1. // Euro 2012
  2. // Quarts de finale
  3. // Espagne/France

Pedros : « La France joue un peu comme l’Espagne quelque part »

En 1996, Reynald Pedros fait partie de la sélection d’Aimé Jacquet pour l’Euro en Angleterre. En matchs de poule, il était sur le banc des Bleus des jeunes Zidane et Deschamps qui concédaient le nul face à une Espagne qui ne faisait alors trembler personne. Disciple du jeu à la nantaise, le pote de Patrice Loko palabre sur le jeu espagnol et échafaude un plan pour mettre à bas le géant ibérique.

Modififié
0 2
Aujourd’hui, la France affronte l’Espagne en quart de finale de l’Euro. C’est le pire des tirages ?
Non. Je pense que c’est un bon tirage. De toute manière, l’équipe de France est au pied du mur, elle n’est pas favorite. Tirer l’Espagne, c’est le meilleur moyen de sortir un gros match, de créer la surprise. Il faut bien les jouer, en plus…

On parle d’une titularisation de Mathieu Valbuena, ce serait ça l’idée, mettre des petits gabarits et jouer leur jeu, ou renforcer le milieu de terrain en faisant débuter, et Diarra, et M’Vila ?
Diarra et M’Vila ne peuvent pas jouer ensemble. Diarra est une sentinelle, qui joue derrière les deux milieux. M’Vila, à peu près pareil, même s’il organise plus le jeu. S’il joue, Diarra ne servirait à rien. Je pense que Diarra doit jouer, avec Cabaye et un autre milieu axial, je verrais bien le petit Martin, je l’aime bien. On pourrait voir Valbuena, mais Blanc mettra plutôt Ménez. Mais défensivement il me gêne pas mal, quand on oublie de défendre sur les côtés ça va, dans l’axe moins. L’axe est le point fort espagnol, il faut des joueurs qui leur ferment tous les chemins axiaux. Et Ménez sur le côté, pourquoi pas.

On a vu Olivier Giroud jouer avec Benzema dix minutes contre la Suède. Vous pensez qu’il faudrait les aligner d’entrée ? Tenter le tout pour le tout ?
Si on le fait, Benzema devra jouer sur un côté. Je ne pense pas que Laurent Blanc soit dans cette optique. Contre la Suède, Giroud est entré en fin de match, parce qu’il fallait un résultat. Ensuite, de toute manière, Giroud peut très bien jouer dans l’axe, à la place de Benzema. Dans son système tactique, ça peut ne se passer que comme ça. Mais face à l’Espagne, mieux vaut renforcer le milieu, c’est le plus important.

Philippe Mexès sera suspendu pour ce quart de finale. En définitive, vu ses prestations, c’est une bonne chose, non ?
Oh, ce n’est pas vraiment lui le problème. Pour moi, le plus faible des deux, c’est Rami. Ensuite, Mexès n’a pas été bon contre la Suède et derrière, au lieu de se reprendre, il vient faire une faute à 45 mètres de ses cages et prend un carton. Ça, ça me gêne. Il a pourtant l’habitude des grands matches européens, de la Ligue des champions, ça m’embête un peu.

L’Espagne a semblé fébrile comme rarement face à la Croatie. C’est le bon moment pour les prendre ? Ça peut être la fin de leur règne ?
Je ne sais pas si c’est une fin de règne, mais, oui, c’est le bon moment pour les prendre. Offensivement, ils n’ont plus la même qualité que pour la Coupe du monde, il manque David Villa. Ils sont devenus prévisibles, ils ont plus de mal à trouver la faille. Contre eux, la Croatie a manqué d’efficacité, s’ils avaient été plus lucides, plus chanceux, l’Espagne aurait simplement perdu. Ça aurait tout changé.

Préférez-vous, du point de vue français, que Del Bosque titularise Fàbregas ou un véritable avant-centre comme Torres ou Llorente ?
Je préfèrerais qu’il mette Fàbregas. Ils perdraient en profondeur, comme ça. Avec Llorente, ou un autre, ils gagneront en profondeur, en solutions, ce serait plus embêtant. Avec Fàbregas, là, on sait comment ils vont jouer.

Arbeloa semble être le point faible de cette sélection, vu que la France joue beaucoup à gauche, ça tombe bien, non ?
Comme l’Espagne a souvent le ballon, qu’ils jouent haut, les excentrés, Arbeloa et le joueur de Valence à gauche, doivent fermer les côtés. En phase offensive, ils se retrouvent à jouer milieu droit et milieu gauche, c’est eux qui amènent tous les centres. Lorsqu’ils perdront le ballon, le jeu sera donc de trouver des espaces derrière eux. Ce sera à Benzema de faire ça, de s’engouffrer.

Yohan Cabaye est-il le nouveau dépositaire du jeu des Bleus?
Je ne sais pas s’il est le dépositaire du jeu, mais il équilibre le jeu, en tout cas. Que ce soit au niveau de l’attaque ou de la défense. C’est pour ça qu’il y a un déséquilibre quand Diarra et M’Vila jouent tous les deux. Il devient important, il monte en puissance, il a fait une grosse saison avec Newcastle. Il sera décisif.

Le cas Nasri fait débat. Vous pensez qu’il faut le laisser sur le banc ?
Je pense qu’un entraîneur, un sélectionneur, doit toujours prendre des décisions par rapport au dernier match. Donc oui, Nasri et Ben Arfa n’ont pas été bons. On peut changer, il y a les joueurs pour, des joueurs de qualité. Au coach de choisir.

Vous les voyiez comment à l’époque, les Espagnols ? En quoi cette équipe est-elle fondamentalement différente aujourd’hui ?
Eh bien, ils gagnent ! On a toujours su qu’ils étaient bons, qu’ils étaient techniques. Mais à la fin, ils n’étaient jamais là, jamais dans le dernier carré, ils échouaient toujours à l’avant-dernière marche. Depuis, ils ont mûri, ils ont gagné en expérience. Ils étaient convaincus que ce qu’ils faisaient était bien, on leur disait le contraire, ils ont continué et ils ont eu raison. On voit maintenant tout le travail d’une décennie, où ils ont persévéré. Ils sont plus forts mentalement et tout d’un coup, ça y est. Ils sont champions du monde, champions d’Europe, le Barça gagne tout, le Real est juste derrière. Ceux qui gagnent à la fin ont toujours raison.

Vous étiez sur le banc pour ce match en 1996. Vous l’aviez vécu comment ?
Oh ben, sur le banc, comme un remplaçant, prêt à entrer. À l’affut, supporter de tes copains. Mais je ne me souviens pas d’un match particulièrement crispant, je ne me souviens de rien de marquant. On était confiants, ils ne nous faisaient pas peur, on était confiants dans notre football, on savait la victoire possible. En fait, c’est ça qui a changé, on ne les craignait pas. Maintenant, je pense qu’on les craint un peu plus…

C’est Youri Djorkaeff qui avait inscrit le seul but français du match. Individuellement, qui pourrait réaliser un exploit ?
Oh, je pense que c’est Ribéry. Il montre depuis quelques matches qu’il a retrouvé sa verve, son football. C’est un grand joueur. Je suis très content pour lui, parce qu’il a eu des moments difficiles, mais il est en train d’inverser la balance. On pardonne tout aux joueurs quand ils sont bons. Individuellement, si quelqu’un doit faire quelque chose, ce sera lui, ou Ménez sur un coup d’éclat. Mais Ribéry est en forme, c’est le meilleur joueur français en ce moment.

Sur un plan plus tactique, en quoi les deux matches seront différents ?
L’Espagne est différente. Après, je pense que contre eux, tout le monde accepte de défendre. La France joue un peu comme l’Espagne quelque part, elle aime avoir le ballon, faire décrocher ses attaquants. On sera obligés de jouer contre nature. Mais on est capables de le faire, on a les joueurs pour. Les Espagnols sont installés dans un style particulier, il ne faudra pas faire d’erreurs ou ça ira très vite, mais c’est possible.

Si la France passe, elle peut aller au bout ?
Oh après, c’est la demie. On verra, il ne resterait plus qu’un match. J’aimerais bien en tout cas. J’aimerais bien voir un Portugal – France… Je serais pour la France quand même ! Mais si jamais le Portugal peut gagner l’Euro, ils montent en puissance. Sur ce que j’ai vu sur le quart de finale contre les Tchèques, si Ronaldo continue comme ça, ils peuvent gagner l’Euro.

Propos recueillis par Thomas Andrei
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Dans cet article

on lit bien que ce n'est pas un pedros de l'année.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
0 2