Polomat, son heure a sonné

À seulement 21 ans, Pierre-Yves Polomat est en train de se faire une place dans l’effectif stéphanois cette saison. Une réussite pas si étonnante que ça pour un joueur pétri de talent et doté d’un grand sens du travail. Un homme qui mérite ce qui lui arrive, en somme.

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« La vie de ma mère, je sais où il habite, Tolisso. Sa meuf, elle lui met des claques au lycée et il fait le fou... Je vais l'enculer, ce fils de pute. » La folle punchline est signée Pierre-Yves Polomat. Passablement énervé au sortir de la défaite des Verts dans le derby face à l’OL (3-0), le défenseur stéphanois ne décolère pas au moment de regagner les vestiaires, où ses meilleures pensées sont destinées au milieu de terrain lyonnais avec qui il ne s’est visiblement pas découvert d’atomes crochus particuliers. Pourtant, il serait bête de résumer le natif de Fort-de-France, en Martinique, à ce dérapage verbal.

Un incident qui ne reflète en rien la personnalité du garçon, comme tient à le souligner Anthony Robic, son ancien coéquipier à Laval : « Sur un match comme ça, tout le monde peut s’énerver une fois, ça ne veut rien dire. C’est un manque de lucidité, un moment de fatigue, mais ce n’est pas à cause de ça qu’il faut dire que c’est un mauvais mec. Polo, c’est un gars bien. » Un gars bien qui, à seulement 21 ans, est en train de s’imposer de plus en plus dans l’effectif dirigé par Christophe Galtier. Une belle récompense pour un joueur qui, malgré son jeune âge, a déjà connu pas mal de galères.

Une erreur de jeunesse


Pierre-Yves Polomat n’a que 14 ans lorsqu’il quitte sa Martinique natale pour intégrer le centre de formation de l’Olympique de Marseille. Un choix payant puisque le gamin ne tarde pas à impressionner tout le monde du côté de la cité phocéenne. Larry Azouni, ancien pensionnaire du centre de l’OM et actuel joueur de Nîmes, a eu l’occasion de côtoyer le Stéphanois : « Je me souviens qu’il était vraiment au-dessus du lot, surtout techniquement où il était vraiment impressionnant. C’était assez fou, car il jouait défenseur, mais il faisait des gestes de numéro 10. » Mais si sa formation au sein de l’OM se passe à merveille, elle finit par s’arrêter brusquement, en 2010, après seulement deux ans passés à la Commanderie. La raison ? « Un petit écart de conduite » , selon Robert Nazaretian, responsable du centre de formation, qui ne souhaite pas trop s’épancher sur le sujet : « Je ne peux pas dire ce que c’est, mais il s’agit d’une petite erreur de jeunesse. Il a fait ça avec deux autres jeunes qu’on ne gardait pas et donc on ne pouvait pas le conserver derrière, sinon on aurait perdu toute crédibilité. C’est vraiment à contrecœur qu’on a dû le faire partir, car c’était un gamin adorable et un footballeur plein de promesses. »

La carrière de Polomat n’a donc pas encore commencé que, déjà, elle subit un coup d’arrêt. Enfin, un petit coup d’arrêt. Car les qualités du gaucher ne sont pas passées inaperçues dans le Forez, où l’ASSE a bien l’intention de récupérer la pépite. Toutefois, la cellule de recrutement stéphanoise se pose quelques questions sur le comportement du joueur, même si un simple coup de fil à Nazaretian suffit à balayer tous les doutes : « Quand le mec de Saint-Étienne m’a appelé pour me demander ce que je pensais de Pierre-Yves, je lui ai dit de le prendre tout de suite, qu’il n’aurait jamais aucun problème avec lui. » À Saint-Étienne, celui que l’on surnomme « Polo » continue sa progression fulgurante et ne tarde pas à s’imposer chez les U19, avec lesquels il se hisse en finale de la coupe Gambardella dès sa première saison au club, avant de devenir un titulaire indiscutable en CFA. Ses belles prestations lui offrent même une première apparition chez les pros le 26 septembre 2012, lors d’un seizième de finale de Coupe de la Ligue face à Lorient, à seulement 18 ans.

Cheville fragile


En janvier 2014, le club, qui place de grands espoirs dans son latéral, décide de le prêter à Châteauroux, en Ligue 2, pour le laisser s’aguerrir. Malheureusement, les choses ne se passent pas vraiment comme prévues. Jean-Louis Garcia, alors entraîneur du club berrichon, s’en rappelle encore : « C’était un super recrutement pour nous, on était persuadés qu’il allait vraiment renforcer notre côté gauche, mais malheureusement dès son premier match avec nous, contre Bastia, il se blesse gravement à la cheville. » Touché moralement, le joueur retourne se soigner à Saint-Étienne où il fait de son mieux pour revenir le plus rapidement possible. Des efforts qui finissent par payer, alors que la saison touche à sa fin. Lors d’un match décisif pour le maintien face à Dijon, Polomat est aligné d’entrée de jeu, mais encore une fois, le sort s’acharne contre lui, et le joueur se blesse de nouveau, à la même cheville. L’aventure castelroussine s’arrête là, au grand regret de Jean-Louis Garcia : « J’étais vraiment très déçu pour lui, car c’est un garçon adorable. Ce n’est jamais évident à vivre, ce genre de situations, même si je pense que ça lui a forgé le caractère. »

« L’exemple type du joueur qui s’accroche »


Ce caractère, PYP ne va pas tarder à l'exploiter. Après avoir passé sa pré-saison à guérir cette cheville fragile, il file de nouveau en prêt, à Laval, cette fois. Sauf, qu’évidemment, le latéral n’arrive pas au top de sa forme comme s’en souvient Denis Zanko, le coach de Laval : « Quand il est arrivé, il avait toujours des restes de sa blessure à la cheville, et forcément ça a été dur pour lui de se faire une place, d’autant que l’équipe tournait plutôt bien. » Plus déterminé que jamais, Pierre-Yves ne lâche toutefois pas le morceau et finit par être récompensé. Zanko : « Au mois de décembre, il n’avait toujours pas joué un match, mais il a pu profiter de la blessure d’un joueur et du départ à la CAN d’un autre pour s’imposer et ne plus jamais sortir de l’équipe. C’est vraiment l’exemple type du joueur qui s’accroche, qui ne lâche jamais rien. »

Sa seconde partie de saison à Laval est plus que concluante. À tel point que l’été dernier, Christophe Galtier décide de conserver le joueur dans son effectif. Classé derrière Assou-Ekotto dans la hiérarchie à son poste, le Martiniquais parvient toutefois à gratter un temps de jeu considérable. Et à convaincre, encore. Conscients de l’énorme potentiel de leur latéral, les dirigeants stéphanois n’ont d’ailleurs pas hésité à lui offrir une prolongation de contrat, jusqu’en 2019. Une réussite qui n’étonne pas vraiment son ancien compagnon du centre de formation, Azouni : « Pour être honnête, je pense même qu’il va finir par mettre Assou-Ekotto sur le banc à ce rythme-là. »

Par Gaspard Manet Tous propos recueillis par GM
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