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Porque Tebas ?

Après un été passé à aboyer contre le PSG, Javier Tebas, le patron de la Liga espagnole, veut carrément faire exclure le club parisien de la Ligue des champions. Nouvel épisode des délires d'un homme qui a du mal à passer à autre chose.

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L'Espagne a bien raison de rester une monarchie. Un roi, un Premier ministre, et pas de président de la République pour faire de bourdes. Car vu comment se comportent certains présidents espagnols, qui dirigent, au choix, une région ou une ligue de football professionnelle, la fonction semble un brin maudite. Il y a d'abord eu le show Carles Puigdemont, officiellement « Président de la Généralité de Catalogne » . Officiellement destitué aussi, depuis que le gouvernement de Madrid est venu lui taper sur les doigts. Aujourd'hui, Puigdemont est lancé dans une fuite absurde en Belgique, moins flamboyante que celle du général de Gaulle à Baden Baden, et qui le conduira peut-être à sa perte comme celle de Louis XVI à Varenne. Mais ces derniers temps, la palme du président espagnol maboule revient incontestablement à Javier Tebas, le boss de la Liga. Pas de fuite en Belgique au menu, mais plutôt une fuite en avant permanente et un plongeon dans la bêtise qui n'en finit plus. Cet été, Tebas s'était contenté du rôle de mauvais chien de garde en grognant contre les emplettes du PSG comme un gamin déçu d'avoir perdu un de ses jouets. Depuis quelques jours, il s'essaye à celui de justicier prêt à tout pour défendre son idée du Bien. Et comme par hasard, pour Javier Tebas, un monde beau, juste et intègre ressemble comme deux gouttes d'eau à un monde où les clubs espagnols peuvent traficoter n'importe comment dans leur coin sans que personne ne dise rien.

Zeus


Les rugissements estivaux du lion Tebas n'étaient donc que des préliminaires. Ce temps pas si lointain où il décrivait sans complexe un PSG en train de « pisser dans la piscine » , avant de « monter sur le plongeoir et pisser encore dans l'eau en recrutant Dembélé » – qu'il confondait au passage avec Mbappé – annonçait le temps des menaces concrètes et des sanctions. Sauf que s'énerver, c'est bien. Avoir des raisons légitimes de le faire, c'est mieux. Et le top, c'est d'avoir aussi à disposition des armes pour punir ses ennemis. À quoi ressemblerait Zeus s'il n'avait pas ses éclairs sous la main pour faire comprendre aux mortels qu'il est en colère ? À un gros barbu bodybuildé sur un nuage dont tout le monde se fout. Tebas, lui, n'a ni barbe, ni nuage, ni muscles, ni éclairs. Simplement de la paperasse à remplir et des courriers à envoyer à l'UEFA pour tenter d'ébranler un peu le PSG. Tout le monde sait que ça ne sert à rien, mais lui y croit quand même et vient d'annoncer dans une interview à L'Équipe qu'il voulait faire exclure le club parisien de la Ligue des champions. « Nous allons attendre jusqu’à la fin de l’année pour voir ce que fait l’UEFA » , démarre Tebas. Et si l'UEFA ne fait rien ? Le garçon a un plan B : « S’il ne se passe rien, nous irons déposer une plainte devant l’Union européenne parce que ce système ne peut pas durer. » Jean Monnet peut dormir tranquille, le combat pour des institutions européennes utiles et au service des citoyens est entre de bonnes mains.

Don Quichotte


Pour défendre son bout de gras, Javier Tebas part d'un postulat simple, martelé lors de l'entretien : « Ils ne doivent pas être autorisés à concourir en Ligue des champions. » Un mantra auquel il continue à s'accrocher alors que tout le monde se demande ce qu'il a à y gagner. Depuis qu'il est un club au portefeuille un peu trop gonflé, contrôlé par un État moyennement fréquentable, le PSG s'est fait des ennemis, c'est un fait. Avant Tebas, beaucoup ont voulu faire trébucher la bande à Nasser à coups de dossiers, de plaintes, de recours administratifs, toujours en vain. La plupart des détracteurs du PSG ont compris qu'agiter des drapeaux avec écrit dessus « fair-play financier » ou « tricherie économique » ne servait pas à grand-chose. Alors, à l'image du Bayern, ils se contentent désormais d'une ou deux déclarations estivales, histoire de montrer qu'ils ont les sourcils froncés, avant d'attendre d'en découdre sur le terrain et que la loi du sport ne reprenne le dessus. Le mercato estival des Parisiens a fait grincer des dents, mais deux mois plus tard, Javier Tebas est le seul qui s'accroche encore au fol espoir d'une exclusion du PSG des compétitions internationales. N'importe quoi, surtout quand on sait quelles cochonneries se cachent derrière les transferts de ses clubs espagnols adorés. Dans cette histoire, Tebas est à la fois Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent, Rossinante, son cheval essoufflé qui fait de la peine, et l'écuyer Sancho Panza qui se lance dans le combat contre l'injustice en pensant surtout au magot qu'il pourrait amasser. Après le chien de garde et le justicier, Tebas a enfin trouvé un triple rôle à sa hauteur.




Par Alexandre Doskov
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