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  2. // 7e tour
  3. // Piraé/GSI Pontivy (5-6)

Pontivy et l'incroyable qualification à Tahiti

Alors que la France était attaquée en plein Paris par de multiples attaques terroristes, l'équipe de la GSI Pontivy jouait quant à elle un 7è tour de Coupe de France du côté de Tahiti. Après une qualification épique (6-5), les Bretons ont pourtant dû expérimenter une alerte à la bombe dans l'avion retour, et un atterrissage d'urgence à Salt Lake City. Récit d'un voyage mouvementé.

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Tout avait très bien commencé quand, lors du tirage au sort du 7è tour de Coupe de France, l'équipe de Pontivy a gagné le droit d'aller disputer son match à Tahiti. Si la joie de faire un tel voyage pour jouer une rencontre de foot était bel et bien réelle, ce ne fut pas non plus une énorme surprise puisque les dirigeants bretons s'étaient portés volontaires pour affronter une équipe des DOM-TOM. « Ça faisait déjà trois ans qu'on avait l'intention de profiter de la Coupe de France pour voyager dans un territoire d'outre-mer. Et donc, cette année, on s'est de nouveau proposés pour jouer hors de l'Hexagone. Par le passé, on a déjà reçu une équipe polynésienne il y a deux ou trois ans. On est un club breton et le voyage est inscrit dans nos gènes » , nous explique Hervé Brouard, entraîneur-adjoint du club morbihannais et ancien footballeur professionnel. La troisième année fut donc la bonne pour ces baroudeurs bretons, tout heureux à l'idée d'aller à la rencontre des Tahitiens dans le cadre d'un match de foot. D'autant que la Fédé régale les billets d'avion. Dans ces conditions, il paraît même étrange que tous les clubs ne se portent pas volontaires pour vivre une telle expérience. Quoi qu'il en soit, une fois les boules tirées, reste encore à s'organiser. Passeports à réaliser pour ceux qui n'en avait pas, demandes de visa à effectuer et surtout négociations avec les patrons de chaque joueur pour obtenir des congés exceptionnels. Et oui, quand on joue en CFA2 et que l'on travaille à côté du foot, ce n'est pas évident de gratter plus d'une semaine de congés à la dernière minute. « On a dû intervenir auprès des chefs d'entreprise de façon à ce qu'ils libèrent nos joueurs. C'était un peu compliqué mais au final tout le monde a réussi à partir » , précise Brouard.

En avion Simone !


Finalement, la joyeuse troupe quitte le sol français direction Los Angeles pour une escale de quelques heures, avant d'avoir le privilège de poser le pied en terre tahitienne. Une fois sur place, les joueurs prennent leur quartier à l'hôtel, non sans avoir été accueillis par les membres de l'équipe de Piraé. « Ça a été une très belle expérience, on a passé 8 jours là-bas et on a été très bien reçus. On a rencontré des gens formidables » lance l'ancien joueur du VOC. Cependant, un tel périple pour un simple match de foot ne laisse pas indemne : « C'est clair qu'entre le décalage horaire et la température élevée, les corps ont eu du mal à s'adapter. C'est pour ça qu'on a essayé de limiter les sorties de nos joueurs, de façon à ce qu'ils puissent bien récupérer pour le match. Mais malgré ces complications, on y est allé avec l'idée de gagner. » Le foot avant tout, donc, et tant pis pour les balades touristiques au bord de la mer, les cocktails exotiques tranquillement sirotés chemises ouvertes. « On aurait aimé avoir plus de temps après le match pour se balader et visiter un peu l'île puisqu'avant la rencontre c'était compliqué de le faire, concède Hervé Brouard. On s'entraînait deux fois par jour avec en plus des temps de récupération plus importants parce qu'il faisait très chaud une fois sur place. On s'est simplement baladé dans un petit marché la veille du match. »

Un match de coupe qui teint ses promesses


Si l'ambiance était déjà au beau fixe dans les rangs de la GSI, le scénario du match a carrément fait basculer les esprits dans un tumulte d'émotions folles. Jugez vous-même : au terme d'un match complètement dingo, les Morbihannais se sont imposés à l'issue de la prolongation sur le score fleuve - voire océan - de 6 buts à 5 ! Brouard lui même n'en revenait pas : « C'était extraordinaire, c'était un match tout simplement magnifique. Et même pour moi qui ai connu d'autres émotions (une finale de Coupe de la Ligue, une demi-finale à Nice, un maintien obtenu avec Vannes à Bastia), ça fait un moment que je n'avais pas eu autant de frissons ! Ça restera un grand moment pour l'ensemble de l'équipe. » Rien que pour ça, on peut déjà saluer la performance des gaillards du 56 ! Et histoire de finir cette aventure sur une dernière bonne note, le président du club tahitien a invité chez lui toute l'effectif pontivyen. Afin d'abord de ripailler comme il se doit et surtout de fraterniser autour de quelques canons bien sentis. Gueule de bois ou pas, l'heure du retour a fini par sonner. C'est donc le sourire aux lèvres et des rêves plein le citron que les hommes de Nicolas Scourzic ont pris place à bord de l'A380 d'Airbus. C'est là que tout se complique.

Le bout de pain, la psychose et le « boum » sur le tarmac


Après quelques heures de vol sans encombre, la nouvelle d'un problème technique circule alors en cabine. Là, le mieux est encore de laisser longuement la parole à Hervé Brouard, témoin « privilégié » des ces évènements : « J'étais en train de manger en regardant un film et j'ai demandé un bout de pain à l'hôtesse qui m'a répondu que c'était impossible. J'ai commencé à observer qu'il y avait un peu de mouvement dans l'avion. On a vite compris qu'il se passait quelque chose d'anormal mais, jusque-là, personne ne nous avait avertis de quoi que ce soit. Et au bout de dix minutes, le pilote de l'avion a pris le micro pour nous dire qu'il y avait un problème technique, qu'on devait se poser d'urgence et qu'il fallait être bien attentif pour écouter les consignes de la chef de cabine. On a donc remonté nos tablettes, posé nos plateaux repas par terre et serré très fort nos ceintures. Ensuite elle a demandé aux passagers qui étaient proches des sorties de se mettre en place au cas où on ait besoin de sortir par les toboggans. C'est à partir de là que l'avion est descendu très rapidement tout en lâchant le kérosène puisque le A380 ne peut pas se poser avec les réservoirs pleins (comme tous les gros porteurs d'ailleurs, ndlr). La descente a été très, très rapide et à l'arrivée, on a bien tapé sur le tarmac. Et une fois au sol, un grand nombre de véhicules étaient déjà aux abords de la piste (police, pompiers) et nous ont évacués très rapidement. C'est vrai que tout ça réuni, c'était assez impressionnant. » Sur le coup de l'annonce du pilote, l'ambiance en cabine s'est peu à peu tendue. Rien que de très normal dans ce genre de situation. Une sorte de « petite psychose momentanée » complète Brouard.

FBI, Mc Do et chiens renifleurs


Rapidement pris en charge par le FBI, les passagers sont immédiatement conduits dans un hangar à quelques encablures de l'avion. Là, les forces de l'ordre américaines ont pris soin de nourrir les voyageurs chamboulés par les évènements. « Des pizzas et du McDo, à l'américaine quoi ! » . What else ? Alertée de la présence d'une possible bombe à l'intérieur de l'avion (ainsi que sur le vol 65 au départ de Washington), les autorités US passent alors l'appareil au peigne fin. Matos technologique de pointe, chiens renifleurs. Tout y passe. Finalement, après une inspection minutieuse de chaque parcelle de l'A380, les voyageurs sont invités à remonter à bord. Certains refusent (une bonne vingtaine selon Hervé Brouard), la plupart accepte, non sans avoir été rassuré au préalable. L'ancien pro rembobine : « On en a discuté aussi entre nous et on a jugé que c'était la meilleure chose à faire. A notre demande, le pilote d'Air France est venu nous parler et son intervention a permis de calmer tout le monde. » Le vol retour, bien qu'effectué dans une ambiance logiquement tendue, s'est finalement déroulé sans encombre jusqu'à l'atterrissage, quelques heures plus tard, sur le tarmac de Roissy. Loin de jouer les héros (malgré 25 ans passés dans l'armée), Brouard nous a avoué avoir « eu peur comme tout le monde. A un moment je me suis dit "putain, qu'est-ce que je fous dans cet avion ? Qu'est-ce que je suis venu faire là, je vais me faire sauter la gueule en plein milieu des États-Unis pour... ben pour rien !" C'est très particulier, vous êtes à 15000 mètres d'altitude et ça va très vite dans la tête, ce sont des moments d'émotions très forts et je vous garantis qu'on est contents de poser le pied à terre. » S'il tente de relativiser la gravité des évènements vécus ce soir-là dans le ciel américain, « ce n'est qu'une simple péripétie et quand on voit ce qui s'est passé à Paris ces derniers jours, notre histoire c'est que dalle finalement » , le Pontivyen reste lucide : « Ce n'est pourtant pas anodin du tout ce qui nous est arrivé. C'est quelque chose qui restera ancré en nous pour toujours. »


Par Aymeric Le Gall
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Un passeport et un visa pour aller en France?
my bad, c'est necessaire pour une escale au z'u-esse-a
bachounet Niveau : CFA
Tahiti c'est 23h00 de vol environ donc escale obligatoire aux Etats-Unis donc passeport biométrique si tu es français et sans doute visa s'il y a des joueurs étrangers dans l'équipe.
Il n'y a pas de transit aux states donc douane pour sortir de l'avion et re douane pour y rentrer 2 à 3 heures après. Un vrai plaisir !!!
Il pouvaient pas y allez par le Japon ??
bachounet Niveau : CFA
A une époque tu pouvais passer par le Canada mais pas rentable donc fermé, tu peux passer par le Chili mais galère sur les correspondances via l'Ile de Pâques, tu dois aussi trouver des solutions via Londres et Nouvelle-Zélande mais galère aussi donc pour un aller retour sur 10 jours guère d'alternative à passer par LA avec air tahiti nui ou Air France...
Merci pour cet article j'ai appris plein de chose!
Les visas, les reservoirs de kerosene, que l'on pouvait etre volontaire pour partir en vacances aux frais de la fff !
Dans ce club tahitien de Pirae on peut noter la présence de Marama Vahirua qui a laissé plein de bons souvenirs en L1. Auteur d'un but lors de ce match prolifique.
Les mecs ils font 50h de vol AR sur une semaine et la seule chose qu'ils visitent c'est un petit marché? Je comprends qu'il y a un match de foot à jouer, mais tout de même...
C'est comment qu'on s'inscrit?
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