Advertisement Une caméraUne caméra qui illustre les papiers contenant une vidéo PhylactèrePictogramme représentant un phylactère (bulle utilisée dans les bandes déssinées) servant à illsutrer les commentaires envoyés par les lecteursTrophéePictogramme représentant un trophée. Ce picto illustre la section résultats / classement de SOFOOT.com Logo FacebookIcone facebook faisant le lien avec la page Facebook de notre siteFlècheUne flèche servant à la navigation. Le sens de la flèche change en fonction du contexte où elle est utiliséeLogo Google +Lien vers notre page Google+Icone "Hamburger"Icone composé de trois lignes noires horizontales identiques, les unes au dessus des autres, servant à illustrer la notion de "menu".Logo, InstagramPetit appareil photo servant à lier vers notre page InstagramPouce vers le hautPictogramme représentant une main fermée en poing avec le pouce dressé vers le haut. Illustration de la notion de "like" des réseaux sociauxMoinsLe signe mathématique "moins" Appareil photoUn appareil photo qsui illustre les articles avec photoPlusLe signe mathématique "plus" LoupePictogramme représentant une loupe, illsutrant la notion de "recherche" sur le site.Répondre àUne flèche arrondie, pointant vers la gauche et servant à évoquer la réponse à un commentaireEtoileEtoile à 5 branches, illustrant la notion de "mise en favoris"Logo twitterPetit oiseau illustrant le lien vers notre compte Twitter
MATCHS 11 Résultats Classements Options
  1. // Foot & Littérature

Philippe Rodier : « Le modèle Ferguson serait impossible aujourd’hui »

L’entraîneur idéal existe-t-il ? Philippe Rodier s’est penché sur la question dans un livre savoureux, qui mêle football, philo et culture pop. De Schopenhauer à Star Wars en passant par James Bond, cet ancien champion de France de Counter-Strike dresse les rapports qui existent entre l’entraîneur, le manager d’entreprise et Steve Jobs. Entretien.

Modififié
Qu’est-ce qui te fascine tant dans cette figure de l’entraîneur ?
C’est le partage. Je pense que c’est là que se joue la différence entre un bon et un très bon entraîneur : la capacité à transmettre ses idées. Avec le football, ce qui est intéressant, c’est que tu peux relier ça à la culture, l’économie, la politique... Je voulais présenter aux gens à quoi ressemble le chemin pour devenir entraîneur. La vérité, c’est qu’il n’y en a pas qu’un, mais plusieurs. Ça, je pense que c’est important de le montrer parce que quand t’es enfermé dans une société qui est très scolaire, on te bassine avec l’idée selon laquelle il n’y aurait qu’un seul chemin pour réussir. Ce qui est une grande connerie. Aujourd'hui, tu le vois avec les parcours des managers, dans le milieu de l’entreprise, qui ne sont pas issus des écoles de management. Tu le vois avec des entraîneurs qui sont issus du milieu du football, mais qui n’étaient pas des grands joueurs.

Tu le rappelles dans le livre, c’est le cas de Mourinho, Bielsa, Sampaoli, Jardim...
Ça en dit long sur leur personne et leur capacité de mémorisation. Le premier talent de Mourinho, au-delà de ses compétences de meneur d’hommes, ce sont ses compétences d’observation.
« Ça fait quelques années qu’on parle d’une crise du management en France et je pense que pour la résoudre, ça passera par une ouverture intellectuelle. »
L’observation est, avec l'écoute, la première qualité d’un manager... Dès le départ, l’idée, c’était de dire que le monde de l’entreprise a beaucoup à apprendre au milieu du sport. Ça fait quelques années qu’on parle d’une crise du management en France et je pense que pour la résoudre, ça passera par une ouverture intellectuelle. Et malheureusement, en travaillant sur ce livre, j’ai constaté que la curiosité intellectuelle, c’est quelque chose qui manque beaucoup, en France, chez les entraîneurs. J’entends beaucoup dire : « Je sais faire, je connais, j’ai appris donc je sais... » , alors qu’en vérité, tu ne sais jamais, tu apprends à tout âge.


C’est typiquement français, selon toi ?
Je ne veux pas tomber dans la critique habituelle de la mentalité française. On va dire que j’ai une bonne expérience du management, de par les gens qui m’entourent et mon parcours personnel, et oui, il y a un manque d’ouverture. Disons que c’est en train de venir petit à petit. À Oxford, on étudie des thèses de Ferguson. Aux États-Unis, on étudie des thèses de Popovich (l’emblématique coach des San Antonio Spurs, la franchise NBA la plus performante des vingt dernières années, ndlr). En France, il y a des colloques entre les entraîneurs et les entreprises, mais je ne pense pas que ce soit aussi prononcé. On ne reconnaît pas le métier d’entraîneur à sa juste valeur. C’est-à-dire comme un vrai métier de manager, surtout aujourd’hui, avec les attentes qui sont décuplées, l’exposition médiatique...

Tu soulignes dans le livre l’évolution de ce métier...
On ne va pas dire que tous les entraîneurs connaissent le jeu – ce serait valorisant pour certains entraîneurs –, mais l’enjeu majeur du métier d’entraîneur, c’est la gestion des hommes : s’adresser à quelqu’un, s’adresser à la presse... J’ai vu beaucoup d’entraîneurs de Ligue 1 faire des fautes énormes de management. Prenons le cas d'Hubert Fournier, je pense qu’à un moment, il s’est détaché de sa fonction d’entraîneur pour se muer en consultant, à travers plusieurs sorties sur Lacazette, en conférence de presse.
« Même si je peux comprendre que c’est difficile d’être avec des journalistes qui posent des questions ennuyeuses en conférence de presse, si tu rentres dans le jeu d’être hautain dans tes réponses, tu vas créer une mauvaise ambiance autour du club. »
Après, le problème, c’est qu’on ne sait plus de quel côté tu es. Avec les joueurs ? Avec la presse ? Je pense que c’est à partir de ce moment-là qu’il y a eu une fracture avec son vestiaire. On pourrait se dire que Lacazette se doit de résister à ça si c’est un grand joueur, mais ne serait-ce pas à l’entraîneur de s’adapter à la sensibilité de son joueur et de le protéger ? C’est ce qu’a fait Carlo Ancelotti quand Crespo était au fond du gouffre (en 1996-1997, à Parme, ndlr) : il ne l’a pas affiché face la presse, au contraire, c’est lui qui a défendu son joueur. Donc, c’est intéressant de voir que tout ce que fait un entraîneur sous l’exposition médiatique va engendrer des conséquences sur son groupe, et donc sur la performance. Un entraîneur qui n’est pas capable de pérenniser une ambiance sereine avec des médias peut amener une ambiance négative autour du club. Je pense à Laurent Blanc, dans sa communication. Même si je peux comprendre que c’est difficile d’être avec des journalistes qui posent des questions ennuyeuses en conférence de presse, si tu rentres dans le jeu d’être hautain dans tes réponses, tu vas créer une mauvaise ambiance autour du club. Fatalement, ça va ressortir sur les joueurs.

Tu cites à ce sujet Arsène Wenger : « La société est passée de la verticalité à l’horizontalité. Un entraîneur en 1960 disait : "Les gars, on fait comme ça" et personne ne discutait. Aujourd’hui, il faut d’abord convaincre. (...) Parce qu’il (le joueur) a un statut. Une façon de réfléchir. Les gens aujourd’hui sont informés. Ils ont donc une opinion. Et pensent que leur opinion est la bonne. »
La génération d’aujourd’hui est plus critique. Souvent, elle pense qu’elle sait, alors qu’elle ne sait pas encore. Ça, faut savoir le gérer... Beaucoup d’éditorialistes tapent sur les joueurs français : « Les branleurs, les mecs qui travaillent pas, etc » . Mais il faut relire les textes des entraîneurs d’il y a vingt ou trente ans, qui faisaient les mêmes critiques sur le football français. Le problème ne se situe pas là, mais dans le fait que la nouvelle génération est plus critique et demande à ce qu’on explique mieux les choses, parce qu’elle peut aussi les comprendre (forcément, on a accès à une base culturelle beaucoup plus forte, à internet, aussi...). Et c’est tant mieux, ça va engendrer des échanges plus constructifs entre le coach et les joueurs.


Est-ce qu’à cause des attentes de la nouvelle génération, l’entraîneur est moins durable ?
Dans le deuxième chapitre, j’évoque Ferguson. Je pense que le modèle Ferguson serait impossible aujourd’hui. Wenger est un bon entraîneur, mais je pense qu’il est dépassé au niveau de la gestion des hommes, de la motivation. C’est une bonne illustration de ce dont a besoin un coach pour y arriver aujourd'hui. C’est-à-dire un staff conséquent, et pour le cas de Wenger, peut-être la présence d’un adjoint avec un bagage charismatique, comme Thierry Henry.

Tu t’attaches à souligner qu’un bon entraîneur n’est pas qu’un entraîneur qui gagne – en mettant en balance les titres gagnés et la manière de jouer...
Quand tu vas au résultat, c’est que tu as la flemme. Tu ne comprends pas ce qui se passe, donc tu vas au plus court. Après le 4-0 de Paris contre le Barça, Emery est le meilleur entraîneur du monde. C’est acté.
« Moi, de ce que je constate encore, c’est que j’ai vu plein de mecs qui avaient des super notes en cours qui, aujourd’hui, ne sont pas les mieux placés dans leurs entreprises. »
Trois semaines après, c’est un gros tocard... Et personne ne se penche sur ce qui s’est passé avant, et on le classe directement dans la catégorie des entraîneurs bidons. Est-ce que Carlo Ancelotti, par exemple, est bidon parce qu’il a pris trois buts en une mi-temps contre Liverpool ? Je ne crois pas. Donc s'attacher à la notion de résultat, c’est très simpliste. C’est quelque chose de très ancré dans la société. La notation, en cours, je n’ai rien contre, mais ça vient de là. Pour être un bon élève, il fallait que tu aies une certaine note. Moi, de ce que je constate encore, c’est que j’ai vu plein de mecs qui avaient des super notes en cours qui, aujourd’hui, ne sont pas les mieux placés dans leurs entreprises. Et, au contraire, j’ai vu plein de mecs sans diplômes arriver à devenir des cadors dans leurs entreprises.

À quoi ressemblerait le portrait-robot de ton entraîneur idéal ?
J’ai rencontré Alain Casanova pour l’écriture du livre et j’aime bien son mélange idéal : Simeone-Mourinho-Guardiola. Forcément, selon moi, il y aurait aussi la personnalité de Johan Cruyff. Cruyff dépasse le cadre du football, je vais pas refaire l’histoire de la bande Adidas... mais Cruyff avait quelque chose de syndicaliste, qui me plaît beaucoup. Il y aurait la prestance de Bielsa, aussi. Je pense que c’est celui qui élève le plus le football à quelque chose de spirituel. Dans un monde triste et mélancolique, c’est rafraîchissant, un personnage comme Bielsa, qui nous ramène en enfance. Et je serais forcé de mettre une petite dose de José Mourinho parce que j’aime les hommes de théâtre. Les émotions du football passent aussi par le cirque que peut faire un entraîneur autour d'un match. Avec ses prestations au bord du terrain et en conférence de presse, Mourinho apporte une dimension pittoresque, burlesque au football. C’est très important parce que sinon, on se prendrait beaucoup trop au sérieux. En France, je pense aussi à Pascal Dupraz. Le type apporte quelque chose qui fait rire, dans un sport qui est avant tout un spectacle. Moi, je suis toulousain. Depuis que Dupraz est arrivé, il y a un certain engouement autour du club. Et après des années très difficiles, je pensais que c’était impossible. Le métier d'entraîneur peut aussi servir à galvaniser les supporters.


Dans le chapitre « Causes toujours...  » , tu retraces l’histoire de Steve Jobs, un modèle de leadership, qui s’est constitué dans l’adversité d’IBM au lancement du Macintosh, en 1984. Au fond, c’est aussi le cas des entraîneurs : Mourinho et Guardiola se sont nourris l’un l’autre...
Chaque homme est motivé – de façon positive ou négative – par un autre. Entre Mourinho et Guardiola, ça a été néfaste pour eux à un moment, mais positif pour le foot mondial. Guardiola expliquait qu’il était vidé émotionnellement de travailler face à Mourinho.
« Sans Karpov, Kasparov ne devient jamais Kasparov. C’est l’histoire du monde. Tu le retrouves dans tous les milieux : en littérature, c’est Sartre et Camus. »
Mais quelque part, si Mourinho n’existe pas, est-ce que Guardiola va chercher les solutions pour encore devenir meilleur qu’il ne l’est déjà ? Et vice versa : s’il n’y a pas des entraîneurs qui attaquent comme des fous furieux, est-ce que Mourinho cherche à s'adapter ? Aux échecs, c’est encore plus intéressant avec le duel Karpov contre Kasparov. Il faut imaginer, qu’à cette époque, Kasparov, c’est bien plus qu’un représentant politique. C’est l’icône, c’est un symbole. Et sans Karpov, Kasparov ne devient jamais Kasparov. C’est l’histoire du monde. Tu le retrouves dans tous les milieux : en littérature, c’est Sartre et Camus. Ce que ça doit indiquer aux gens, c’est que peu importe le secteur d’activité, s’inspirer des autres, échanger avec eux, et même avec son rival, c’est quelque chose de très intéressant. C’est même la chose la plus importante.

L'entraîneur idéal, écrit par Philippe Rodier avec Raphaël Homat, édition Hugo Sport, 14,50 €



Propos recueillis par Florian Lefèvre
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié


Dans cet article


Hier à 14:36 Euro Millions : 138 millions d'€ + 1 millionnaire garanti
Hier à 16:58 Neymar lance son propre jeu de foot 72 Hier à 14:14 La statue de Falcao 29 Hier à 14:13 Un Ballon d'or créé pour les femmes 44
Partenaires
Podcast Football Recall Gérez comme un pro votre équipe de sport amateur Un autre t-shirt de foot est possible Tsugi Olive & Tom MAILLOTS FOOT VINTAGE
Hier à 10:52 Zlatan aide le LA Galaxy à stopper sa mauvaise série 5