1. // Football féminin

Pas d'été indien pour le foot féminin

Avec un club champion d'Europe et une Coupe du monde réussie, les footeuses de France allaient enfin voir la vie en rose. Mais, entre un Championnat national déjà plié, des licenciées toujours aussi peu nombreuses et des moyens qui restent insuffisants, le retour à l'ordinaire s'annonce difficile. Heureusement, il y aura les JO de Londres.

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Souvenez-vous l'été dernier. Juillet, pour être plus précis. Un mois où le foot international se regardait sur Direct8 ou Eurosport. Une époque de découvertes :

- « Ah bon, mais t'es sûr qu'elle a raccroché Marinette Pichon ? »


- « Mignonne, la petite 10 blonde, hein... »


- « Franchement, ça joue pas mal pour des filles. Tu penses qu'elles en vivent ? »


- « En tout cas, ça nous change de Knysna. »

Des matchs où l'on admirait la volonté de Sandrine Soubeyrand. Où l'on s'étonnait de la coupe de cheveux de Wendie Renard. Et où l'on se disait que cette Louisa Nécib, dans son jeu, avait décidément de faux airs de Zidane. Bref, la France expérimentait les joies d'une première rencontre avec le foot des filles. A Mönchenglabdach, la défaite en demies face aux États-Unis (3-1), un pays où le soccer se conjugue au féminin depuis longtemps, n'avait rien d'amer.

Le parcours de la bande à Bini était rafraîchissant. Mieux, il laissait présager un avenir meilleur, selon une logique avancée par bon nombre d'acteurs du foot féminin se plaignant depuis longtemps que l'on parle si peu de la discipline. Un raisonnement simple : pour se développer, il faut plus de moyens, de reconnaissance et un meilleur soutien de la Fédé et des clubs pros. Le remède à tous ces manques ? La médiatisation. A coup de Unes dans les quotidiens et les hebdomadaires, sportifs ou non, de reportages dans les JT du 20 heures, le monde médiatique se livrait avec une satisfaction affichée à sa BA estivale : la promotion d'une cause-juste-mais-jusque-là-ignorée, celle des footeuses. Au bonheur des dames, la Fédé doublait la prime des demi-finalistes, de 6 à 12 000 euros (aucun zéro oublié). Début août, France Télévisions et Eurosport allaient même jusqu'à mettre 110 000 euros pour retransmettre onze rencontres de la saison de D1 féminine. Du jamais vu. « C'était une belle surprise de voir que les médias s'intéressaient au foot féminin, résume Laurence Prudhomme-Poncet, auteure de “L'Histoire du football féminin au XXe siècle”. Après c'est retombé, comme d'autres choses : Fukushima, Haïti... Mais c'était prévisible, d'autant que pour l'instant, il n'y a pas d'enjeu financier. »

Du miracle au mirage

Plus de deux mois après, le miracle allemand ressemble fort à un mirage. Dans l'indifférence générale, les Bleues se sont remises au boulot – façon de parler, toutes ne sont pas (encore) professionnelles – lors des qualifications pour l'Euro 2013. Le 14 septembre, la France a gagné 5-0 en Israël devant des tribunes plus que clairsemées. Direct8, qui retransmettait la rencontre, a décidé d'accorder du rab le soir même, avec une émission présentée par Alexandre Delpérier, promu rédacteur en chef du service sports de la chaîne après... la Coupe du monde en Allemagne. Mais le programme, intitulé “Merci les Bleues”, s'est résumé à ressasser le beau parcours des Françaises. Histoire d'exploiter le filon des beaux souvenirs jusqu'au bout. En attendant des JO qui chantent.

Car à part un exploit des Bleues à Londres, on voit mal ce qui d'ici là pourrait relancer la machine médiatique autour des footeuses. En réalité, France Télévisions et Eurosport doivent sérieusement se demander quels matchs de D1 féminine retransmettre cette saison. Patrice Lair, l'entraîneur de l'OL, avait pourtant prudemment prévenu, fin août : « J'espère que les gens ne seront pas déçus. Ils ont eu du caviar avec la Coupe d'Europe (et avec la Coupe du monde). » Les deux premières pâtées administrées par l'OL à Vendenheim (10-0) et Hénin Beaumont (9-0), à en rendre jaloux Barça et Real, ont rappelé que le championnat national est une farce où le fossé entre les équipes s'agrandit au fil des saisons. Loin devant, Lyon, taillé pour le haut de l'échelle européenne. L'année dernière, les filles d'Aulas n'ont connu ni défaite, ni nul, en 22 matchs de D1. Bilan : 14 points d'avance sur le PSG ; 106 buts inscrits pour 6 encaissés. Derrière, un groupe de poursuivantes – les Parisiennes, Montpellier et Juvisy – qui fait de la résistance avec un budget dix fois moindre que celui des Lyonnaises, et essaie de su(rv)ivre. Les autres équipes sont larguées. Les diffuseurs auront donc littéralement l'embarras du choix cette saison : soit retransmettre les rencontres de Lyon avec la garantie d'un match sans suspense, soit miser sur des affiches plus indécises. Mais pas sûr qu'un Guingamp-Vendenheim attire les téléspectateurs. Samedi dernier, France 4 a fait son choix en retransmettant sa première rencontre de D1 féminine, Lyon-Saint Etienne. Sept buts au total. Problème, ils étaient tous lyonnais.

Le chemin des dames

Comme une lueur d'espoir, le président de la FFF Noël Le Graet a annoncé début septembre : « Je vais faire passer un texte où dans les trois ans qui viennent, chaque club professionnel devra avoir une équipe féminine patronnée par le district. » Un ‘cadeau' de Noël qui sent le réchauffé. « Ça peut créer des vocations, de savoir qu'il y a une équipe féminine à l'OM ou au PSG plutôt qu'à Meaux ou à Vaise, confiait Elizabeth Loisel, ancienne sélectionneuse, au printemps dernier. Mais ça fait dix ans qu'on en parle. En 1998, lors du premier plan d'action du foot féminin en France, a été avancée l'idée que chaque club pro ait une équipe de jeunes filles. C'était plus facile car vous jouez à effectif réduit. Ça n'a jamais été soutenu par nos dirigeants. Presque quinze ans après, on y revient. » Dans son livre, Laurence Prudhomme-Poncet évoque « le plan de développement fédéral (qui) prévoit d'ici 2004 l'incorporation d'une équipe féminine dans chaque club pro de Ligue 1 » . On attend toujours. Mais cette fois, promis-juré-craché, ce sera la bonne.

Et si, finalement, les progrès venaient de la base ? Là encore, l'effet Coupe du monde semble inexistant. Mi-septembre, la Fédé recensait seulement 24 962 renouvellements de licence chez les filles, contre 30 076 à la même période de l'année 2010. Difficilement compréhensible après les performances d'outre-Rhin. Créer une équipe féminine provoque des inquiétudes chez certains dirigeants, entre terrains et vestiaires à réserver, entraîneurs à trouver... « Des questions que certains clubs ne se posent pas quand il s'agit d'une équipe de garçons » , persifle Elisabeth Loisel. « Très jeunes, les filles jouent souvent avec les garçons. Mais vers l'adolescence (14 ans), elles ne peuvent plus. Comme il y a beaucoup moins d'offre, il faut aller dans des clubs plus éloignés. Si à cela vous ajoutez la réticence de certains parents... » , complète Laurence Prudhomme-Poncet. Le chemin des dames est un terrain miné. “C'est aussi vrai pour la politique ou dans les grandes entreprises”, entend-on à l'envie. Certes. En tout cas, pour que le foot féminin – du moins sa version ripolinée, sexy et médiatico-compatible - envoie à nouveau du rêve, il faudra patienter jusqu'à la trêve olympique, l'été prochain.

Par Yann Bouchez

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article intéressant, et c'est toujours bien quand ne serait ce qu'un média pense à sortir des info cohérentes, sur la durée, donc se souvenir du foot feminin maintenant, c'est cool merci.

Maintenant si je peux me permettre, un article que je serait très curieux de lire, c'est pourquoi dans un contexte ou on ramène tout a la thune en jeu, et notamment pour expliquer le manque clair d'implication de nombre club pro, pourquoi des clubs comme arsenal et lyon, pourtant réputé pour aimer faire de la thune par dessus tout, battent le haut du pavé? Potsdam je veux bien, mais pourquoi eux et pas les autres? Victoire facile tant que l'on est peu?

Je veux bien des échos, merci :)
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