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Pourquoi les supporters des Blues détestent Rafael Benítez ?

Pour son premier match sur le banc des Blues contre Manchester City dimanche, Rafael Benítez a servi de réservoir à crachats à tout Stamford Bridge. Un accueil glacial dirigé autant contre l'Espagnol que sur Roman Abramovitch, coupable d'avoir saqué Roberto Di Matteo trop vite.

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On n'avait pas connu ça depuis le retour de Fabrice Fiorèse au Parc des Princes sous la liquette de l'OM. À l'époque, l'ancienne idole du PSG avait ramassé. Des banderoles, des chants, des sifflets, des piles Duracel balancées sur chaque corner. Le grand chelem de la haine. Sauf que le Savoyard revenait chez lui avec le maillot du rival. Rafael Benítez, lui, s'est fait bousculer par ses propres fans. Dès son arrivée à Stamford Bridge dimanche après-midi, le sosie de Julien Dray a compris qu'il allait passé une sale soirée. Il faut dire que le patron du club, Roman Abramovitch, n'avait pas fait dans la correction en lourdant sans préavis Roberto Di Matteo, cinq mois après une victoire en Ligue des champions à la tête d'une équipe à bout de souffle. Histoire de faire payer la note au Russe, tout le stade s'est rassemblé autour d'une seule cause : celle du banni.

Entre les chants à la gloire de Di Matteo et les banderoles hostiles à Benítez, le technicien espagnol a dû se sentir bien seul dans un pays qui ne l'a jamais vraiment adopté. Dans quel bordel « le garçon de café espagnol » - son surnom outre-Manche - a-t-il mis les pieds ? Fair-play, Rafa a plutôt joué l'apaisement après la rencontre : « Quand les supporters chantent dans les tribunes, je ne comprends pas bien ce qu’ils disent. Je comprends la rivalité qui était la nôtre par le passé, mais comprenez aussi que je suis un professionnel. Cela ne m’intéresse pas de savoir ce qu’ils chantent sur moi. Les banderoles ? Combien faut-il de personnes pour faire une banderole ? Une ou deux. Si nous commençons à gagner des matchs, les gens vont nous soutenir et je pense que nous allons en gagner beaucoup. » Concrètement, que peut-on reprocher à Benítez ? Historiquement, Chelsea et Liverpool ne sont pas rivaux. Pour comprendre cette haine envers l'Ibère, il faut remonter à 2005.

Le fantôme de Luis García

Nous sommes en demi-finale de Ligue des champions, les Reds de Benítez se frottent aux Blues de José Mourinho. Fidèle à son habitude, le Mou' allume tout sur son passage en conférence de presse. Alors que Chelsea survole la Premier League (Liverpool accuse près de 30 points de retard), Reds et Blues se retrouvent pour une place en finale. Après un triste match nul sans but à Stamford Bridge à l'aller, le match retour va basculer sur un détail. Le fameux but fantôme de Luis García. Malgré 657 ralentis, personne n'est capable de dire encore aujourd'hui si la frappe de l'Espagnol a été repoussée derrière ou devant sa ligne par William Gallas. Peu importe, l'arbitre Lubos Michel, lui, accorde le but. Un caramel que Mourinho qualifiera de « but fantôme » . Le début d'une haine entre les deux clubs. D'autant qu'en l'espace de cinq ans, ils se rencontreront six fois sur la scène européenne.

Depuis, Benítez cristallise toute la rancœur des fans de Chelsea. Pour autant, la vraie raison de cette colère dominicale est instrumentalisée. Le vrai coupable, c'est Roman Abramovitch. En crachant sur Benítez, c'est le Russe que l'on vise. D'aucuns auraient préféré que le patron du club appelle Harry Redknapp ou Josep Guardiola pour prendre la suite de Di Matteo. D'autres - les plus nombreux - n'ont toujours pas compris pourquoi Roberto Di Matteo a été saqué de la sorte alors que son équipe commençait à pratiquer un football collectif, chose rare chez les Blues, même du temps de Mourinho où l'aspect rouleau compresseur prenait le pas sur un jeu en mouvement. Même au sein du vestiaire, le licenciement de Di Matteo ne passe pas. Au détour du match contre City, le capitaine des Blues, John Terry, actuellement blessé, est apparu sur la pelouse vêtu d'un maillot discrètement frappé du numéro 16. Le numéro d'un certain Di Matteo durant toute sa carrière. Un geste fort. Voilà, c'est dit, Rafael Benítez n'est pas désiré dans son nouveau club. Il l'a bien compris. Et s'il se mettait subitement à douter de ce désamour, les fans vont vite le lui rappeler. En effet, ils ont ouvert un site internet sur lequel un décompte s'opère jusqu'au mois de juin 2013, date à laquelle le contrat de l'Espagnol (officiellement engagé jusqu'à la fin de la saison) prend fin. Sympa l'ambiance au boulot. Après tout, la première mèche avait été allumée par le club lui-même. Dans son communiqué officiel intronisant Benítez, ce dernier était qualifié d'entraîneur en chef par intérim.





Par Mathieu Faure
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