Pontcharra : un petit dans la cour des grands

Pour vivre la sensation du 7e tour de la Coupe de France, il fallait se rendre aux portes de Lyon. Sur la pelouse de Limonest (Honneur), le petit poucet Pontcharra Saint-Loup est entré dans l'histoire en devenant le premier club de District à se qualifier pour un 8e tour.

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La voilà, la belle histoire de la Coupe de France, édition 2015-16. Jamais un club de District ne s'était pâmé de joie pour jouer un 8e tour de Coupe de France. Pontcharra Saint-Loup est aux portes des 32es de finale et de l'entrée en lice des clubs de Ligue 1. Là-bas, les cœurs balancent entre Gones et Verts. Mais dimanche, en match en retard, le petit village de 2500 habitants avait rendez-vous avec l'histoire. Son histoire. Au menu : le FC Limonest, club d'Honneur avec des ambitions affirmées pour le CFA2. Sur la feuille de match, du gros calibre, avec notamment Sidney Govou, qui a choisi de prendre sa retraite après tout le monde. À 36 ans, le finaliste de la Coupe du monde 2006 n'a rien pu faire, même si, à 20 minutes de la fin, il a eu la balle d'égalisation au bout de la chaussure droite.


Faute de stade homologué, Pontcharra recevait donc Limonest... à Limonest. Déjà peu choyée par les parieurs, l'équipe de Promotion d'excellence se préparait donc à la fessée. Une semaine plus tôt, ils auraient été près de 2000 à les soutenir. Mais les événements du week-end dernier ont poussé la Fédération française à interdire les déplacements de supporters en Ligue 1 et Ligue 2, mais aussi en Coupe de France... Le froid de saison, un peu de grêle ou de neige pourrie, la fête était quelque peu gâchée. Ils seront finalement à peine 500 à se déplacer.


À moins d'une heure du coup d'envoi, les joueurs de Limonest sont à l'échauffement, preuve du sérieux avec lequel ils abordent la rencontre. En face, on fait bloc au chaud dans le vestiaire. Pas de tifos ni de fumigènes, seules des écharpes ont été imprimées pour l'occasion. « On a dû se remobiliser pour faire en sorte que le match se joue quand même dans de bonnes conditions » , ajuste Laurent Venet, directeur sportif du club. Les sapeurs-pompiers du village sont là pour la sécurité, le médecin de rigueur est en place, les services de fouille à l'entrée, autant de bénévoles pour assurer la bonne tenue du match. Côté tribunes, l'ambiance est mesurée, pas digne d'un 7e tour de Coupe. Qu'importe, les joueurs se chargeront de faire grimper le thermomètre. La Marseillaise, une minute de silence, un protocole respecté à la lettre, place au jeu.

Le but idéal juste avant la mi-temps


À Pontcharra Saint-Loup, les joueurs ne s'en font pas. Délestés de toute forme de pression, ils jouent leur football sans complexe. Il y a même chez certains une forme d'assurance, voire de légèreté, comme quand après une balayette dans sa surface, le milieu de terrain Yannis Mahdar se relève en affichant un large sourire d'auto-dérision. Ils le savent, on leur a répété : ils n'ont rien à perdre. « Si on gagne, ce sera un exploit, si on perd ce sera normal » , lançait avant le match Fred Tricaud, coach de Pontcharra. En face, vingt minutes après le coup d'envoi, Limonest sent déjà la mauvaise blague. « On n'y est pas, mettez du rythme, on dort » , s'emporte Jean-Michel Picollet, entraîneur, qui connaît bien les caprices que réserve la Coupe de France.


Avec Villefranche-sur-Saône (CFA) il était tombé aux penaltys contre l'ASSE en 2010. Seulement voilà, plus le chrono défile et plus la crainte de la défaite gagne le favori. Un poteau du défenseur Ariola, des attaques avortées par un gardien des grands jours, et Limonest voit venir le doute. Alors, quand à une minute de la mi-temps, l'attaquant ponturdinois Lefita profite d'une erreur de la défense pour ajuster en tête à tête, et sans trembler, le portier adverse, la fête prend enfin son envol (1-0). La Coupe de France est bien au rendez-vous.

Annecy, et un terrain à trouver


Retour des vestiaires. La farce ne peut pas durer. C'était sans compter sur le trublion du jour, Idriss Lefita. On prend les mêmes et on recommence. Une fois encore, sans trembler, avec une pointe d'espièglerie, l'avant-centre pique de nouveau sa balle pour la blague Carambar. 2-0 pour Pontcharra. Improbable. Il reste plus de 40 minutes à jouer. Limonest va empiler les occasions sans jamais atteindre son but. Du cœur, de la réussite, mais aussi du bon football. « L'entame de match a fait la différence, ajouté à la générosité, au collectif, et l'exploit a été possible. Ils ont joué ensemble, les uns pour les autres. C'est une équipe d'ordinaire assez joueuse » , souligne Maxence Flachez, qui connaît très bien cette équipe.


Pour cause, l'ancien défenseur de l'OL, aujourd'hui en charge de la CFA, suit quasiment chaque week-end Pontcharra, club dans lequel évolue son fils Tanguy, en défense centrale. Malgré une réduction du score à 20 minutes de la fin par De Sousa (2-1), Limonest sort de la Coupe de France au même stade que la saison dernière : après Sochaux (défaite 5-2), c'est donc Pontcharra Saint-Loup qui a annihilé ses ambitions. La suite, le petit poucet de la compétition la connaît. Un 8e tour dans quinze jours contre Annecy (CFA2) et des coups de téléphone en pagaille pour trouver un terrain. Parce que cette fois-ci, les supporters comptent bien être de la partie.

Par Cédric Perrier
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Ce n'est pas le 1er club de district à atteindre ce niveau.
Schirrhein, en 2009, a même atteint les 16es de finale, et évoluait aussi en district (certes, il y a moins de divisions en Alsace)
et l'Algérienne de Villeurbanne avait atteint les 1/32esz en 2002 (club de niveau 9, évoluant en district)
Schirrhein, l'un des plus grands exploits de l'histoire de la Coupe de France. Les mecs ont tapé Clermont 4-2 après avoir été mené 0-2. Avec 5 divisions d'écart entre les deux.
Et l'AS Puissalicon-Magalas dans l'Hérault, aussi en 2005 !!!!!
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