Pays-Bas : Poulpe Fiction

Le pronostic de Paul était le bon : la Hollande a perdu contre l'Espagne... Pour mieux comprendre le pourquoi de cette défaite, faire le bilan des Pays-Bas 2010 et tracer les perspectives de la sélection Oranje, un retour au passé s'imposait d'abord.

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1974 : RFA über Alles

D'abord tordre les idées reçues une bonne fois pour toutes... Dans leur mystique du foot suprême dont ils se croient les dépositaires uniques, ces bons vieux Hollandais ont pratiqué et pratiquent encore un déni de réalité aveuglant. Contrairement à ce qu'ils pensent, et avec eux une bonne partie du monde, les Pays-Bas n'étaient pas les meilleurs en 1974 et 1978. Ils ne « méritaient » donc pas d'être champions du monde... D'ailleurs, en sport, le mérite n'existe pas. Sinon la Hongrie aurait gagné le Mondial 54 et le Brésil de Zico celui de 1982 (au moins)... En 74, la RFA pratiquait également une autre forme de football total : le latéral gauche Paul Breitner montait constamment dans son couloir et Franz Beckenbauer avait le génie de créer le surnombre devant avec ses incursions légendaires (en finale, contre la Hollande, il est resté plus prudent, ce qui a sauvé la RFA).

Voilà, on va faire vite avec un casting non exhaustif : Kaiser Franz, meilleur libéro de tous les temps, Maier, meilleur gardien du monde en 74, Overath dribbleur foudroyant et Gerd Müller, meilleur buteur européen de tous les temps, au top en 74. Championne d'Europe ultra dominatrice en 1972, la Mannschaft s'est imposée « logiquement » face à une Hollande flamboyante au cours du tournoi, mais plus « contractée » le jour le finale. Pour ceux qui douteraient de la valeur de la Mannschaft de l'époque, qu'ils visionnent la finale de l'Euro 72 contre l'URSS (3-0) et surtout qu'ils revoient la finale 74 de Munich (2-1), beaucoup plus équilibrée qu'on vous l'a toujours dit. Avec en prime un but parfaitement valable de Müller, refusé pour hors-jeu imaginaire et un penalty « oublié » sur fauchage de Overath par Jansen (ou était-ce Rijsbergen ?) Et puis combien ont oublié la vérité historique de 74 : Cruyff a raté sa finale, muselé par Vogts.

1978 : Caramba, encore raté !

Et en 78 ? Tournoi pas extra avec deux finalistes, Hollande et Argentine, pas extra. La Hollande 78, moins dominatrice qu'en 74, avait peiné à sortir des poules : menée 3-0 contre l'Ecosse et éliminée, elle n'avait du son salut qu'à un but magistral de Johnny Rep (3-1, puis 3-2 score finale et qualif). Au deuxième tour, la Hollande avait encore souffert contre... la RFA ! 2-2 score final alors que la Mannschaft avait nettement mené deux fois au score. En finale, les Argentins l'ont emporté 3-1 a.p parce qu'ils en voulaient plus que les Oranje, encore une fois un peu trop « timorés » . Le contexte dictatorial et la population hostile dans et hors du stade ont évidemment pesé. Mais tactiquement, privée de Cruyff, la Hollande avait manqué d'un vrai meneur. Rob Rensenbrick était le leader de jeu génial de cette Hollande mais pas à la manière d'un Maradona ou d'un Zidane.

L'illusion 78 réside dans cette équipe d'Argentine, « bonne mais sans plus » qui aurait terrassé injustement une « Hollande toujours merveilleuse » ... En 78, comme en 74, les Pays-Bas ont sans aucun doute été meilleurs que les Argentins durant le tournoi. Mais en finale, les sud-Américains ont été « plus forts » , galvanisés par leur extraordinaire capitaine Daniel Pasarella, de la trempe d'un Mathäus 1990. On le répète : la Hollande n'avait de leader charismatique en 78 pour transcender les énergies. Pour ceux qui douteraient du jugement revu à la baisse de cette Hollande 78, qu'ils revoient cette finale crispante et crispée que les Oranje n'ont franchement pas dominé de la tête et des épaules. Une finale, ça ne se joue pas : ça se gagne. En 74 et en 78, la Hollande n'a pas su gagner donc elle n'était pas la meilleure.

Les belles histoires d'Oncle Johan

C'est Johan Cruyff qui, à sa façon, réécrira constamment l'histoire en attribuant aux Pays-Bas le titre de « vainqueur moral » du Mondial 74. Son immense charisme a achevé de convaincre le monde entier de l'illégitimité du titre allemand. Désolé, Johan : la RFA était meilleure ce jour là, cette année là... A ce propos ! En décembre 1999, à l'heure d'enterrer le 20ème Siècle, France Football demanda à tous les lauréats du Ballon d'Or depuis 1956 quel serait pour eux tous le Champion des champions. Le tiercé gagnant ne surprit personne : 1-Pelé, 2-Maradona et 3-Cruyff. C'est ce podium que Franz Beckenbauer plébiscita, comme beaucoup de ses pairs. Celui de Johan Cruyff fut tout autre : 1-Beckenbauer, 2-Platini, 3-Van Basten... Le maître du jeu hollandais des années 70 s'inclinait avec humilité devant Franz Beckenbauer, son (seul) grand rival de la décennie prodigieuse. Sûrement en mémoire de cette finale de coupe du monde où la Mannschaft parvint à faire plier l'Oranje Mécanique qui avait sublimé ce Mondial 74. Un an plus tôt, en Ligue des Champions, l'Ajax de Johan avait pourtant atomisé le Bayern de Franz 4-0 avant de cingler vers son troisième titre continental d'affilée. Mais à Munich Kaizer Franz prit le dessus sur Johan 1er, le libéro au port altier prit l'ascendant sur l'attaquant félin, le Kolossal Fussball triompha du Football Total.

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Orange tuméfiante

Pour en revenir à la grande Hollande des années 70, il faut évoquer les deux constantes antinomiques du jeu hollandais. La face brillante, c'est le talent à l'était pur, la technique, la vitesse, la polyvalence, l'intelligence tactique, les individualités hors classe. L'autre face moins reluisante, c'est le jeu dur, parfois violent, que les Hollandais ont pratiqué et pratiquent encore justement quand ils ne maîtrisent plus trop la situation. On le répète : parler des « Oranje mécaniques » , c'est à la fois louer la magnifique mécanique de précision du jeu hollandais, réglé comme un ballet équestre (au trop et au galop). Mais aussi reconnaître le jeu dur dont les Bataves se rendent souvent coupables.

En 74, déjà, les Oranje bastonnaient discretos pour intimider l'adversaire. Contre la Bulgarie, au premier tour (4-1), trois joueurs hollandais au moins avaient pour mission de casser par petites touches successives et à tour de rôle le meneur de jeu bulgare... Mais c'est au Mundial 78 que la Hollande a commencé à vraiment durcir encore plus. Peut-être un aveu de faiblesse vu que Cruyff n'était plus là : compenser par le jeu dur une baisse de talent et de qualité ? Sûrement... En tous cas, contre la RFA ou contre l'Argentine, les Néerlandais ont surpris par leur « engagement » plus que limite, signe déjà de leur déclin et signe aussi de leur « arrogance » à ne pas supporter de se voir moins forts qu'ils le voudraient.

A l'Euro 1980, en Italie, les Hollandais furent tout simplement odieux. Ils révélèrent alors leur face sombre de brutes parfois plus qu'épaisses. Notamment contre une RFA magnifique où ils multiplièrent les actes d'anti-jeu (victoire allemande 3-2). Eliminée au premier tour de cet Euro 80, la Hollande connut un début de décennie 80 dramatique, éliminée deux fois pour les Mondiaux 82 et 86. Après l'Euro 88 brillamment remporté (son seul titre international), on retrouva une sale Hollande au Mondial 90 en Italie, éliminée en 8ème par la RFA (2-1) au cours d'un match au couteau. Si les responsabilités de ce match brutal sont partagées (voir le duel haineux entre Völler et le « cracheur » Rijkaard), ce sont bien les Hollandais qui ont allumé les premières mèches en pourrissant la rencontre...Idem au Mondial 2006, avec le « légendaire » Portugal-Hollande en 8ème de finale avec ses 20 cartons (16 jaunes dont 7 pour les Pays-Bas et 4 rouges, deux partout). Le jeu dur des Oranje ne date pas d'hier... C'est même un indice révélateur de l'état d'esprit du foot hollandais : soit qu'il est le signe que la Hollande doute d'elle-même, ou plus préoccupant, qu'il traduise une crainte face à un avenir incertain, voire franchement pessimiste. Les deux interprétations peuvent expliquer la finale perdue face à l'Espagne. On en reparle après la pub...

(Fin de la première partie. La suite demain)

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Dans son prochain article, il va nous expliquer que les Chicago Bulls de 96 n'étaient pas la meilleur équipe de la NBA mais bien les Sonics de Seattle.
Un article qui m'a à la fois irrité (Chérif semble donner un peu trop facilement dans le Vae victis), accablé par ses approximations (en 1990, c'est Voller qui crache à plusieurs reprises sur Rijkaard, et pas l'inverse ; en 1978, c'est Mario Kempes et le gardien argentin Fillol qui font la différence, et non Passarela ; le "jeu dur" des Pays Bas pratiqué en 74 n'était rien comparé à ce que faisaient des Allemands comme Breitner ou Beckenbauer - le jeu dur batave commence vraiment dans les années 80) et ses oublis (la simulation de Berti Vogts sur le penalty lors de la finale 1974, Vogts ayant reconnu il y a quelques temps qu'il avait plongé), et qui semble dire que ce sont finalement Cruijff et consorts - les perdants - qui ont réécrit l'Histoire... C'est quand même le pompon ! Bon, c'est quand même bien écrit, Chérif soigne sa plume.
Putain je ne m'en remets pas. Comment ce type a-t-il pu écrire pour Sofoot ? Heureusement qu'il n'est plus là.
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Oranje, Ô désespoir ?
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