1. // Bilan Coupe du Monde 2010

Pays-Bas : Poulpe Fiction (Part 2)...

Suite de l'article d'hier. Retour sur la Coupe du monde 2010, et « analyse » du jeu néerlandais en Afsud.

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Le jeu dur... Après la finale, Bert van Marwijk a déclaré qu'il s'était montré un peu surpris par l'agressivité anormale de ses joueurs. Une agressivité qui a viré à des charges dangereuses et qui a fait « sortir » les Oranje de leur match... On peut croire Bert. Parce que de là à l'imaginer donner des consignes pour « casser » les Espagnols, c'est pas trop le genre. Alors disons que, comme on l'a vu dans l'article précédent (Part 1), la propension hollandaise au jeu dur est une vieille habitude, une seconde nature, plus sombre, qui supplante parfois la brillance originelle des Bataves. Comme on le disait aussi, c'est dans ses moments de doute que la Hollande joue dur. Quand elle n'a plus assez confiance en elle... Contre l'Espagne, c'était l'évidence : un aveu de faiblesse manifeste. Du coup, le retour à une certaine agressivité dès la première demi-heure, quoique choquante, n'était pas si surprenante. Subir le jeu avec possession de balle à l'adversaire, c'est à peu près tout ce qu'il faut pour que les Oranje pètent un peu les plombs. Et comme l'attentisme prudent à 11 derrière, ce n'est pas trop dans la culture hollandaise, ça risquait en effet de dégénérer un peu face à la Roja. Ceci dit, globalement, les Pays-Bas auront su plutôt bien contenir l'Espagne. On le répète : Villa, Xavi, Pedro (voire Iniesta) ont souvent eu du mal à exister. Preuve que le « reniement » tactique et culturel à la tradition « ultra offensive » de la Hollande avait du bon... Et voilà ! On y arrive à cette fameuse « trahison culturelle » que beaucoup dénoncent avec des airs d'inquisiteurs, voire de moralistes. Alors allons-y !Carton jaune à Cruyff
D'abord, sur le principe, il convient de régler leur compte aux professionnels de l'indignation, prompts à donner des leçons aux sélectionneurs en les sommant de jouer comme ci ou comme ça. De quoi ils se mêlent, tous ceux-là ? Depuis quand on assigne à telle ou telle équipe de jouer comme on voudrait qu'elle joue ? On va où, là ? Alors comme ça, on appuie sur le bouton et le Brésil va nous jouer du foot samba, la Hollande va nous ressortir son football total et l'Allemagne va égaliser à la dernière minute contre l'Espagne et finalement perdre 4-3 comme en 1970 ? Ça va pas, non !? La nostalgie à la con ou les exigences de spectateurs-consommateurs sont insupportables. Les équipes jouent comme elles l'entendent, avec les joueurs dont elles disposent, avec les armes dont elles disposent ! Parce que c'est quoi le discours qu'on entend sans arrêt ? Celui-ci : il vaut mieux perdre avec ses idées et sa « culture » plutôt que de perdre en se « reniant » ... Archi faux : quand on perd, on perd ! Et on subit ensuite l'opprobre et les attaques ultra blessantes. Quand le Real a pris 6-2 à Bernabeu contre le Barça, qu'avait fait le coach du Real, Juande Ramos ? Il était resté fidèle à la grande tradition offensive des Meringues à Bernabeu, comme les socios et les dirigeants le lui avaient demandé. Juande Ramos savait parfaitement que le Real n'avait pas les moyens de tenir tête au Barça en lui opposant un jeu offensif, de toute façon décousu et avec un effectif tactiquement faible... Le Real s'est donc fait massacrer et Juande Ramos humilier jusqu'à sa mort. Quelqu'un est-il venu féliciter Juande Ramos pour avoir voulu mourir avec les idées du grand Real qui attaque en « faisant le spectacle » à Bernabeu ? Personne... Pour cette déculottée historique, il a même giclé et laissé sa place à Pellegrini.Alors aux âmes charitables qui enjoignent Bert Van Marwijk de se prendre en finale un « joli 5-0 » (pour bien mourir avec des idées bien oranges) dans les dents, qu'ils aillent rôtir en Enfer ! On reviendra dans le détail sur la soi-disant « trahison » de Bert Van Marwijk, c'est promis. En attendant, il faut rester réaliste et voir le foot hollandais de 2010 tel qu'il est. On adore Johan Cruyff et on fait respectueusement attention à tout ce qu'il dit sur le foot. Ainsi il a détruit la Hollande avant et surtout après la finale contre l'Espagne : « laid, vulgaire, dur, hermétique, peu voyant et peu footballistique » . OK ! Pas entièrement faux... Mais désolé, Johan ! On t'adore pour le joueur génial que tu as été, pour l'entraîneur génial que tu as été et pour le théoricien génial du foot reconnu que tu es. Sauf que tu n'as jamais été « sélectionneur » . Van Marwijk, Van Gaal, Van Basten, Advocaat, Hiddink, Rijkaard, etc : peut-être qu'eux n'avaient pas ton génie mais eux au moins ont eu le courage de s'y coller en tant que « sélectionneur » . Ils ont fait avec ce qu'ils avaient, parfois avec du bon, mais souvent avec du moins brillant... Alors faire la leçon, de loin, tranquille en Catalogne, ça casse les pieds. Ouf ! Revenons à nos moutons (noirs ?) Oranje 2010 : manque d'assise défensive
D'abord, évoquer à nouveau l'agressivité franchement outrancière de la première demi-heure atteste d'une vérité un peu oubliée pendant le tournoi : cette Hollande 2010 était la moins bonne des « grandes » Hollande en général. En 2010, c'était talentueux et la place plus qu'honorifique de finaliste (globalement « méritée » ) prouve une vraie qualité. Dans le passé, on a connu des Hollande plus tristes (voir Part 1). Reste que le cru 2010 était inférieur à 74, 78, 88, 98 et 2000. Donc exiger la lune de leur part, ça partait forcément d'un constat erroné sur leurs possibilités réelles de triompher. Et de triompher en étant flamboyant, fallait vraiment rêver... La Hollande 2010 a souffert dès le départ d'un manque d'assise défensive, à la différence de ses grandes devancières. On le rappelle pour ceux qui n'auraient pas suivi (voir article Fan de la Tulipe), que le football hollandais souffre depuis quelques années d'une grande carence défensive : l'absence d'un grand libéro avec super relance. Dans le passé, c'étaient Krol, Koeman puis Frank de Boer. Rappel : Franky De Boer, c'était la longue balle aérienne sur le but extra de Bergkamp contre l'Argentine, en quart de Mondial 98 : le génie de la précision et du timing... En finale, contre l'Espagne, Mathijsen a tenté une longue relance... qui s'est perdue en touche. Voilà, tout est dit : Mathijsen est très bon, mais ça vaut pas ses illustres devanciers. Pour l'instant la Hollande ne dispose pas d'un super axial : c'est comme ça et pas autrement alors accabler Van Marwijk, ça sert à rien. Restons dans la zone défensive axiale, qui est l'un des secteurs stratégiques du jeu hollandais. En 2010, on a eu la paire Mathijsen-Heitinga. Pas foncièrement mauvais. Sauf qu'en 98-2000, c'était la paire Stam-De Boer. Une autre dimension, non ? Devant Mathijsen et Heitinga, la paire de milieux Van Bommel-De Jong. Là aussi, un duo pas infamant. Sauf qu'en 98, on avait un milieu à trois beaucoup plus redoutable : Cocu, Davids, Ronald De Boer... Là aussi, pas la même dimension, pas la même incroyable polyvalence (milieu, défenseur, voire attaquant parfois : l'extraordinaire Philip Cocu a toujours été scandaleusement sous-estimé), pas la même faculté à se projeter devant. Très important, cette faculté à se projeter devant ! La Hollande 2010 a cruellement souffert d'un manque rédhibitoire dans ce qui fait l'essence de son jeu offensif : la grande densité dans les 30 derniers mètres adverses. Sur certains plans larges, contre l'Uruguay, l'image était nette : 3 ou 4 maillots orange, à tout casser, dans les 30 derniers mètres sud-américains. Or, cette densité offensive spécifique à la culture hollandaise (entre autre, Cruyff l'a imposé brillamment à sa Dream Team : parfois 7 joueurs dans la surface adverse sur certaines phases offensives !) s'est un peu évanouie avec Van Marwijk, c'est vrai. Mais encore fallait-il les joueurs pour ça et fallait-il une assise défensive stable et vraiment « rassurante » pour pouvoir se projeter collectivement et sans peur vers l'avant. Ce n'était pas le cas, cette année. On notera aussi un manque d'implication des latéraux dans le jeu offensif : Van Bronkhorst s'en est « à peu près » bien tiré, Van der Wiel un peu moins...Des attaquants pas vraiment complémentaires
Vient ensuite le problème des attaquants. Déjà, on rappelle que faire jouer beaucoup d'attaquants de classe mondiale n'est pas évident : Robben, Kuyt, Van Persie (voir Sneijder, plus milieu, bien sûr, mais à vocation plutôt offensive). Questions d'ego et de complémentarité... Comparé à Maradona qui a globalement gâché ses talents offensifs inouïs (Messi, Higuain, Tevez, Agüero... Milito, écarté !) en ne les disciplinant pas dans un schéma collectif cohérent, Van Marwijk s'en est pas mal tiré avec des attaquants pas vraiment complémentaires à la base, avec un peu le même profil. Kuyt, Robben et Van Persie n'avaient pas la même proximité d'esprit que Kluivert et Bergkamp, par exemple... C'est pas de la nostalgie, c'est un constat : les trois attaquants de 2010 aiment dévorer les espaces (en position plus arrêtée, ils sont moins dangereux, voire carrément inefficaces) et ils aiment à beaucoup toucher le ballon. Or Kuyt, Robben et Van Persie privilégient aussi beaucoup l'exploit individuel. Tous les trois jouent enfin très éloignés les uns des autres, laissant Sneijder (beaucoup) et Van Bommel (un peu) assurer le liant. Résultat : une équipe qui attaque par à coups au lieu de se mouvoir en bloc compact et cohérent qui s'installe durablement chez l'adversaire. Aussi, un certain manque de fluidité général avec très peu de combinaisons suivies entre eux (une-deux, remises, déviations) et très peu de jeu court, deux fondamentaux absolus du jeu hollandais traditionnel... Hélas ? Oui, hélas ! Mais c'est comme ça : on a fait avec ce qu'on avait. Kuyt, Robben et Van Persie étaient les meilleurs à leur poste. N'importe quel autre sélectionneur les aurait alignés. Ils ont été employés selon leurs caractéristiques propres et on n'allait pas faire changer de nature des individualistes comme Robben et Van Persie en claquant des doigts... Sinon, pour en revenir à la finale : faut pas rêver, face à l'Espagne, faut enfiler le bleu de chauffe et défendre. Globalement Kuyt, Robben, Sneijder et Van Persie l'ont (bien) fait. Du coup, fatalement, quand on passe son temps à défendre, on flambe moins en attaque... Un bémol à ce raisonnement sur les attaquants : l'échec absolu de Van Persie, qui a dézoné pire que Anelka. Un pari raté voulu jusqu'au bout par Bert. Tant pis pour les Tulipes...Une identité « évanouie » : pourquoi ?
Analyser l'échec des Oranje 2010, c'est aussi se questionner sur l'identité générale de cette sélection. Rappelons d'abord que l'Espagne était largement imprégnée de la culture Barça (7 joueurs sur 11 parfois). Une culture blaugrana qui a façonné globalement le style de jeu de la Roja. Une identité très forte et cohérente sur laquelle ils se sont reposés avec une confiance presque glaçante... Et côté hollandais ? Certes, l'esprit Ajax était aussi très présent avec pas mal d'Ajacides actuels (Stekelenburg, Van der Wiel) ou formés à l'Ajax (Heitinga, Sneijder, Van der Wart, etc...). Donc, comme pour l'Espagne, on avait une même identité forte qui inspirait le jeu de la sélection ? Pas vraiment, en fait... D'abord, petit flash-back sur le passé encore... On passe sur les générations prestigieuses 74, 78 et 88, souvent à dominante ajacide, mais toujours avec un bon mix général entre Ajax-Eindhoven-Feyenoord (le dosage variait en fonction des clubs au top au moment donné). Plus intéressant, la génération 98 était à très forte majorité ajacide : 7 joueurs d'Amsterdam (8, si on compte Wim Jonk, passé par l'Ajax 1988-1993) ! Encore plus intéressant : les gars de l'Ajax étaient aux postes clefs et formaient la colonne vertébrale de la sélection au Mondial 98 : Van der Sar, Frank De Boer, Ronald De Boer, Davids, Bergkamp, Kluivert (plus Reiziger). On le voit : le fort contingent ajacide hyper talentueux posait les bases d'une identité immédiatement efficace sur laquelle la sélection pouvait se reposer les yeux fermés... Rien à voir avec la sélection 2010, dont l'identité est plus floue. Le cœur du jeu n'est plus ajacide. De Jong est « Ajax » mais Van Bommel est PSV, Sneijder est « Ajax » quand tout autour de lui ne l'est pas : Van Persie est Rotterdam, plutôt Feyenoord, Robben plutôt PSV et Kuyt plutôt Utrecht et Feyenoord. Idem en défense : Heitinga est Ajax et Mathijsen est Tilburg... On le rappelle : la tradition de l'Ajax n'a rien à voir avec, par exemple, la vision plus « allemande » du PSV : Van Bommel qui combine dans les petits espaces et en jeu court avec Sneijder, faut pas trop rêver... Attention ! Qu'on se fasse bien comprendre ! On ne dit pas qu'il faille obligation absolue pour la sélection hollandaise de jouer avec une grosse ossature ajacide. On constate simplement que vouloir jouer au petit jeu des comparaisons pour bien pourrir la Hollande 2010 par rapport à ses devancières, c'est reconnaître déjà qu'à la base 2010 c'est tout simplement moins fort qu'avant et que question identité de jeu, c'est toujours moins facile de réaliser une super synthèse en 2010 qu'en 1998. Les compos d'équipes le prouvent largement... Épilogue
Conclusion ? La Hollande 2010 ressemble point pour point au foot hollandais 2010. Un championnat qui se dévalue d'année en année avec des clubs qui se font sortir très tôt dans les coupes d'Europe. Une équipe moins riche en talents que ses grandes devancières. Une identité de jeu collective autrefois très forte qui s'est un peu éventée du fait de l'exode vers l'étranger : sans parler d'esprit « mercenaire » , les joueurs hollandais partis de plus en plus tôt abandonnent fatalement une bonne partie de cette ADN qui a fait d'eux une des forces attractives du football mondial. D'où un certain individualisme (Robben, Van Persie, voir Van der Vart). A ce propos, la talentueuse Hollande 98 fut en fait la dernière génération réellement « cohérente » dans le jeu, l'esprit et l'identité. Un fort noyau ajacide de gars qui ont joué ensemble depuis des années en club, en sélections de jeunes puis chez les A. Des gars qui ont grandi ensemble, qui ont gagné des grands titres ensemble (C1 1995, Intercontinentale 95, finalistes de C1 en 96) et qui sont partis à un âge « raisonnable » à l'étranger, une fois leur apprentissage achevé. C'est exactement la situation de l'Espagne 2008-2010, avec plus de réussite, grâce à son noyau blaugrana. Et en plus eux sont restés au pays... La Hollande 2010 a fait ce qu'elle a pu en Afsud, c'est tout. L'avenir lointain est incertain. Si la génération 2010 est moins forte que celle de 88, que dire du futur ? Elia, Affelay, Van der Wiel devront confirmer au plus nouveau. Qui se souvient de Babbel et de Drenthe, soi-disant « relève en or » du foot néerlandais ? La génération actuelle et mûre des Robben, Sneijder, Van Persie, Huntelaar, Van der Vart a raté un rendez-vous mondial qu'elle risque de ne plus rejouer en 2014. Et l'Euro 2012 ? Peut-être, oui... Sauf que l'Espagne et l'Allemagne, au moins, se posent déjà en favoris. L'avenir proche des Pays-Bas, ça reste Bert Van Marwijk et son réalisme « lucide » . A ses côtés, les précieux Frank de Boer et l'immense Philip Cocu, soit les deux sources du foot hollandais contemporain : Ajax et Eindhoven. Pour l'instant, on en est là. Et ça ne parce pas trop mal, que ça plaise ou non. Viendront peut-être des temps nouveaux avec des joueurs d'exception qui raviveront le football total... Mais aujourd'hui, on est en 2010, avec ses hauts et ses bas. Un peu de flamboyance et beaucoup de flottements tactiques. C'est quand elle doute de son jeu, de son identité et de son avenir que la Hollande joue dur...PS : Pas une seule fois le mot « abruti » ...

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