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Pascal Grambin : « 2 000 euros pour un premier contrat pro, c'est déjà beaucoup »

À 46 ans, Pascal Grambin a connu plusieurs vies : ancien membre du groupe de rap Little MC et ancien associé dans une boîte de management, il collabore depuis 2006 avec l'organisme Management Sport Agency. L'occasion de revenir avec lui sur l'évolution du métier d'agent, sur la folie du dernier marché des transferts et sur un football qu'il souhaiterait plus humain.

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Comment es-tu devenu agent de joueurs ?
Il faut rappeler que je viens de Vitry et que, comme tous les mecs de Vitry ayant grandi dans les années 80, j'ai d'abord évolué dans le hip-hop. Avec les Little Mc, on était le premier groupe à signer et à publier un album sur une major, chez Mercury. Par la suite, on a monté une boîte de management d'artistes avec mon ami d'enfance Vénus Gomis, puis Sport & People, un organisme au sein duquel l'on avait en exclusivité les contrats des joueurs de l'équipe de France et un intermédiaire japonais en charge de récupérer les contrats des sponsors en vue de la Coupe du monde au Japon et en Corée du Sud. Mais comme souvent, on s'est fait avoir. Chaque agent a monté son propre projet de son côté et il a fallu repartir à zéro. On a donc développé la carrière de David Belle, le fondateur du Parkour et membre des Yamakasi, à qui on a fait signer un contrat de trois ans avec Nike USA. Par la suite, tout s'est enchaîné, mais c'est surtout la rencontre avec les agents Henri Zambelli et Philippe Flavier, qui nous a permis de pénétrer ce milieu d'agents.

Pourquoi et comment t'es-tu spécialisé dans le foot ?
À Vitry, on connaissait un jeune attaquant : Jimmy Kébé. Comme on s'entendait bien avec lui et que l'on avait quelques connexions, on a commencé à s'occuper de lui. À 18 ans, on lui permet de rejoindre le RC Lens, mais il ne jouait pas. Pour la petite anecdote : Gervais Martel a même découvert qu'il avait un attaquant malien dans son équipe en regardant les JO d'Athènes en 2004, où Jimmy a plutôt bien marché. Lens, lui, a d'ailleurs offert un contrat pro dans la foulée, avant de le prêter à Châteauroux, puis à Boulogne et de le revendre à Reading.

De là tout est parti ?
À vrai dire, tout a commencé il y a quinze ans lorsqu'on a commencé à s'investir dans le foot, mais c'est vrai que ça a pris une autre ampleur depuis la création de Management Sport Agency en 2006 et le partenariat avec Châteauroux. Très vite, on leur a permis de signer des joueurs tels que Bakary Sako, Lamine Koné, Jean-Sylvain Babin et Christopher Maboulou, qui ont tous évolué en L1 ou dans des divisions supérieures par la suite.

Aujourd'hui, quels joueurs représentez-vous ?
On s'occupe notamment de Felix Eboa Eboa, qui a signé stagiaire à Paris et qui a participé à la tournée d'été aux États-Unis du PSG. On gère aussi la carrière de Kevin Zinga qui évolue à Bordeaux. En tout, on a une trentaine de joueurs, et tous évoluent dans les meilleurs centres de formation de France. Notre but est de les prendre très jeunes et de faire en sorte qu'ils deviennent professionnels. Avec chacun de nos joueurs, l'histoire s'étend entre 10-12 ans. Bakary Sako, par exemple, on s'occupait de lui depuis ses 13 ans. Le problème, c'est qu'au bout d'un moment, ils ne nous écoutent plus. Dès qu'un nouvel agent pointe le bout de son nez, c'est toujours le même schéma : ils finissent par nous oublier.

Comment ça ?
Pour être tout à fait honnête, c'est toujours le même discours. Lorsqu'on les prend sous notre aile, les mecs nous disent qu'ils nous font entièrement confiance, nous disent qu'on est comme un second père pour eux, blablabla. Puis, dès qu'ils commencent à percer, on voit apparaître des frères, des oncles ou des pères qui viennent pourrir le joueur. Ils réclament de l'argent, et les autres agents en profitent pour enrôler le joueur. L'entourage comprend très rarement que 2 000 euros pour un premier contrat pro, c'est déjà beaucoup.

Tu n'as jamais rêvé de t'occuper de joueurs déjà professionnels ?
Lorsque j'ai commencé, 90% des joueurs étaient représentés par 10% des agents. Notre seul moyen de se faire une place était d'aller vers les jeunes. Et ça a marché. Aujourd'hui, on arrive à vendre des joueurs à des clubs sans que ces derniers ne viennent les voir jouer. Tout ça parce qu'on a réussi à faire nos preuves. Bien sûr, ça nous arrive de parler avec des joueurs en froid avec leur agent, mais on ne veut pas les piquer à un collègue. Ce n'est pas notre vision du foot. On préfère leur expliquer que s'ils en sont là où ils sont, c'est certainement parce que leur agent a fait du bon boulot et qu'ils devraient leur rester fidèles. On est des ovnis dans ce métier. Quand tout a commencé, on ne savait même pas qu'il y avait de l'argent à se faire, on le faisait simplement pour aider les jeunes à sortir des cités et à réaliser leur rêve.

Du coup, quelle est la réalité économique pour un mec comme toi ?
La réalité, c'est que je ne vis pas de ce métier. Enfin, j'aurais pu arrêter de travailler. Lorsqu'on touche 10% sur des transferts comme Bakary Sako ou Lamine Koné à Lorient, les deux actés à 4 millions d'euros au total, c'est sûr que ça permet de voir venir, mais j'ai préféré continuer. Ça fait 25 ans que je travaille à La Poste en parallèle. Je n'ai pas de grosses voitures, pas de grosses montres, mais je sais où est la réalité. Le problème, c'est que la grande majorité des footballeurs n'ont pas la même vision et c'est ce qui finit par poser problème : c'est toujours un peu la honte pour eux de dire que leur agent travaille à La Poste.

Avec le recul, tu penses que le métier a beaucoup changé depuis plus d'une décennie ?
C'est devenu une jungle. Que ce soit le frère, le pote ou le père de famille, tout le monde veut devenir agent aujourd'hui. Mais les gars ne se rendent pas compte que 70% des agents licenciés n'ont pas de joueurs. Tout simplement parce que dans ce milieu, l'important, ce n'est pas la licence, mais les connexions. Il faut aussi rappeler que sur deux millions de pratiquants en France, seuls 1000 sont professionnels. Jouer en L1 est presque un miracle.

Le dernier marché des transferts a été complètement fou. Tu l'expliques comment ?

Quand tu sais que le dernier club de Premier League va toucher presque 120 millions de droits télé l'année prochaine, tu comprends très vite que les équipes anglaises ont tout intérêt à investir cette année, quitte à dérégler le marché et à aligner des sommes folles. Il faut arrêter de faire les étonnés. Si un club dépense plus de 50 millions pour un joueur, c'est aussi parce qu'il sait qu'il risque de gagner trois fois plus derrière. L'important n'est pas de savoir qui vaut quoi, mais de savoir qui a profité de cet argent dans la transaction. Le foot, c'est un business où presque tout marche au pot-de-vin.

Et un mec aussi controversé que Jorge Mendès, tu en penses quoi ?
Je pense que c'est facile de s'en prendre aux agents. S'il se permet de tels transferts et de telles primes à la signature, c'est parce que d'autres se le permettent également. Certains clubs sont aujourd'hui tout simplement à la merci des agents. Autrement dit, si un club veut un de tes joueurs, il peut mandater un de ses agents et t'obliger à partager la somme. Mais ce n'est pas nouveau. Regarde Jean-Pierre Bernès, tu crois que c'est un hasard si les joueurs et les entraîneurs qu'il représente arrivent souvent en équipe de France ? Non, c'est juste que c'est une personne d'influence.

Je crois savoir que tu représentes aussi des handballeurs ?
Oui, on s'occupe notamment de Luc Abalo, qui est l'antithèse d'une star. Le mec est assez intelligent pour mettre 90% de son salaire de côté, là où un joueur de foot va dépenser 150 000 euros par mois en frime et en excès alors qu'il ne touche « que » 100 000. J'en connais tellement qui préfèrent faire la fête plutôt que d'acheter une maison à leur mère RMiste. Ils n'ont aucune valeur du travail.

Bon, c'est clair que le métier semble vicieux, mais j'imagine que tu dois quand même avoir de bons souvenirs, non ?
Oui. Au début des années 2000, le directeur sportif de Chelsea, Gwyn Williams, est venu à Vitry pour nous voir. Il appréciait notre travail et voulait avoir des connexions en France. Le mec nous a même invités à Stamford Bridge pour visiter le stade et les infrastructures. C'était fabuleux, on voyait le vestiaire où Desailly et Petit avaient leurs affaires. Malheureusement, Abramovitch a racheté le club, et le partenariat ne s'est jamais fait, mais ça reste un très bon souvenir.

Aujourd'hui, c'est quoi ton quotidien du coup ? Tu continues d'aller sur les terrains ?
Non, ce n'est plus nécessaire. C'est bon quand tu débutes ça. Aujourd'hui, ce sont les éducateurs qui t'appellent et qui te conseillent des joueurs. Une fois que tu les as vu jouer, tu n'as plus qu'à passer quelques coups de fil. Tout va plus vite, et ça me permet de privilégier ma vie de famille au foot.


Propos recueillis par Maxime Delcourt
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