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Par rapport aux précédents, ils valent quoi, ces éliminatoires espagnols ?

Depuis 1998, la sélection espagnole est l’épouvantail des qualifications de la zone Europe. Plus que ses statistiques affolantes – un taux de 78,4 % de victoires –, la Roja ne panique jamais. Mieux, elle peut se permettre quelques expérimentations tout en avançant masquée. Ou presque.

Le 18 décembre 1991, la sélection espagnole a rendez-vous à Tirana. Au stade Qemal-Stafa, elle doit y rencontrer son homologue albanaise pour ce qui doit être la dernière journée de qualifications pour l’Euro 1992. Une chute du communisme plus tard et un changement de Premier ministre huit jours plus tôt – Vilson Faik Ahmeti prend alors les rênes du pays – en décideront autrement. Le match, pour du beurre, ne sera finalement jamais joué, les deux nations étant d’ores et déjà larguées (la France finit alors première, secondée par la Tchécoslovaquie). Cocasse, cette histoire est avant tout la dernière où la Roja ne s'est pas qualifiée pour une grande compétition. Depuis, les Espagnols ont réalisé un sans-faute préliminaire. De quoi leur offrir le statut d’épouvantail des phases éliminatoires. Pourtant, après deux dernières phases à 100 % de victoires (un dix sur dix pour le Mondial 2010, un huit sur huit pour l’Euro 2012), la troupe de Del Bosque interroge. Sa domination est bien moins gargantuesque que lors des précédents exercices. Une impression des plus logiques pour une sélection sûre de sa force et pour qui le vrai objectif est la victoire au Brésil.

De « doit faire ses preuves » à « maître du monde »

Si l’Espagne trône aujourd’hui au sommet du football mondial, elle en a connu les rôles de l’ombre pendant longtemps. Et n’avait alors d’autre choix que de se sortir les doigts en période de qualifications. Depuis les éliminatoires de la Coupe du monde 1998, la Roja s’est donc attelée à un sans-faute. Malgré deux accrocs lors des campagnes de l’Euro 2004 (qualif’ en barrages face à la Norvège) et du Mondial 2006 (barrages face à la Slovaquie) pour cause de renouvellement générationnel, elle n’a jamais manqué un grand rendez-vous. Dans cet exercice, les statistiques prennent rapidement la forme d’un vote soviétique. Pêle-mêle, la sélection espagnole a remporté 58 de ses 74 derniers matchs pour 12 petits nuls et quatre défaites : soit un taux hallucinant de 78,4 % de victoires (des qualifications du Mondial 98 à celles de l’Euro 2012). Mieux, le score moyen d’un match de l’Espagne durant cette période est de 2,7 buts/match inscrits pour 0,9 but/match encaissé. Tant de chiffres qui expliquent en partie la cause des interrogations actuelles.

Ainsi, depuis son sacre européen de 2008, l’Espagne n’avait connu que la victoire entre deux compétitions. Ses campagnes pré-Mondial sud-africain et pré-Euro ukraino-polonais sont alors créditées de 18 victoires en autant de rencontres. La France, en octobre 2012, devenait, depuis l’Islande et un 1-1 survenu le 8 septembre 2007 à Reykjavik, la première équipe à tenir en échec les « maîtres du monde » du ballon rond. À trop fricoter avec la perfection, un score de parité avec le voisin français relevait alors de la crise nationale. Le nul qui s’en est suivi face à la Finlande (1-1 à Gijón) annonçait même un déclin proche. Oui, mais non. Car avec une sélection vieillissante – Xavi et consorts n’en sont plus à leur première sélection – et un jeu rodé, mais bien connu des circuits, la sélection doit se réinventer sans se renier. « Nous avons besoin de joueurs qui gèrent bien les un-contre-un. Mais ces joueurs aiment avoir de la sécurité dans le jeu. Xavi, Cesc… Ils prennent peu de risques et cela nous rend prévisibles » , jugeait Vicente del Bosque dans les colonnes du Mundo Deportivo.


Torres, Villa, et Diego Costa ?

Prévisible, l’Espagne l’est également par un réservoir épuisé de numéro neuf. Car plus qu’une volonté, les essais de Vicente del Bosque sans pointe proviennent du manque d’attaquants en forme. Lors des campagnes qualificatives de 2010 et 2012, les Espagnols avaient claqué à tout va – deuxième meilleure attaque lors des éliminatoires sud-africains (2,8 buts/match), troisième deux ans plus tard (3,25 buts/match). La raison : un David Villa au top (sept buts en 2010, autant en 2012) et un Fernando Torres jouant plus que les utilités. Mais, depuis, la grave blessure de l’Asturien et la dépression du Madrilène ont laissé un trou béant. Lors de cette campagne, la Roja a galéré à trouver le chemin des filets – 12 buts, soit autant que la France d’un KB9 muet. Reste l’alternative Diego Costa, actuel meilleur buteur de Liga. « Non (Costa n’est pas nécessaire, ndlr), mais nous devions le voir, instaurer le contact et nous ne pouvions pas nous cacher. Mais la décision lui revient. J’ai senti qu’il avait vraiment envie de rejoindre la sélection » , tempère de son côté le moustachu le plus titré du monde. Qui se dit qu’une manita des écoles face à la Géorgie ferait le plus grand bien à ses ouailles. Sacrée pression.

Par Robin Delorme, à Madrid
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