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Pastore à travers

Dimanche soir, le Parc attendait le réveil de son Prince. Mais Javier Pastore n’est jamais venu, porté disparu depuis plus de deux mois. Comparé à Ronadinho, aussi inégal que lui à Paris, l’Argentin reste néanmoins différent du Brésilien. Car les germes de ses difficultés sont plantés ailleurs…

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Ça nous apprendra à nous enflammer comme de vulgaires pucelles. Au bout de quelques matches seulement, on avait tous crié au génie. Le génie Javier Pastore. Quelques passes lumineuses, quelques buts calibrés pour YouTube, et une allure, mais alors quelle allure… Bizarrement, alors que cette période ne remonte qu’à deux mois, elle semble appartenir à un passé déjà lointain, comme si le temps s’était accéléré pour façonner en un laps très court le célèbre adage de la couverture médiatique de certains hommes politiques à la mode : on lèche, on lâche puis on lynche. Aujourd’hui, on lui tombe tous sur le râble au pauvre Pastore. Car on peut aussi penser que les commentaires seraient moins durs avec lui s’il avait commencé sous les couleurs parisiennes de façon plus quelconque, un peu à la manière d’un Rai dont personne n’aurait voulu, pas même une équipe de sixte, lors de sa première saison dans la capitale. On connaît la suite…

Le problème, c’est que contrairement au champion du monde brésilien 1994, le Gaucho a posé les promesses de ressusciter quelque chose de Ronaldinho, soit le plus grand talent ayant foulé les pelouses de la Ligue 1 depuis quinze ans. En oubliant que fort de son don sans équivalent, Ronnie ne se sortait les doigts qu’en quelques occasions et plutôt au Vélodrome qu’à Sedan tant qu’à faire. Le problème, c’est que l’ami Pastore, si convaincant lors de ses deux premiers rendez-vous de « prestige » à Montpellier (3-0, deux buts) et face à Lyon (2-0, un but), ne paraît même pas avoir envie de scintiller dans les soirées étoilées. C’est d’autant plus étrange que si le courant alternatif a quelque chose de très « artistes brésiliens » (Ronaldinho, Ronaldo, Romario, et on en passe, savaient troquer les sprints contre de la marche à pied à l’occasion), ce n’est pas forcément une habitude chez les Argentins, souvent plus teigneux, plus accrocheurs, moins indolents. Alors quoi ?

La tête déjà ailleurs

Un temps, on a pensé que l’explication était exclusivement physique. Car on ne le soulignera jamais assez, Pastore est arrivé sans préparation foncière cet été et, comme le souligne Bixente Lizarazu, « Pastore est comme Zidane, un petit moteur à la base  » . Systématiquement aligné par Antoine Kombouaré, et contraint en plus à des allers-retours en Argentine pour rejoindre la sélection, il était finalement logique qu’il connaisse un creux durable à un moment ou à un autre. La piste reste d’actualité mais elle ne suffit évidemment plus. Car désormais, au-delà de ses manques athlétiques du moment, Pastore confond relâchement et nonchalance, le tout enveloppé d’une certaine suffisance. Car le joueur le plus cher de l’histoire du Championnat de France ne paraît plus concerné, désinvolte quand il a la gonfle, carrément absent quand il ne l’a pas.

Et ses dernières sorties médiatiques confirment le décrochage mental du jeune homme. Après son analyse, dure mais lucide, dans So Foot, Pastore a étalé en long et en large sur les ondes de Radio Lo Sport, sa nostalgie de l’Italie et son peu d’estime pour la France et le PSG. « Palerme et les Italiens me manquent. En France, les gens sont un peu plus froids, plus distants. Je veux continuer à grandir. Peut-être que des clubs plus prestigieux que Paris m'appelleront plus tard. Cela dépendra de moi, de ce que je réaliserai ici en quelques années. On ne sait jamais. Mais c'est mon rêve de jouer dans un de ces grands clubs  » . Dans tes dents, le Qatar !

Une goutte de magie dans un Flaco vide


Et puis, il y a une hypothèse négligée de tous ou presque : et si Pastore n’était pas le meneur de jeu espéré ? Son poste axial, sa qualité technique, sa fausse lenteur « zidanienne » avaient esquissé un chef d’orchestre, un playmaker, celui qui met l’équipe techniquement à l’endroit. Mais en fait non. La symphonie pastorale tant attendue a en fait laissé place à des riffs, des fulgurances : des gestes d’éclat, sans forcément de liant entre eux et sans beaucoup de liens avec les autres. Et c’est toute l’ambiguïté qu’entretient ce genre de crack, c’est que même dans un jour sans, ils peuvent débloquer un match sur une inspiration. Un exemple ? Hier soir, le Flaco était vide ou presque. Mais il lui restait quand même quelques gouttes de magie pour distiller une passe soyeuse et juste pour un Kevin Gameiro qui devrait revoir sa latéralisation et éviter de prendre du droit un ballon qui était sur son pied gauche.

Oui, dans un océan de misère personnelle et collective, Pastore reste l’homme capable du coup d’éclat définitif quand tant d’autres peuvent aligner les kilomètres et les tentatives sans pouvoir seulement espérer approcher cette lumière. Pastore, une question complexe… Mais au fond, c’est peut-être dans son départ en fanfare qu’il faut trouver les germes de son déclin précoce. En mettant direct toute la L1 au pas, avec une telle facilité, une telle maestria, Pastore s’est peut-être dit qu’il était à la fois dans une équipe de tocards et plus globalement un championnat de baltringues. Toute la différence aussi avec le génie de Ronaldinho : même à un vulgaire tournoi de futsal, il avait envie de régaler la chique. Le tout saupoudré, en sus, de quelques coucheries et autres écarts qui rendaient tout ça rock’n’roll. En clair, Pastore a intérêt à vite se ressaisir. Sans quoi, il redevient juste ordinaire. Voire chiant.

Par Dave Appadoo
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