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Papy Djilobodji : « J'ai bien profité de mes 59 secondes avec Chelsea ! »

Un an après son transfert déconcertant à Chelsea, Papy Djilobodji est de retour en Premier League, à Sunderland. Et cette fois, pas question d'être la risée des supporters et de ne jouer qu'une minute en six mois, Djilobodji est bel et bien là pour s'imposer.

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Salut Papy. Alors, ce retour en Premier League, ça se passe comment ?
Ça se passe bien, même si pour l'instant, on n'a pas encore les résultats. Il y a eu quelques matchs difficiles, et il nous manque des victoires. Il y en a eu des bons aussi, comme contre City, mais l'équipe est en train de se lancer, et on travaille tous ensemble pour faire une belle saison.

Ton choix s'est donc porté sur Sunderland. Pourquoi, quand, comment ? Dis-nous tout !
Pour moi, ça a été très vite ! J'ai signé quatre jours après leur approche, j'avais vraiment envie de revenir en Premier League, et Sunderland me donnait une bonne opportunité de le faire.

Dans cette volonté de revenir en Premier League, il y a une revanche que tu voulais prendre ? Pourquoi ne pas avoir poursuivi l'expérience en Allemagne ?
Oui, je suis un peu revanchard, parce qu'à Chelsea, je n'ai jamais eu ma chance. Mais ce n'est pas seulement ça. J'ai aimé mon passage à Brême, j'ai vécu de bons moments, et peut-être que je reviendrai jouer en Allemagne un jour, mais depuis que je suis tout petit j'ai toujours rêvé de jouer en Premier League, donc je voulais vraiment y revenir. Pour moi, maintenant, la page Chelsea est tournée, et je suis concentré avec Sunderland.

Je cite El Hadji Diouf : « Djilobodji va être la surprise de la saison en Premier League. » Pas mal comme parrainage...
C'est un joueur qui m'inspire, que je connais ! Donc ça fait très plaisir. Maintenant, il faut le mériter, et travailler dur pour jouer le mieux possible, et faire ce que je sais faire sur le terrain.

« À Chelsea, je faisais tout pour que ça se passe bien, je travaillais à l'entraînement, je montrais que j'étais présent... »

D'ailleurs, avec la sélection, tu en es où ? Tu espères disputer la CAN ?
C'est bien, le Sénégal s'est qualifié ! Félicitations aux joueurs qui ont obtenu la qualification. Mais moi, ce qui me préoccupe pour le moment, c'est Sunderland. D'être présent à tous les matchs et de faire de bonnes performances. Après, on verra. Je suis concentré là-dessus.

On va revenir un peu sur ce transfert à Chelsea l'été dernier. Ça a quand même surpris la terre entière. Même toi, non ?
Oui, ça a surpris beaucoup de monde. Mais moi, je savais que je pouvais le faire. J'ai toujours dit que je voulais jouer pour un très grand club, faire une belle carrière, et Chelsea en est un. Là-bas, je faisais tout pour que ça se passe bien, je travaillais à l'entraînement, je montrais que j'étais présent... Mais je n'ai jamais eu ma chance, le coach ne m'a jamais fait jouer.

Beaucoup de gens se sont moqués de ce transfert, en expliquant que tu étais un accident, un gag. En tant qu'homme, est-ce que ça t'a blessé ?
Non, tout ça ne m'a jamais blessé. Dans le football, comme dans tout, dès que tu réussis, tu as des jaloux. Moi, je voulais juste montrer que j'avais ma place dans cette équipe. Je travaillais à l'entraînement, et tout se passait bien. Après, selon si le coach t'aime ou ne t'aime pas...

Il y a aussi eu cet épisode le jour de ton anniversaire. Le Twitter officiel de Chelsea te souhaite un Happy Birthday, et les fans répondent ironiquement en demandant « Papy qui ? » , ou « C'est un joueur de Chelsea ? » Pas vexé là non plus ?
Je m'en souviens, mais c'était normal. Les gens ne me connaissaient pas, j'arrivais du championnat de France, et je n'ai pas joué du tout !

« Au moment où j'ai voulu partir, le président ne voulait pas me laisser. Il voulait me vendre cher, mais ce n'était pas possible parce que je n'avais pas fait une très bonne saison... »

Pourquoi Mourinho ne t'aimait pas ? Il a quand même déclaré qu'il ne t'avait pas choisi...
(Rires) Il a dit ça. Mais ceux qui l'ont poussé à prendre Kurt Zouma l'ont poussé à me prendre. Donc il faut bien voir, et lire entre les lignes. Et ne pas regarder juste les titres ! J'ai signé à Chelsea, dans un grand club, et je le souhaite à chaque joueur. Que ça soit des Africains, ou des Européens, des Sénégalais... Je leur souhaite à tous de signer dans un grand club, et de ne pas faire comme j'ai fait. J'ai quand même joué seulement 59 secondes ! (rires)

C'est vrai, ce chiffre est hallucinant : en six mois à Chelsea, tu as joué 59 secondes, à la toute fin d'un match... Tu en as profité au moins ?
Oui, j'en ai bien profité ! J'ai touché deux ballons, donc c'est pas mal !

Quand tu vas jouer contre Manchester United, tu as prévu quelque chose pour les retrouvailles avec Mourinho ?
Oui, je vais aller lui dire bonjour, c'est normal. Après, c'est un match contre Manchester United, donc je veux surtout faire un très, très gros match.


Le départ de Nantes a été un peu rock'n'roll. Tu boycottais l'entraînement, il y a eu des frictions avec les dirigeants... Ce bras de fer était-il vraiment nécessaire ?
Je pense que oui. Le président ne voulait rien entendre, et moi, j'avais fait mon temps à Nantes. J'ai joué presque tous les matchs en presque six ans là-bas. On était en Ligue 2, on est montés en Ligue 1, je faisais des bons matchs. Au moment où j'ai voulu partir, il ne voulait pas me laisser. Il voulait me vendre cher, mais ce n'était pas possible parce que je n'avais pas fait une très bonne saison. Donc je devais le faire.

« Le président, c'est lui qui me taillait dans les journaux. Mais quand Chelsea est arrivé, il faisait tout pour que je signe là-bas. Il voyait de l'argent qui rentrait... »

Kita est dur en affaires, hein...
Oui, il est un peu dur quand même...

Et cet été-là, d'autres ont fait le forcing pour partir de Nantes. C'était quoi, cette immense vague de départs ?
Der Zakarian avait fait un bon travail à Nantes, et même lui, son départ s'est mal passé. Il n'aurait pas dû sortir comme ça, il méritait quelque chose d'autre. Le président... Il ne fait pas autant d'efforts que ce que les gens ont fait pour le club. Il faut trouver le juste milieu, pour bien... Je ne trouve pas le mot... Juste pour que ça se passe bien, en fait. Après, le président, il est comme il est !

Je fais un parallèle avec ton compatriote Issa Cissokho, parti de Nantes le même été que toi pour le Genoa, où il n'a pas réussi à s'imposer non plus. Vous n'avez pas visé trop haut ? Ou alors rejoint des clubs qui n'avaient pas besoin de vous, mais juste pour quitter Nantes ?
Non. Il n'y a pas que nous qui sommes partis ! Le président, c'est lui qui me taillait dans les journaux. Mais quand Chelsea est arrivé, il faisait tout pour que je signe là-bas. Il voyait de l'argent qui rentrait, il m'a dit : « Tu peux y aller. »

Tu prends des nouvelles du FC Nantes, de tes anciens coéquipiers ?
Oui, je prends des nouvelles de ceux qui sont encore là-bas, on parle toujours sur Snapchat, on parle par messages avec Yacine Bammou, avec Moimbé, plein de joueurs. Même ceux qui sont partis, Serge Gakpé, Gomis...

À Brême, ça a été un beau rebond pour toi. Tu as joué directement, avec de belles performances. Tu as dû te sentir libéré.
Ils m'ont très bien accueilli ! Et c'était un peu chaud au classement, ils jouaient le maintien. Comme j'aime bien les défis, ça m'a motivé. Je me suis dit : « Je ne suis pas venu ici pour que le club descende. » On a travaillé tous ensemble pour se maintenir, ça s'est très très bien passé. Les supporters sont sympas, les dirigeants, le coach... C'était une belle expérience.

« Je peux te dire que je fais partie des défenseurs les plus techniques, hein ! »

Pourquoi ils t'ont fait confiance, alors que tu n'avais pas joué depuis six mois ?
Je pense qu'ils me connaissaient bien avant, ils ont certainement pensé que je pouvais les aider. Et je pense qu'ils ont fait un très bon choix ! On s'est maintenus, c'est ce qu'on voulait, c'était l'objectif.

Quand tu es arrivé en France, en région parisienne, tu n'avais rien. Tu logeais chez des potes, c'était la galère. Tu te souviens de ces années-là ?
Oui, je m'en souviens très bien, j'avais dix-neuf ans ! Je passe le salam à Olivier, à tous les gens de Moissy-Cramayel, aux joueurs... Je savais d'où je venais, au Sénégal c'était plus dur que ça. Donc pour moi, ce n'était pas une galère, c'était un passage. J'ai bien tenu, je l'ai bien vécu, ça m'a forgé.

Il paraît qu'à cette époque, tu as refusé des propositions de clubs d'Europe de l'Est parce que tu ne voulais pas aller jouer dans le froid, c'est vrai ?
(Rires) Oui, après, mon rêve, c'était vraiment de rester en Europe. De montrer ce que je sais faire, ce qu'on m'a appris. J'avais eu des propositions de Russie, tout ça, mais j'ai préféré rester en France.

Aujourd'hui, les défenseurs techniques et complets sont à la mode. Quand on est un défenseur plein d'engagement, un défenseur de combat comme toi, comment on s'adapte ? Tu ne te sens pas en voie de disparition ?
Mais je peux te dire que je fais partie des défenseurs les plus techniques, hein ! (Rires) À Nantes, c'étaient mes débuts, c'était compliqué, je rentrais dedans et tout ! J'ai pris de l'expérience, et je ne sais pas si tu as regardé mes matchs en Allemagne, mais j'ai beaucoup beaucoup progressé. Je peux même jouer au milieu de terrain, donc voilà. Après, c'est le foot ! C'est un sport de combat, de contact ! Il faut rentrer dedans quand il faut.

« Je ne sais pas si tu as vu mes débuts à Nantes, mais voilà... Je cassais des pieds, quoi. »

Tu as parlé de sport de combat. Mais tu es quelqu'un de très calme, puisque tu es un passionné de yoga !
Oui, c'est très bien, ça m'a apaisé un peu. Je ne sais pas si tu as vu mes débuts à Nantes, mais voilà... Je cassais des pieds, quoi. Maintenant, avec le yoga, ça se passe bien.

Grâce au yoga ?
Pas que, mais ça en fait partie. On m'a dit d'en faire, que ça pouvait m'aider. J'ai écouté, j'en ai fait, et j'ai vu que ça fonctionnait, donc tant mieux !

Du coup, tu fais des positions acrobatiques, sur la tête ? Tu en fais tous les jours, en te levant, face au soleil ? Ça se passe comment ?
Non, c'est des jours dans la semaine. Tu en fais trois, quatre fois. C'est beaucoup de choses, c'est comme un entraînement, parfois c'est très dur, hein !

Pourtant, à Brême, tu avais mimé un geste d'égorgement contre un adversaire. Il était où, le yoga, ce jour-là ?
(Rires) Oui, ça, ce sont des choses qui arrivent ! Pour moi, ça n'était pas grand-chose, mais pour eux, si. Après, ça s'est bien passé. J'ai pris des matchs de suspension, et puis voilà. Je ne vais plus refaire ça sur un terrain de football !



Propos recueillis par Alexandre Doskov
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