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Perugia, la résurrection du Griffon

Reléguée administrativement en D5 en 2010, Perugia est en train de revenir fort. Équipe emblématique des années 2000, notamment connue pour avoir enlevé un Scudetto à la Juve, la formation biancorossa se frotte ce soir au Hellas Vérone, en Coupe d'Italie.

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C'est une image que les supporters de la Juventus n'ont jamais oubliée. Un déluge. M. Collina avec son parapluie. Carlo Ancelotti avec son anorak. Et puis Alessandro Calori. Un joueur quelconque, défenseur, qui vient placer une frappe improbable après un renvoi dégueulasse d'Antonio Conte. Van der Sar se fige, le ballon file dans les cages. Perugia, modeste douzième de Serie A, vient de planter un coup d'épée dans le ventre de la Vieille Dame. Un but qui ôte le Scudetto des mains de la Juventus et qui l'offre sur un plateau à la Lazio, qui n'en demandait pas tant. Nous sommes le 14 mai 2000, et Perugia vient d'inscrire son nom dans l'histoire du championnat d'Italie. Ironie de l'histoire, un an plus tôt, c'est sur cette même pelouse du Renato-Curi que le Milan AC de Zaccheroni avait fêté son Scudetto, en s'imposant 2-1 lors de la dernière journée. Pour Perugia, promu en 1998 et de retour en Serie A après 17 saisons, c'est une véritable période dorée. Une période où vont se succéder des joueurs aussi incroyables qu'improbables (Nakata, Rapaić, Zé Maria, Materazzi, Ibrahim Ba, Kaviedes, Liverani…), des entraîneurs dingues (Vujadin Boškov, Carlo Mazzone, Serse Cosmi) et, évidemment, un président unique, Luciano Gaucci. Un homme qui, dans son CV, peut se vanter d'avoir fait venir en Italie le fils Khadhafi, d'avoir viré de son équipe de la Coréen Ahn Jung-hwan, coupable d'avoir éliminé l'Italie du Mondial 2002, ou encore d'avoir proposé de faire jouer un ours dans son équipe.

République dominicaine et Serie D


Mais comme souvent, en Italie, toute belle époque a une fin. Lors de l'été 2003, Perugia remporte la Coupe Intertoto, une première historique dans l'histoire du club. En Coupe UEFA, les Biancorossi se permettent même d'éliminer Dundee et l'Aris Salonique, mais se font sortir au troisième tour par le PSV Eindhoven. C'est l'apogée du Perugia de Luciano Gaucci. Car cette saison 2003-04 va être un véritable chemin de croix. L'équipe ne parvient pas à rééditer les prestations des années précédentes. Elle termine quinzième, et doit donc disputer un barrage contre la Fiorentina, sixième de Serie B. Après la défaite 1-0 à l'aller au Renato-Curi, elle n'arrive pas à inverser la tendance et fait match nul 1-1 à l'Artemio-Franchi. Relégation. Serse Cosmi tire sa révérence, et la formation est confiée à Stefano Colantuono, avec pour objectif une immédiate remontée en Serie A. Perugia termine troisième et gagne donc le droit de disputer les play-offs. Mais le mois de juin 2005 est terrible. En quelques jours, le Griffon perd tout. D'abord, il s'incline en finale des play-offs face au Torino, manquant ainsi la promotion, et surtout, il est exclu de la deuxième division par la justice sportive, à cause de problèmes économiques. C'est la fin de l'ère Gaucci qui, traqué par le fisc, décide de fuir l'Italie. La dernière fois que nous avons essayé de le joindre sur son portable, il y a de ça deux ans, il était en République dominicaine, et c'est une jeune fille avec une petit voix d'oiseau qui décrochait à sa place. Tombeur.

La suite de l'histoire de Perugia, sans Gaucci, est malheureusement des plus banales. Le club végète d'abord quelques saisons en Serie C, perd un barrage pour remonter en Serie B, et sombre définitivement en 2010. Avec plus un rond dans les caisses et des dettes à n'en plus finir, Perugia est déclaré en faillite par le tribunal. L'équipe disparaît et renait sous le nom d'ASD Perugia Calcio, en Serie D, l'équivalent, à l'époque, de la cinquième division. C'est l'entrepreneur Roberto Damaschi qui reprend en mains l'équipe, épaulé par Walter Novellino, ancien coach du Napoli, de la Samp et du Torino, comme conseiller. Nous sommes en juillet 2010 et Perugia repart de tout en bas, chez les amateurs. Dix ans, pile, après avoir fait pleurer la Juventus.

Le Griffon dort, le Griffon renait


Il faut maintenant remonter. Et vite. Problème, dans cette équipe, il n'y a plus aucun gros nom, plus aucun joueur charismatique. Tout le monde a foutu le camp, au fur et à mesure des relégations. Le nouveau coach, Pierfrancesco Battistini, doit composer avec les moyens du bord. Seul joueur de «  renom » , le défenseur Roberto Goretti, ancien du Napoli (1997-2000) et de Bologne (2000-03). On trouve également le Canadien Rocco Placentino, deux années à l'Impact Montreal (2008-10) et qui vient tenter une nouvelle expérience en D5 italienne. Sacré choix. Mais force est de constater que, malgré cet effectif discret, la nouvelle recette fonctionne. Perugia roule sur la Serie D et réalise même un superbe doublé : Coupe d'Italie de Serie D et championnat. De retour en D4, Perugia peut reprendre son statut professionnel, ce qui est déjà un premier pas vers le renouveau. Les mois qui suivent vont être tout aussi heureux. En deux ans, Perugia passe de Serie D à Serie C1 et manque même la promotion en Serie B en s'inclinant lors des play-offs contre Pise qui, du coup, lui joue un mauvais tour.

Mais ce n'est que partie remise. Un an plus tard, en mai 2014, Perugia termine premier de Lega Pro 1 (la nouvelle Serie C1) et décroche son billet pour la Serie B. Un retour attendu depuis neuf ans. Sur le banc, on trouve désormais Andrea Camplone, ancien joueur de Pescara et de Perugia dans les années 90. L'équipe peut également compter sur l'expérimenté Gianluca Comotto, 277 matchs de Serie A dans les pattes, et sur Marco Rossi, 100 apparitions parmi l'élite. Lors de l'été 2014, pour se préparer à cette première expérience en Serie B, le nouveau Perugia frappe un joli coup en faisant signer Rodrigo Taddei, après neuf saisons de haut niveau à la Roma. L'équipe est un mixe de jeunes ayant participé aux diverses remontées et de joueurs ayant plus de bouteille, pour stabiliser tout ça. Un cocktail qui ne met pas bien longtemps à porter ses fruits. Le début de saison 2014/15 est idyllique : trois matchs, trois victoires. On se dit que Perugia va marcher sur la Serie B comme il a marché sur les divisions inférieures, mais le club est vite rattrapé par la réalité d'une division très disputée. Au bout de 16 journées, les Griffoni sont désormais neuvièmes, avec un bilan de cinq victoires, huit nuls et trois défaites. Bilan honorable. Ce soir, cette joyeuse bande se déplacera au stadio Bentegodi pour y affronter le Hellas Verone. Une équipe qui, quelque part, lui ressemble. En effet, après avoir connu ses grandes heures dans les années 80 et 90, le Hellas avait dû gouter à la Serie C de 2006 à 2011. Finalement, le club est remonté, et s'est aujourd'hui stabilisé en Serie A. Perugia rêve d'imiter un tel parcours. Et, pourquoi pas, terrasser ce soir ce miroir de réussite.

Par Éric Maggiori
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Incroyable, cet article c'est un peu comme si une de mes parties FM s'était échapée dans la vraie vie
@EM, c'est sympa de reprendre la plume pour un article et pas seulement des brèves.

@Collina qui me lit je n'en doute pas, les physiciens semblent confirmer l'existence d'univers parallèles. Il doit donc y en avoir un où le match de 2000 n'a pas été joué puisque un ballon de foot ne peut pas rebondir dans l'eau...
@ Trap; souviens-toi, on avait utilisé, lors de cette rencontre, un ballon spécialement adapté aux circonstances climatiques; il n'avait pas besoin de savoir rebondir sur l'eau :

http://thumbs.dreamstime.com/x/ballon-d … 163760.jpg



Bel article sur une présidence de Gaucci haute en couleur (il avait également proposé de faire jouer une femme en équipe première).
Mais cela reste anecdotique comparé à la Squadra dei miracoli qui termina le championnat 1979 deuxième et invaincue avec peu de moyens. Peu de temps avant, leur milieu Renato Curi est mort sur le terrain (ironie de l'histoire, déjà en recevant la Juve sous la pluie). Cette équipe déclinera suite à la mise en cause de certains de ces joueurs dont Paolo Rossi dans le Totonero. L'équipe romantique des 70's par excellence, choisie par Alberto Garlini comme décor de son roman Futbol Bailado.
@europa, c'était donc ça...
De toutes façons, puisque le "meilleur arbitre du monde" avait validé...
Milan_forza18 Niveau : CFA
Super article ! C'est moi ou 90% des présidents italien sont tarer???!
@Milan_forza18 Tu peux enlever "président" ;)
Message posté par Milan_forza18
Super article ! C'est moi ou 90% des présidents italien sont tarer???!


Des vrais tarés, j'en vois que trois: Gaucci, Cellino (parti depuis sévir en Angleterre) et Zamparini.

Après ce qu'on va trouver c'est:
des grandes gueules genre Franco Sensi (RIP) ou Aurelio De Laurentiis
des excentriques genre Massimo Ferrero
des véreux comme Calisto Tanzi ou Sergio Cragnotti
des opportunistes comme Enrico Preziosi
des riches héritiers du plus grand groupe italien que l'on retrouve sous overdose entourés de trans' comme...
et Berlusconi qui est un cas à lui tout seul.

A part ça, y'a des gens bien aussi.

Et je valide avec Lyon comme qui confirme l'Italie n'a pas le monopole des dirigeants mégalos.
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