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Peñaranda, le fusillé de Grenade

International vénézuélien, à peine majeur, détenteur d’un record qui appartenait à Messi, Adalberto Peñaranda, joueur de Grenade, est la nouvelle révélation de la Liga. Surtout, le gamin a survécu à une fusillade à Caracas.

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Lionel Messi amasse les records. Alors, quand un joueur de dix-huit ans inconnu jusque-là lui en ôte un, un soir de match contre Levante, l’Espagne parle d’un événement. Adalberto Peñaranda est le plus jeune étranger de l’histoire de la Liga (18 ans et 195 jours) à inscrire un doublé. Oui, ça ne paraît pas grand-chose, puisqu’il bat la marque de la Pulga de 24 jours. Mais pour un football vénézuélien en crise, l’éclosion d’un jeune talent aux yeux de toute l’Europe captive. Le jeune attaquant offre la victoire à Grenade, en grande difficulté cette saison, le tout contre un concurrent au maintien. Son entraîneur, José Sandoval, résume simplement la découverte du jeune formé au Deportivo La Guaira : « Il a tapé à la porte, et il l’a démolie. » Depuis, Peñaranda a signé à Watford, avant d’être de nouveau prêté à Grenade (l’empire Pozzo a encore frappé), a porté le maillot de sa patrie, a connu une sale période en Liga. Mais pas assez pour faire couler un homme qui a survécu à une fusillade à Caracas, il y a presque un an.

Une fusillade pendant une soirée entre amis


Récemment, Salomon Rondón expliquait dans une interview au Guardian les dangers de la vie au Venezuela. « La vie à Caracas n’est pas une vie. Il y a cette incertitude qui te suit, qu’un jour tu vas y passer, que tu vas quitter ta maison pour aller au travail, mais n’en reviendras pas. La ville est dans le chaos. C’est pire aujourd’hui. Quand j’y vivais, ce n’était pas si mal. Tu ne peux plus y vivre désormais » , raconte l’attaquant de West Bromwich. Adalberto Peñaranda n’a pas eu le temps de souffler ses dix-huit bougies, qu’il a déjà vécu la peur de sa vie. Pendant une soirée, le jeune attaquant et son coéquipier de La Guaira Charlis Ortiz sont les cibles d’une fusillade. Si une balle lui traverse le mollet, Ortiz est touché aux côtes. Les rumeurs courent rapidement sur les réseaux sociaux, allant d’une tentative de braquage à un échange de tirs dans la rue. Le lendemain, un communiqué officiel du club raconte les faits. « Lors d’une soirée où étaient présents plusieurs de nos joueurs, Charlis Ortiz a été blessé par balle aux côtes. Il a été opéré et est désormais hors de danger. Adalberto Peñaranda a lui reçu un impact de balle dans le mollet et a été directement pris en charge et soigné. »

Dans une interview pour As, le jeune Vénézuélien se souvient de la soirée cauchemar : « C’était après un match. On faisait la fête et on a entendu les tirs. Grâce à Dieu, je n’ai pas été gravement blessé. Je m’entraînais quelques semaines plus tard. Mais j’ai eu de la chance, j’aurais pu mourir ce soir-là. » Et de poursuivre : « Je me suis rendu compte que la balle n’est pas passée loin du genou. Ça aurait pu être la fin de ma carrière ou pire. » Son entraîneur au Deportivo La Guaira, Leonardo González, se souvient d’un énorme choc pour Peñaranda : « C’était très compliqué les jours d’après. Ils étaient entre amis, tranquillement et ils ont eu très peur. C’est surtout mentalement que ça laisse des traces. On vit dans une ville en crise, où malheureusement les joueurs de football peuvent être des cibles. Après ça, Adalberto a énormément grandi. C’était un choc, mais qui a eu des répercussions positives sur sa carrière. Il a appris à mieux gérer le fait d’être footballeur professionnel et toute l’exposition qui va avec » , avance-t-il au bout du fil.

Futur cadre de la sélection ?


Celui qui a débuté sa carrière dans son quartier d’El Vigía a rejoint le Deportivo La Guaira, petit club qui évolue à Caracas, faute de stade dans la ville de La Guaira. Un jeune club de sept ans, qui a fait de la découverte de jeunes talents une spécialité. González a vu l’éclosion de Peñaranda au pays : « On a tout de suite vu qu’il était au-dessus. C’est un joueur rapide et technique, si tu lui laisses une certaine liberté sur le terrain, il va rendre les défenseurs fous. Il est aussi agile devant le but. Avec nous, il a appris à devenir professionnel. » Comprendre, le gamin exhibe une certaine nonchalance : « Il sait qu’il a les qualités pour devenir un grand joueur. On lui a fait comprendre qu’il devait bosser énormément, que parfois il devait apprendre à lâcher son ballon. Il était au-dessus au Venezuela, mais le football européen est bien plus exigeant. Il va progresser à ce niveau à Grenade. » Très tôt, les clubs européens ont posé leurs yeux sur la pépite nationale. À seize ans, il gagne un concours de jeunes footballeurs sud-américains et remporte le droit de s’entraîner avec le Real Madrid pendant quelques jours. Mais finalement, le club madrilène ne le recrute pas. Un an plus tard, il débute avec La Guaira et se balade dans les sélections de jeunes de la Vinotinto. Après une trentaine de matchs et deux saisons au Venezuela, les recruteurs de l’empire Pozzo ne ratent pas l’opportunité. Un chèque de 500 000 euros et un transfert officiellement à l’Udinese.

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Il est directement cédé à Grenade, où il restera finalement. Aujourd'hui, ses performances en Espagne n’étonnent pas son ancien entraîneur : « Il peut jouer devant ou sur les cotés. Mais il est plus intéressant sur l’aile. Il n’a pas le physique pour jouer dos au but, et sur un côté, il a la vitesse et la qualité technique nécessaire pour s’imposer en Liga. Évidemment, tout va très vite, mais il est prêt. » En effet, ses performances ont réveillé l’intérêt de quelques clubs comme Séville ou Valence. Mais c’est finalement Watford, au mercato d’hiver, qui a posé dix millions sur la table (sa propre table, oui) pour s’assurer les services de Peñaranda. Avant de le prêter une nouvelle fois à Grenade. « Il va comprendre qu’il n’a rien réussi encore, que ce n’est qu’un début. S’il maintient les pieds sur terre, s’il bosse comme il le fait aujourd'hui, s’il apprend à gérer son talent et à le mettre au service du collectif, il peut faire partie des meilleurs joueurs du monde. » En pleine crise, la sélection vénézuélienne tient certainement un de ses cadres du futur : « Il y a eu un changement de sélectionneur récemment, et Adalberto fera certainement partie des nouvelles têtes, de cette restructuration » , affirme Leonardo González. En attendant de rejoindre la Premier League l’année prochaine, Peñaranda a quelques matchs pour briller et contribuer au maintien du club andalou. Une belle responsabilité pour le fusillé de Grenade.


Par Ruben Curiel
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