Peur sur la ville

Menez agressé dans sa voiture par un supporter à la sortie du stade, les joueurs et l'entraîneur de la Sampdoria menacés de mort, une bombe agricole qui explose devant la maison du président de Bari : les actes de violence des supporters se multiplient ces dernières semaines. Y'aurait-il un brin de tension agonistique autour des clubs de Serie A ?

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Cela s'est passé mardi soir. La Roma vient de perdre à domicile contre l'Inter en Coupe d'Italie. Jérémy Menez a joué les 27 dernières minutes. Sans coup d'éclat, sans étincelle. Mais sans être désastreux non plus. Une heure après le coup de sillet final, le joueur quitte le stadio Olimpico en compagnie de son frère à bord d'une Smart. Un scooter se met à le suivre. Pire, celui-ci passe devant lui, le devance, et prend la route que le joueur doit emprunter pour rentrer chez lui. Terrain miné. Quelques mètres plus loin, boum. Un impact. Une pierre vient d'être lancée sur la voiture du Français. Jérémy aperçoit l'homme en scooter qui prend la fuite. Quelques minutes plus tard, un deuxième impact. Cette fois-ci, c'est un parpaing de 40 centimètres. Les deux frangins descendent de leur auto, mais l'homme casqué a déjà filé. Selon ses propres aveux, Menez, terrorisé, n'en ferme pas l'œil de la nuit. Le lendemain matin, il se confie à Gian Paolo Montali, le directeur technique des giallorossi. « Je ne vais pas à l'entraînement. Je n'en peux plus, c'est une ville de fous, je veux me tirer d'ici » lui dit-il au téléphone, avant de porter plainte à la police. Finalement emmené à l'entraînement par ce même Montali, Menez va alors vivement se prendre la tête avec Montella, son coach. Une altercation de plus, en témoin d'une situation tendue et crispée dans le club de la capitale, dont Menez devient finalement le bouc émissaire.



«  De l'extérieur, on ne peut pas comprendre ce que représente la Roma pour un tifoso de la Roma, explique Carlo Mazzone, romain et coach de la Louve de 1993 à 1996 . Il y a une grande déception de la part des supporters pour la saison du club. Par conséquent, cette déception se reporte sur les joueurs dont le comportement laisse à désirer. Menez, je l'aime beaucoup. Je n'ai aucun doute sur ses qualités. C'est un grand joueur. Mais il doit grandir en tant qu'homme. Il peut avoir des mauvais comportements. Je condamne les actes de violence, mais malheureusement, ce sont des choses qui arrivent en périodes de troubles. Et en ce moment, la Roma traverse une période trouble, un passage entre deux époques » . Or, plus l'on descend dans le Sud de l'Italie, plus le tifo devient chaud, plus l'ambiance est électrique quand les résultats ne suivent pas ou quand les joueurs ne mouillent pas le maillot. Le maillot. Peut-être le symbole le plus fort pour un supporter. Symbole d'appartenance, symbole de respect. « Si tu ne respectes pas ton maillot, on ne te respecte pas » . Tel est le credo des tifosi. C'est peut-être pour cela que le fameux homme en scooter a pété un plomb avec Menez.



Deux scooters et cinq imbéciles



C'est aussi pour cela qu'il y a quelques mois, des supporters de Lecce s'en sont violemment pris à Souleymane Diamoutene. Arrivé à Lecce en 2004, le Malien a eu la très mauvaise idée, en juillet 2009, de demander à être prêté à Bari, le club rival. Il dispute trois malheureux matches avec le maillot blanc et rouge des Galletti, puis revient à Lecce. Lors d'un entraînement, le 2 décembre dernier, il est pris à partie par un groupe de supporters qui en viennent aux mains avec lui, lui demandant d'ôter son maillot. « Sale barese de merde, tu n'es pas digne de porter notre maillot » lui hurle le chef de la bande. Diamoutene se réfugie aux vestiaires. Un mois plus tard, il s'enfuit à Pescara. Même solution pour Edinson Cavani. Agressé dans sa voiture par deux hommes en scooter à Palerme, l'an dernier, il avait quitté la Sicile pour Naples, même s'il a toujours nié tout lien entre les deux évènements. «  Cavani avait une bonne raison de quitter Palerme, car il avait été agressé. Au moins, ici à Naples, il est considéré comme une idole » assure pourtant Aurelio De Laurentiis, son président. La fuite, donc. Solution extrême face aux crises de nerf extrêmes des supporters extrêmes.



Mais le cliché du vil Sud et du gentil Nord est désuet. Même si, certes, les bombes agricoles explosent plus souvent au stadio San Paolo de Naples qu'au stadio Friuli d'Udine, la violence de certains supporters s'effectue aussi dans les contrées ligures et lombardes. Ainsi, à Gênes, la tension est à son paroxysme depuis dimanche. Battue à Milan, la Sampdoria est, pour la première fois de la saison, relégable. Une situation intolérable pour les tifosi, qui ont décidé d'employer la manière forte avec leurs poulains. Au retour du bus, une voiture se poste en travers de la route. Des types cagoulés entrent de force dans le bus et menacent de mort les joueurs : «  Si vous descendez en Serie B, on vous tue » . Le lendemain, c'est l'entraîneur, Alberto Cavasin, qui est pris à partie par deux hommes. Menaces, intimidations. «  Depuis mon arrivée à Gênes, j'ai perdu 7 kilos à cause du stress » leur répond le coach. L'ambiance est très, très tendue. « Une telle situation à la Sampdoria me surprend, raconte Marco Lanna, huit années et un Scudetto sous le maillot de la Samp C'est une ville où, en général, les tifosi encouragent toujours leur équipe, même en cas de défaite. C'est donc très étonnant, je crois qu'un tel acte de violence ne s'est jamais produit. Je ne pense néanmoins pas que l'on puisse parler de croissance de la violence, il s'agit surtout là de cinq imbéciles, ce n'est pas représentatif. Mais cela reste inquiétant, les gens se croient tout permis sous prétexte que les joueurs sont des personnages publics » . Sorte de revers de la médaille de la célébrité, version lynchage sur la place publique, en quelque sorte. Sur le mode "Tu es riche, tu es célèbre, tu portes nos couleurs, donc tu assumes nos humeurs". Pire que la loi de la jungle, gars.



Eric Maggiori

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Y a pas qu'en Italie c'est de pire en pire de partout... ça va avec la crise. En Espagne aussi c'est devenu beaucoup plus chaud que ça n'a jamais été.
c'est normal, la violence est banalisée.

les gens n'ont pas conscience de leurs actes. Ils ne comprennent pas que faire usage de violences vis à vis d'un joueur ou d'un coach ne l'aidera pas à courir plus vite ou à mieux organiser son équipe, bien au contraire...

et puis, ils ne comprennent pas qu'au final, ce n'est que du foot.
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