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Pourquoi c'est l'année du Napoli

En 1987, le Napoli remportait pour la première fois le Scudetto. 24 ans plus tard, une bande de tarés barbus et tatoués manigance pour rééditer l'exploit. Voilà pourquoi.

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C'était le 10 mai 1987. Une date désignée par l'histoire pour accueillir le premier Scudetto du Napoli. Il était 17h47 lorsque le San Paolo est venu faire de l'ombre au Vésuve, en entrant dans une éruption incontrôlée, prête à ravager la ville entière. C'était le Napoli de Maradona. Puis celui de Careca, d'Alemao. Celui qui allait remporter la Coupe UEFA en 1989, puis encore le Scudetto en 1990. Des années de délire, dans une ville délirante, où les tifosi écrivent alors sur les murs des cimetières : « Vous ne savez pas ce que vous ratez » . Une autre époque. Mais aujourd'hui, Naples revit. Grâce au président De Laurentiis, qui a repris l'équipe en Serie C et l'a ramenée en Ligue des Champions, à Walter Mazzarri, mais aussi a une bande de fous, tous plus déjantés les uns que les autres. Or, si la prophétie Maya annonce la fin du monde pour 2012, d'autres signent ne mentent pas. Le Napoli devrait remporter le titre, cette saison. C'est annoncé. Explications.

Chiffres magiques

La saison de référence, c'est donc 1987. Théâtre du premier Scudetto signé Maradona. Tiens, 87, c'est justement l'année de naissance d'Edinson Cavani, le nouveau Roi napolitain, qui fait rêver les foules à coup de triplés décisifs, comme contre la Juventus (3-0), la Lazio (4-3) ou le Milan AC (3-1). Autre coïncidence, Ezequiel Lavezzi, le chouchou du San Paolo, débarque à Naples le 5 juillet 2007, soit 23 ans jour pour jour après Maradona. Tout ça sont des signes qui ne trompent pas : le trio d'attaque du Napoli, si l'on y ajoute Marek Hamsik, lui aussi né en 1987 (tiens donc) porte en lui l'ADN du Pibe de Oro. Incroyable mais vrai : avant le début de cette saison 2011-12, les chiffres annoncent la couleur. A eux trois, le Slovaque, l'Uruguayen et l'Argentin comptabilisent 115 buts avec le maillot napolitain (dans l'ordre : 46, 33 et 36). Or, 115, c'est aussi le total de pions inscrits par Maradona avec le maillot bleu du Napoli. Un hasard ? Ouais. Ou pas. En tous cas, après un mois de compétition, ils en sont déjà à 124. En gardant ce même rythme, les prévisions donnent entre 185 et 190 buts pour les trois à la fin de la saison. Au hasard, 187 ?

Niveau bleu

Une chose est sûre, si les chiffres sont une science fiable, la vulcanologie, dans une zone comme celle de Naples, l'est encore plus. Ainsi, lorsque l'on interroge l'Observatoire du Vésuve, les langues se délient. Pour Fabio Sansivero, technologue en vulcanologie, il n'y a aucun doute : il va se passer de drôles de choses au San Paolo, cette saison. « Le stade de Naples est vieux et ne respecte certainement pas les normes sismiques. Du coup, en cas de secousses, les tribunes pourraient s'écrouler » . Dramatique? Pas vraiment, en fait. Car Sansivero le sait, les victimes seront turinoises. « Je le sens, cela va se passer lors de la réception de la Juve. Non seulement ça va faire du dégât chez leurs tifosi, mais on gagnera en plus le match sur tapis vert, 3-0 » . En attendant que le jour J arrive, le technologue a déjà breveté un tout nouveau concept. « Dans la sismologie, il y a trois niveaux. Niveau vert, orange et rouge. En ce moment, on est au niveau vert, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun danger sismique. A l'inverse, en niveau rouge, il est demandé aux gens de fuir les zones proches des volcans. Mais peut-être que cette saison, nous allons devoir inventer le niveau bleu pour le Napoli. Le niveau bleu, tu vois, ce serait le niveau qui jaugerait l'excellence du Napoli. Et là, il serait au maximum » . Voilà qui devait être dit.

The Blues Brothers

« Cannavaro ? Quel Cannavaro ? Ici, tout le monde le sait : Paolo est beaucoup plus fort que Fabio. Même les entraîneurs le disent » . Marcello, plus connu sous le nom de Lello, sait tout des joueurs du Napoli. Le type les accompagne partout, s'occupe de leurs déplacements en taxi, en bus, en avion. Alors, lorsqu'il s'agit d'évoquer le capitaine du Napoli, il n'a aucun doute. Le plus petit de la fratrie Cannavaro aura quelque chose que son grand frère n'a pas. Non, ce n'est pas le Ballon d'Or. Ce n'est pas non plus une Coupe du Monde, brandie dans le ciel berlinois. Ce sera le Scudetto. Le Scudetto ? Oui. Fabio Cannavaro, du haut de ses 126 sélections en équipe d'Italie, n'a jamais remporté le titre en Italie. Pas pour la Fédération, en tous cas. Les deux titres qu'il a glanés, avec la Juventus, ont été révoqués. Or, il est littéralement insensé qu'aux repas de famille chez les Cannavaro, on ne puisse pas parler de Scudetto. Et d'ailleurs, Fabio a lancé l'offensive : « Vu les difficultés des Milanaises, le Napoli peut gagner le titre, qui me semble totalement à la portée du groupe azzurro. Remporter le Scudetto serait sublime, car, sans Maradona, ce serait la victoire du groupe » . Petit Paolo, devenu grand, a bien reçu le message de son aîné.


Armando, Padre Pio et San Gennaro

Dans les rues de Naples, c'est simple, on trouve deux types d'autels. Ceux à l'effigie de Maradona. Et ceux dédiés à Padre Pio, sorte d'Abbé Pierre local. Oui, le Napolitain est croyant, et ce n'est pas pour rien que les références à San Gennaro, saint-patron de la ville, sont nombreuses. En 1497, San Gennaro aurait accordé sa protection aux Napolitains contre la peste et, plus tard, contre la destruction de la ville par le Vésuve. Or, cet été, San Gennaro a, à nouveau, accompli un miracle. Il a épargné Hugo Campagnaro. L'Argentin, en vacances au pays, est victime d'un grave accident de la route. Un choc frontal avec un autre véhicule. Lui est au volant. Trois personnes décèdent, dont une à l'arrière de son propre véhicule. Et Campagnaro ? Rien. Absolument rien. Transporté à l'hôpital avec une minerve, il en ressort deux jours plus tard et rentre à Naples blanchi de tout soupçon quand à une éventuelle alcoolémie trop élevée. Première journée de championnat, à Cesena : la grâce de San Gennaro touche à nouveau le joueur (dont le deuxième prénom est Armando, comme un certain Diego), qui marque pour la première fois depuis un an et demi. Il récidive face à l'Inter, samedi dernier. Venir à bout de types barbus, fous et tatoués, d'accord. Mais immortels, cela va être plus compliqué.

Eric Maggiori

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