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Pourquoi les Bleus attendent autant de Pogba ?

Avec son sempiternel système en 4-4-2 bâti autour des deux milieux défensifs, le retour en Bleu de Paul Pogba (et même de Blaise Matuidi) suscite énormément d'espoirs. Explications.

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« J’étais un peu stressé. Je voulais vraiment qu’on gagne et qu’on marque. Ça n’a pas été le cas. J’aurais voulu entrer sur le terrain, mais je ne pouvais pas. J’ai eu du mal à avaler ce match nul. C’est dur, mais il faut rebondir et regarder vers l’avant. » Ces propos sont sortis de la bouche de Paul Pogba, assis dans les tribunes de la Dimano Arena de Tbilissi. Le joueur de la Juventus était donc suspendu pour cette rencontre en Géorgie, et cela s’est vu. Alignés en 4-4-2 trapèze, les Bleus ont vu leur principaux moteurs (Benzema, Ribéry et Valbuena) englués dans la défense géorgienne, et le jeu reposer sur ses deux milieux (défensifs) axiaux. Soit Moussa Sissoko et Josuha Guilavogui.

Pour son prochain match, contre la Biélorussie donc, la France ne sait pas encore si elle rejouera en 4-4-2, si elle reviendra au 4-2-3-1, si elle comptera sur Benzéma ou sur Giroud, si Valbuena jouera dans l’axe ou à droite, mais ce qu’elle sait déjà, c’est qu’il faudra que les (deux a priori, peut-être trois si 4-3-3) milieux de terrain donnent plus d’impulsion et de sens au jeu. D’où l’attente autour de Paul Pogba. Et dans une moindre mesure autour de Blaise Matuidi.

Nouveau Pat' Vieira

Et si le second se retrouve un peu trop souvent pour sa technique au cœur du jeu d’une équipe qui compte quand même Javier Pastore ou Marco Verratti dans ses rangs, le premier a pris à la Juventus une dimension qui laisse augurer du meilleur chez les Bleus. D’ores et déjà plus solide qu’Abou Diaby, le jeune Paul a tout pour devenir le nouveau Patrick Vieira que la France attend désespérément, condamnée qu’elle est depuis la retraite du grand Pat’ à devoir contempler les duos de six se succéder sans qu’aucun sélectionneur n’ose les dépareiller.

De Lassana Diarra–Jérémy Toulalan à Moussa Sissoko-Josuha Guilavogui, il n’y a qu’un pas, et c’est justement tout le problème. Engoncés dans un système frileux (d’abord ne pas prendre de but), les deux milieux défensifs se marchent dessus, jouent collés à dix mètres maxi l’un de l’autre, et font souvent doublon alors que cette double lame n’est pas toujours nécessaire, surtout lorsqu’on affronte des équipes d’imberbes. Au vrai, elle l’est même rarement, voire uniquement contre les équipes meilleures qu'elle (Espagne, Allemagne, Brésil, etc), lors de rencontres où la France fait souvent de bons matchs, puisque son plan de jeu prend alors, et enfin, tout son sens.

Quel projet de jeu ?

Problème, pour pouvoir disputer ces grandes rencontres, il faut commencer par se qualifier pour les grands événements. Et donc faire face à une multitude, sur la route des qualifications, d’équipes moins prestigieuses, donc fatalement moins joueuses. Et vu le nombre de fois où l’Edf se retrouve avec la balle et toute l’équipe adverse regroupée dans son camp, on peut légitiment se demander si cela prouve - est-ce bien nécessaire ? - la crainte qu’elle inspire aux adversaires supposés plus faibles. Ou au contraire - est-ce bien nécessaire ? - si tout le monde a compris comment la jouer : lui laisser la balle et sa stérilité pour mieux la prendre en contre (et si possible après la 70e).

Car, comme on a pu le voir dix mille fois ces dernières saisons, la France ne sait pas faire en pareille configuration. Le jeu est trop lent, trop approximatif, trop saccadé, trop prévisible pour prendre de vitesse, de haut ou à revers les blocs défensifs adverses qui n’en demandent pas tant. Les coupables désignés sont alors souvent les attaquants (Benzéma aujourd’hui, Henry hier, Anelka toujours), voire l’âge des artères de Zidane (qui savait effectivement descendre pour organiser le jeu comme personne), la mollesse de Gourcuff ou l’attitude de Nasri, alors que le souci vient surtout du choix des armes et du manque d’ambition, de « projet de jeu » des Bleus.

Les 40 millions du Real Madrid


On l’a vu vendredi contre la Géorgie, l’entrée de Samir Nasri, en huit, a donné tout de suite une impulsion au jeu des Bleus, et une meilleure fluidité (malgré une ou deux touches de balles souvent superflues) à l’ensemble. Et ainsi a prouvé par l’absurde que c'est une mauvaise habitude d’aligner deux milieux plus destructeurs que constructeurs, plus physique que technique, plus à même (si jamais la bonne idée de se projeter vers l’avant les prenaient) d’aller vite avec la balle, mais moins de faire aller vite la balle. Voilà, alors que la France joue une grande partie de son avenir, tout ce que l’on demande à Paul Pogba. De savoir faire la synthèse entre deux mondes qu’a priori tout oppose. Être le foot des milieux défensifs « à la française » et celui tout en « french flair » de ses milieux offensifs. De réduire la fracture du milieu de terrain. De réconcilier la France qui voit tôt et celle qui se frappe tard.

Même si le grand Real Madrid a mis 40 millions sur la table, éconduits, pour le jeune prodige, cela fait beaucoup pour un joueur qui n’est encore que remplaçant à la Juve (Marchiosio aura toutefois bien du mal, et malgré tout le crédit qu’il mérite, à reprendre sa place de titulaire à son retour de blessure). Mais après tout, s’il est capable de jouer avec autant de justesse tout en ayant une belette morte en guise de coupe de cheveux, c’est que cet homme est capable de tous les écarts, même les plus grands. Redonner du liant entre les lignes et de la cohérence au jeu des Bleus n’étant pas le plus mince, le défi devrait donc lui plaire. Il lui faudra bien de la souplesse, et des grandes guiboles, pour le relever. Le pire, c’est qu’il pourrait y parvenir.

Par Simon Capelli-Welter

Suivez le match Biélorussie/France en direct sur sofoot.com, ce mardi dès 21h.

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