Piccola Italia

Trois éliminés, un seul qualifié à l'arrache : les clubs italiens sont loin d'avoir brillé lors de cette phase de poules de l'Europe League. La Juve a fait des boules de neige en Pologne, Palerme a pris un set face au CSKA Moscou et la Sampdoria s'est enrhumée en Ukraine. Déclin inquiétant ou snobage d'une compétition jugée secondaire ?

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Quatre victoires en vingt-deux rencontres. C'est le tragique bilan des clubs italiens en Europa League cette saison (la Juve et la Sampdoria doivent encore jouer ce soir). Pourtant, l'Italie était le pays le plus représenté, avec quatre poulains en lice. Et non des moindres. La Juventus, Palerme, le Napoli et la Sampdoria, reversée du tour préliminaire de la Ligue des Champions. Tous campent actuellement aux premières positions de la Serie A. Mais en Europa League, les quatre fantastiques ont fait ou font peine à voir. Seul Naples a offert quelques prestations dignes de l'Europe, avec des remontées exceptionnelles face au Steaua Bucarest (3-3 après avoir été mené 3-0), à Utrecht (3-3 aussi, en étant mené 3-1) et une qualification à la dernière seconde hier soir. Pourtant, entre le Metalist Kharkov et le Lech Poznan, on ne peut pas dire que les adversaires avaient de quoi faire trembler. Alors quoi ? Les Italiens ont-ils snobé l'Europa League pour mieux se concentrer sur le Championnat ? Mais dans quel but ? Pour arriver cinquième et se qualifier pour l'Europa League ? Ça s'appelle un cercle vicieux. L'autre option, c'est que les clubs ont tout simplement sous-estimé la compétition. « Le Lech Poznan ? Fastoche, nous on a battu le Real Madrid les doigts dans le nez il y a trois ans » avaient pensé les Turinois. Oui, mais va donc jouer en Pologne, en Russie ou en Ukraine au mois de novembre, par -15°C, sous la neige et contre des adversaires chauffés à blanc. Là, ça devient beaucoup plus compliqué.

« La Juve a peut-être un peu sous-estimé la compétition, car je pense qu'elle voulait vraiment se qualifier. Il faut aussi avouer que la Juve du mois de septembre perdait contre Bari alors que celle d'aujourd'hui bat le Milan et la Lazio. On ne peut pas nier non plus que les conditions climatiques du match à Poznan ont déterminé leur avenir dans la compétition. Et puis, ne nous voilons pas la face, l'Italie n'est plus l'Eldorado du football comme dans les années 80 et 90. Dans les années 80, Messi et Cristiano Ronaldo auraient joué en Italie. L'Italie doit tout reprendre à zéro, en repartant des jeunes, et se reconstruire » analyse Darwin Pastorin, journaliste italien à La7 et spécialiste de l'équipe turinoise. Mais au-delà même d'un Eldorado perdu ou de conditions climatiques difficiles, c'est le manque d'implication des joueurs qui a sauté aux yeux. Jouer le jeudi, c'est contraignant pour tous, surtout lorsqu'il faut enchaîner avec un match de championnat le dimanche. Or, lorsque l'on joue Lausanne à trois jours d'un choc face à l'Inter Milan, la solution la plus simple demeure le turn-over. Et c'est là que le bât blesse. Si les onze titulaires ont de la gueule, les bancs font parfois défaut. « Hormis la Juve, qui a plutôt payé le grand nombre de blessés, les trois autres équipes n'étaient pas préparées à jouer l'Europa League. C'est une compétition longue, où il faut s'impliquer. Le problème en ce moment en Italie, c'est parfois la pauvreté de l'effectif. Naples et Palerme font de très belles choses en championnat avec leur équipe-type, mais dès que les remplaçants prennent la relève, il n'y a pas le niveau » commente durement Marco Lanna, ancienne gloire de la Sampdoria des années Vialli-Mancini.



Paradoxe, les clubs italiens engagés en Ligue des Champions (Inter, Milan AC et AS Roma) se sont tous qualifiés (sans briller toutefois) pour les huitièmes de finale. Sans oublier que l'Inter est Championne d'Europe en titre. La Coupe aux grandes oreilles stimule plus que sa petite sœur, c'est sûr. D'ailleurs, l'Europa League semble d'autant plus avoir perdu de son attrait de l'autre côté des Alpes depuis la disparition de la Coupe des Coupes. « Aujourd'hui, l'Europa League est considérée comme une compétition secondaire, une Serie B européenne, ajoute Pastorin. La Juve n'a qu'un objectif : jouer la Ligue des Champions. Il fut un temps où les vainqueurs de la Coupe UEFA s'appelaient Liverpool, Real Madrid ou Juventus. Aujourd'hui, c'est CSKA Moscou, Séville et Shakhtar Donetsk. Pour les tifosi, qui sont aussi nostalgiques que rêveurs, ça ne fait plus fantasmer » . D'ailleurs, ce manque de motivation semble s'être caractérisé dans les quelques mots prononcés par l'entraîneur de la Vieille Dame, Gigi Del Neri, au lendemain de l'élimination : « On va au moins pouvoir se concentrer sur le championnat » . Sorte de façon codée mais pas vraiment codée de dire "bon débarras".



Ces mauvais résultats ne sont pas anecdotiques et les conséquences ne sont pas immédiates, mais presque : l'Allemagne devance désormais quasi-irréversiblement l'Italie au classement UEFA. Du coup, à partir de la saison 2012-13, les Italiens perdront leur quatrième place qualificative pour la Ligue des Champions aux dépens des Allemands. A moins que l'Inter, la Roma et le Milan AC n'atteignent tous les demi-finales de C1... Mal barré, n'est-ce pas. « C'est vraiment dommage, mais je pense que sur les dernières années, c'est mérité. L'Italie est dans une phase de transition. Il faudra encore deux ans pour que les grands clubs soient de retour » prédit Lanna, optimiste. Deux ans, si la prophétie s'avère vraie, durant lesquels les Transalpins risquent encore de se faire taper par Debrecen et le Sheriff Tiraspol. Le temps va paraître long.



Eric Maggiori

* Piccola Italia = Petite Italie, en VF.

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tres bon article , qui fait un peu mal quand on est de l'autre coté des Alpes , mais qui reflète bien la situation du foot italien actuellement ...

ceci dit , on saura etre patients , tu me diras on a que ca a faire hein ^^

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