finaliste. Ce n’est évidemment pas le Ghana qui est antipathique, non. C’est ce que l’organisation de cette CAN a voulu en faire. Le Burkina Faso s’est dressé face à cela. Et Aristide Bancé, sur une Panenka digne du meilleur Pirlo, a voulu leur faire un énorme bras d’honneur. Bordel, c’était bon.

Des chansons incroyables


Avouons-le : cette équipe burkinabè avait déjà notre sympathie avant même le début de la CAN. Parce que c’est une équipe francophone, et que certains de leurs joueurs, de Pitroipa à Kaboré, en passant par Bakary Koné ou Alain Traoré, font partie du quotidien de la Ligue 1. Parce que, lors de la dernière CAN, en 2012, cette équipe s’est écroulée, avec trois défaites en autant de rencontres face à l’Angola, la Côte d’Ivoire et le Soudan. Parce que oui, on a appris par cœur les paroles de la chanson dédiée à Jonathan Pitroipa, et aussi celle composée et chantée par les Étalons eux-mêmes, avec des punchlines incroyables. « Ballon, joueur, je repousse tout, Moussa Ouattara mes amis m’appellent bouffe-tout » ou bien « Moi c’est Traoré, Sibiri Alain, numéro 10, milieu de terrain, offensif, c’est le but je mets » .

Bref, comment ne pas attirer la sympathie ? Une équipe simple, humaine, pas forcément avec un énorme talent, parfois même un peu besogneuse, mais avec une folle envie de bien faire et de rendre fier son peuple. Dimanche, le Burkina jouera la finale de la CAN. Le Nigeria part évidemment favori, il suffit de regarder sa demi-finale gagnée contre le Mali pour le comprendre. Pourtant, sachez-le, nous, on sera derrière le Burkina Faso. Et on espère que les organisateurs de la CAN, après les horreurs vues hier, auront un minimum de jugeote et d'humanité, et annuleront la suspension de Jonathan Pitroipa. Bah ouais… « Aujourd’hui Dieu nous a donné Jonathan Pitroipa, il faut le soutenir, oho oho » . Alors, soutenons-le, soutenons-les. Les Nigérians ne nous en voudront pas.

Eric Maggiori
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