Paolo Guerrero, comme un avion sans ailes

Depuis le mois de janvier, Paolo Guerrero se trouve au cœur de l'actualité sportive péruvienne et allemande. Comme bon nombre de Sud-Américains, il se ressourçait tranquillement au pays après une blessure. Mais l'attaquant du Hambourg SV ne foulera pas de sitôt les pelouses de la Bundesliga car il souffre d'aérophobie.

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Paolo Guerrero n'est pas le premier footballeur à être victime de ce genre de phobie. Le génial Dennis Bergkamp ne montait plus dans un coucou depuis la plaisanterie d'un journaliste ayant affirmé qu'il avait une bombe sur lui durant un vol. Le Batave évitait les déplacements et préférait prendre la voiture ou le train pour disputer certains matchs. Mais le magazine allemand 11 Freunde préfère comparer le buteur hambourgeois avec le Mister T de l'Agence tous risques : « Paolo a peur de voler comme Barracuda qui était l'homme le plus fort du monde, mais qui pleurait au moment de prendre l'avion » .

Presque remis d'une blessure aux ligaments du genoux contractée en septembre dernier lors d'un match de qualification pour la Coupe du Monde, Guerrero comptait reprendre tranquillement l'entraînement puis la compétition au mois de février. Mais une fois sur le tarmac, à bord de l'appareil prêt à pourfendre le ciel en direction de l'Europe, Guerrero est pris d'une crise de panique et retrouve aussitôt la terre ferme à sa demande. Il quitte l'avion, quelle que soit la personne qui l'accompagne. En effet, son frère, sa mère, sa copine et même son cousin, qui s'est pointé à l'aéroport avec un visa expiré, ont cherché à le rassurer en s'installant à ses côtés, serrant dans leur main la pogne moite de l'international. Sans réussite.

Il faut dire que Paolo Guerrero a des raisons de flipper. Son oncle, joueur de l'Alianza Lima, a trouvé la mort dans une catastrophe aérienne en décembre 1987 avec quarante-deux autres personnes ; étrangement, le pilote fut l'unique survivant. De plus, en début de saison, l'international péruvien a connu un épisode malheureux durant un vol. L'avion qui ramenait son équipe outre-Rhin, après une rencontre de Coupe de l'UEFA disputée à Guingamp, avait dû se poser en urgence à cause d'un problème hydraulique. « Ce fut le pire moment de ma vie » , avait déclaré l'ancien joueur du Bayern Munich. Craignant un crash fatal, Guerrero avait gueulé sa peur dans la carlingue, ce qui la fout mal pour un joueur surnommé Depredador (le Prédateur) ou encore le Warrior...

Première rechute, en fin d'année dernière lorsque Guerrero avait fait détourner un avion allant aux États-Unis. Aujourd'hui, les médias péruviens lui mettent la pression en guettant le hall d'embarquement de l'aéroport Jorge Chávez de Lima, questionnant un footballeur des années 70 à la retraite également phobique tandis que la presse allemande s'interroge sur la tournure que va prendre la vie sportive de Guerrero. Ainsi, Bild s'interrogeait dernièrement : « Sa peur de l'avion peut-elle détruire sa carrière ? » . Interviewé hier par El Bocon, Guerrero a reconnu traverser une zone de turbulences : « C'est quelque chose qui peut arriver à n'importe qui et on s'occupe de moi pour que je récupère vite, parce que je dois aller en Allemagne et réintégrer l'équipe » .

La situation ubuesque de Guerrero a presque éclipsé l'arrivée de Ruud van Nistelrooy à Hambourg. D'ailleurs le club allemand a toujours soutenu son poulain et même envoyé son directeur sportif au Pérou, qui est rentré... seul. Un psychologue et un psychothérapeute ont récemment été dépêchés afin de tranquilliser l'attaquant. Ils se donnent deux semaines pour guérir sa phobie. En cas d'échec, la presse hambourgeoise évoque une dernière possibilité : Guerrero ferait le voyage en bateau, ce qui prendrait trois semaines lorsqu'un vol Lima-Hambourg ne dure que douze heures. Pas sûr qu'en retrouvant la HSH Nordbank Arena, Guerrero célèbre son premier but en déployant les bras, mimant l'avion...

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