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Pius N'Diefi : « Je suis content que Booba parle de moi »

Des Ardennes à Lagos et Bamako, où il a remporté deux CAN, en passant par le Qatar, Fresnoy-le-Grand et le Japon pour y disputer une Coupe du monde, Pius N'Diefi a roulé sur le football mondial durant presque deux décennies, au volant de sa Smart tunée aux couleurs de Sedan. Une course folle qui n'a pas encore passé la ligne d'arrivée, l'attaquant de 42 ans défendant aujourd'hui les couleurs d'Harly-Quentin, sur les terrains bosselés de Régional 3. Rencontre avec une légende qui n'a peur de rien, et surtout pas de Booba.

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À 42 ans, vous cumulez aujourd'hui les fonctions de directeur sportif, attaquant et entraîneur des équipes de jeunes du club d'Harly-Quentin, dans l'Aisne, qui évolue en Régional 3. Vous n'avez pas envie de vous reposer ?
Je suis en bonne santé, et... Oh, je suis au téléphone ! Excusez-moi, ce sont mes enfants qui chahutent. Si je sentais que, physiquement, je n'étais pas au top, je m'arrêterais. Mais pour l'instant, ça va, je peux jouer 90 minutes sans soucis. Et puis mon expérience me sert beaucoup.

Il arrive que vous soyez remplaçant ?
Non, jamais. Mais si cela doit arriver, ce n'est pas grave, ma carrière est derrière moi. Durant toute ma carrière, je n'ai jamais créé de problèmes, ce n'est pas maintenant que je vais commencer. Mais étant donné mon vécu et mon palmarès, je ne peux pas être remplaçant. Après, si cela arrive, il n'y aura pas de soucis. Si un jeune a besoin de jouer pour progresser, j'irai sur le banc.

« Mes coéquipiers sont surpris que Pius N'Diefi soit parmi eux. » Pius N'Diefi

Vos coéquipiers, tous amateurs, sont fiers de jouer aux côtés d'une star du football ?
Ils sont surpris que Pius N'Diefi soit parmi eux, c'est sûr. Surtout depuis qu'ils se sont renseignés. Certains viennent me voir pour me dire : « Ah, je ne savais pas que vous aviez gagné deux Coupes d'Afrique des nations ! Je ne savais pas que vous aviez disputé une finale de Coupe des confédérations ! »

Comment occupez-vous le peu de temps libre que vous laisse le football ?
Je suis agent de joueurs. Pour l'instant, je ne travaille qu'avec des jeunes. Et je m'occupe de mes affaires, j'ai investi dans l'immobilier. Et pas seulement à Saint-Quentin !


Vous êtes toujours en contact avec vos anciens coéquipiers de la grande équipe de Sedan de la fin des années 1990 ?
Nous nous retrouvons parfois pour faire des matchs entre anciens Sedanais, avec Madjid Adjaoud, Nicolas Sachy, Alex Di Rocco, Cédric Mionnet et d'autres. Et après, on boit une bière en se remémorant les bons souvenirs, la bonne ambiance qu'il y avait dans l'équipe. C'est la famille, ça va au-delà du foot.

Justement, quels sont vos meilleurs souvenirs avec le CS Sedan Ardennes ?
C'est la saison 1998-1999, lorsqu'on est allé en finale de Coupe de France (perdue face à Nantes) et qu'on est monté en Ligue 1. Et puis, il y a ce match contre le PSG, où je mets un triplé (victoire de Sedan 5-1, en décembre 2000, ndlr). Je n'ai jamais oublié. Mais ce ne sont pas les meilleurs souvenirs de ma carrière, parce que j'ai également gagné la Coupe d'Afrique deux fois (2000 et 2002), participé à la Coupe du monde 2002 et disputé une finale de Coupe des confédérations. J'ai tellement de bons souvenirs que c'est compliqué pour moi d'en choisir un.


À Sedan, Smart, qui était le sponsor du club, vous obligeait à rouler dans une de ses voitures, siglée aux couleurs du club et portant votre numéro sur la portière. Vous avez fait quoi de la vôtre ?
Le président Urano l'a récupérée, et l'a vendue à un supporter.

« Je prenais la collation avec toute l'équipe du Barça, et ensuite nous prenions le bus pour aller au match. Et après, on se retrouvait tous pour dîner. J'allais même dans le vestiaire après le match, et au décrassage le lendemain. »

Lors de la première CAN que vous remportez, en 2000, vous jouez peu car le titulaire est Samuel Eto'o. Qu'est-ce qu'il avait de plus que vous ?
Il était plus efficace devant le but. Il n'avait besoin que d'une occasion pour marquer. C'était un finisseur, tandis que moi, j'étais un travailleur.

Il était facile à vivre ?
Oui, c'était mon ami, même si nous étions en concurrence. Il n'y avait aucun problème entre nous, comme avec Patrick M'Boma ou Joseph-Désiré Job. Nous savions que celui qui était titulaire le méritait. Samuel m'invitait souvent à Barcelone, pour que je le voie jouer. Là-bas, c'était le roi. Avec Ludovic Giuly et Lilian Thuram, nous étions toujours ensemble. Il était également ami avec Messi, même si, là aussi, ils étaient en concurrence.


Donc vous avez eu la chance de passer un peu de temps avec Lionel Messi, à Barcelone ?
Oui. Je prenais la collation avec toute l'équipe, et ensuite nous prenions le bus pour aller au match. Et après, on se retrouvait tous pour dîner. J'allais même dans le vestiaire du Barça après le match, et au décrassage le lendemain.

Comment cela se passe dans un vestiaire avec autant de stars ?
Comme partout ailleurs. Tout le monde est concentré, comme à Sedan.

Mais personne ne se demandait qui vous étiez, lorsque vous traîniez dans le vestiaire du Barça ?
Non, parce que Samuel m'avait présenté. Du coup, les autres me demandaient comment cela se passait pour moi à Sedan, ou avec l'équipe du Cameroun.


Lionel Messi était impressionné d'avoir face à lui un double vainqueur de la CAN ?
Oui, il m'a félicité.

Après votre aventure sedanaise, vous décidez d'aller jouer pour Al-Gharafa, au Qatar, en 2003. Que retenez-vous de cette expérience ?
Il y avait de grands joueurs, comme Christophe Dugarry ou Sonny Anderson, donc le niveau était bon. Mais la vie là-bas n'est pas évidente. Parfois, il fait 45 degrés, donc on se réfugie dans les voitures ou les magasins pour avoir la clim'. Ce qui fait qu'en dehors du foot, il n'y a pas grand-chose à faire.

Lors de la saison 2011-2012, vous avez joué à l'AS Fresnoy-le-Grand, le club alors présidé par Francis Lalanne. Cela vous a plu ?
Au début, je ne voulais pas y aller, je voulais arrêter ma carrière. C'est Raymond Robbe, l'entraîneur, qui m'a convaincu de le rejoindre. Et ensuite, j'ai découvert Francis Lalanne. C'est un vrai supporter, il aime le foot, il n'était pas là pour l'argent. Avant les matchs, il venait nous parler, « faut tout donner ! » , ce genre de chose. Malheureusement, les gens étaient contre lui, je ne sais pas pourquoi.

« Si cela fait plaisir à Booba de parler de moi, cela veut dire que je suis important. »

Selon les sources, votre taille varie d'1,63m à 1,74m. Dites-nous la vérité.
1,63m, ça voudrait dire que je suis une fille ! Non, je mesure 1,73m. D'ailleurs, j'ai beaucoup marqué de la tête.

Pius, il est temps de passer aux choses qui fâchent. Dans le dernier numéro de So Foot, Booba, qui a créé une agence de management de sportifs, nous a déclaré : « Il n'y a pas que des Cristiano Ronaldo, il y a aussi des Pius N'Diefi. On fait quoi avec les Pius, on ne les signe pas ? On crée la fondation Pius, pour les moches sans charisme ? » Qu'avez-vous à lui répondre ?
Je ne rentre pas dans ce genre de polémique. Je suis quelqu'un de gentil. Si je ne te connais pas, je ne vais pas t'insulter. Si tu m'insultes pour rien, je ne vais pas te faire le plaisir de répondre. Il y a quelques années, il avait déjà chanté : « Au mic tu fais flipper, t'es vilain comme N'Diefi » . Si cela lui fait plaisir de parler de moi, cela veut dire que je suis important. En fait, je suis content qu'un grand rappeur comme Booba parle de moi. Je le prends comme un compliment.

C'est un artiste que vous écoutez ?
Non, sauf s'il passe à la radio. Moi, j'écoute du R'n'B. R. Kelly, Rihanna... Et de la musique camerounaise, comme Petit Pays ou Longuè Longuè.



Propos recueillis par Mathias Edwards
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