Pizarro quatre saisons

Depuis le début de la saison, David Pizarro, maître à jouer de l'entrejeu romain, squattait l'infirmerie. Et la Roma ramait. Ranieri se tire, Montella débarque, Pizarro revient, et la Roma redémarre. C'est parfois simple, le football.

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Depuis l'arrivée de Vincenzo Montella, la Roma va mieux. Les statistiques parlent pour lui. En surface, le renouveau semble coïncider avec le regain de forme de Francesco Totti, auteur de 5 buts dans les 4 derniers matches. Mais en réalité, tout bon tifoso de la Louve sait que, si la Roma retrouve un semblant de jeu, c'est en grande partie grâce à son Chilien, David Pizarro. Celui-là n'est pas mineur, mais est pourtant resté au fond d'un trou pendant de longs mois. Revenu de blessure diplomatique le 23 février, jour du baptême de Montella sur le banc romain, David Pizarro a immédiatement repris les clefs de « son » milieu de terrain. Technique, rapide et doté d'une vista incroyable, cet ancien numéro 10 a pris toute son ampleur lorsque, en 2001, Roy Hodgson le réinvente play-maker à l'Udinese. A la Roma, dès 2006, il s'impose donc en tant que tel dans une équipe où les solutions offensives ne manquent guère. En quatre saisons, il est l'un des grands artisans des épopées romaines, et la solide fondation d'une Roma qui termine trois fois sur la deuxième marche du podium. Ce n'est donc certainement pas une coïncidence si, depuis son retour il y a un mois, la Roma n'a pas perdu le moindre match en championnat. Néanmoins, son come-back suscite des interrogations. Car « El pek » (surnom en rapport avec sa petite taille) a guéri tous ses maux en trois jours. Juste le temps que Claudio Ranieri fasse ses bagages et dégage.



Chili con canular



Avant ce fameux 23 février, match en retard de la Roma à Bologne, Pizarro n'avait joué que 9 matches en Serie A. Sur ces 9 apparitions, la Roma vantait le piètre bilan de 2 victoires, 4 défaites et 3 nuls. Pas vraiment un porte-bonheur. Sa mauvaise entente avec Ranieri semble toutefois être la source de ses mauvaises prestations. Pièce maîtresse du système mis en place par le coach romain la saison dernière (et hérité de celui de Spalletti), le Chilien semble désormais comme un poisson hors de l'eau. Le 24 octobre, il se blesse au genou à la fin du match contre Parme (0-0). C'est le début d'une longue traversée du désert. Hormis 27 minutes disputées à Palerme un mois plus tard, Pizarro devient l'absent de luxe de la Roma, au grand désespoir de son entraîneur, qui perd peu à peu patience. Lors de la trêve hivernale, c'est le clash. Le joueur rentre se soigner au Chili. Mais le jour de la reprise des entraînements, aucune trace. Ranieri continue de le défendre publiquement, mais au fond de lui, ça bouillonne. Terré dans un mutisme inquiétant, Pizarro finit par s'exprimer, pour éteindre l'incendie. «  Je suis resté au Chili car j'ai toujours mal au genou et je souhaite trouver une alternative pour récupérer. En Italie, on dit beaucoup de choses sur moi, mais tout est faux. Je n'ai aucun problème avec Ranieri. Si je ne suis pas encore revenu à Rome, c'est uniquement pour me soigner » déclare-t-il dans La Repubblica. Ca sent la langue de bois et le canular à plein nez.

En off, on apprend que le joueur formé aux Santiago Wanderers ne supporte plus le fait de ne plus être indispensable. Il coupe brusquement les ponts avec tous les dirigeants de la Roma, sauf Bruno Conti, qu'il informe par texto de son retour différé. Ranieri se résigne donc à se passer de lui, et les deux finissent même par s'ignorer lorsque le joueur rentre à Trigoria. Lors du mois de février, au cours duquel la Roma s'écroule (quatre défaites consécutives contre l'Inter, Naples, le Shakhtar et le Genoa), Pizarro n'apparait même pas sur les feuilles de match. Le genou n'est toujours pas guéri. Soi-disant. Tant pis, ce n'est plus du ressort de Ranieri, qui démissionne après la défaite à Gênes (4-3). Un électrochoc d'une efficacité implacable. Encore plus radical que le baume du Tigre.



Aucun problème



Miracle. Dès le match suivant, Pizarro est tout fringant et tient sa place pour la victoire des giallorossi à Bologne. Le dimanche qui suit, il est à nouveau sur la pelouse, contre Parme, même s'il sort peu après la mi-temps, suite à un vilain tacle de Giovinco. Le public romain le siffle. Visiblement, son comportement en laisse perplexe plus d'un. Vincenzo Montella, pour sa part, met sa sur le compte d'une coïncidence. "Pizarro va mieux, son genou est guéri. Donc il joue. Quel est le problème?" demande-t-il ironiquement en conférence de presse. Quelques jours plus tard, Ranieri ouvre les vannes dans une interview dans L'Espresso, et tire à boulets rouges (et jaunes) sur le joueur. «  David a des problèmes au genou depuis longtemps. Depuis l'été, il s'entraîne peu et mal. Il n'était pas prêt. Plus je le défendais en lui donnant du temps pour guérir, plus je trouvais des insinuations quotidiennes dans les journaux. Vu que je ne suis pas un idiot, je l'ai pris à part de nombreuses fois : "Tu as des problèmes avec moi? Je t'ai maltraité? Dis-le-moi en face". Si j'ai commis une erreur, je n'ai pas peur de la reconnaître. Je suis comme ça, depuis toujours. Devinez sa réponse ? "Non, mister. Aucun problème". Il ne me regardait jamais dans les yeux » dégaine-t-il.

Le joueur ne se donne aucun droit de réponse, et rétorque simplement en inscrivant le but de la victoire romaine à Lecce (1-2). S'il ne peut empêcher l'élimination en C1, il est en revanche encore le meilleur sur la pelouse, avec son pote Totti, dans le derby remporté face à la Lazio, qui relance la Roma dans la course à la quatrième place. Cette course, Pizarro en sera protagoniste. Qu'il le veuille ou non. La Roma ne peut plus se passer de lui, et lui semble, enfin, ne plus vouloir s'en passer non plus. Huit matches pour rattraper la Lazio et l'Udinese. Montella compte sur lui, leur pacte est scellé. Et après ? « J'ai un contrat avec la Roma jusqu'en 2013. Mais ensuite, je retournerai jouer aux Santiago Wanderers, c'est un rêve de rentrer à Valparaiso » . Les tifosi de la Roma vont donc devoir profiter de lui et de son génie. Et vite.



Eric Maggiori

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J'attendais un artice sur Pizarro, il est venu, "renaissance" de la Roma oblige. C'est là qu'on reconnait SF. La vista analytique...
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