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Pain, chocolat et Squadra Azzurra

Il y a quarante ans sortait en France le chef-d’œuvre de Franco Brusati, Pain et Chocolat (Pane e Cioccolata). L'occasion de revenir sur une fabuleuse scène de football et patriotisme.

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C'est l'une des scènes les plus mythiques du cinéma italien. En 1973 sort le film Pane e Cioccolata, réalisé par l'immense Franco Brusati (il ne sortira qu'en 1977 en France). Le pitch : l'histoire d'un immigré italien en Suisse interprété par Nino Manfredi, qui tente tant bien que mal d'obtenir un titre de séjour et un travail fixe. Le bonhomme, Nino Garofalo, va de galère en galère, jusqu'à dormir avec d'autres immigrés italiens dans un poulailler. Pour tenter de sortir de cette situation, il décide de se teindre les cheveux en blond pour « ressembler à un Suisse » et ainsi réussir son intégration. Vient alors la scène légendaire où Nino entre dans un bar rempli de Suisses et d'Allemands. Une télévision diffuse le match Italie-Angleterre. Évidemment, tous les Suisses supportent l'Angleterre et huent les Italiens. Pour ne pas attirer les soupçons et continuer de se fondre dans la masse, Nino est obligé de faire semblant, lui aussi, de supporter les Three Lions, avec cette scène fabuleuse où il hue et insulte lamentablement la Nazionale pour se faire bien voir.


Mais en seconde période, alors que le score est de 1-0 pour l'Italie, Fabio Capello double la mise pour les Azzurri. Trop d'émotions dans la tête de Nino, qui tente dans un premier temps de se retenir. Mais, à la vue des drapeaux italiens qui s'agitent dans le stade, il craque et se met à hurler « GOAL, GOAL, GOAL » , seul dans le bar. Face au regard médusé des Suisses, il lâche tout : « Oui je suis italien, et alors ? Ça ne vous va pas ? GOAL !! » La scène se termine par un Nino qui, après s'être embrouillé verbalement avec l'un des clients, va se regarder dans une glace. Après avoir longuement scruté sa ridicule teinture blonde, il se cogne la tête contre le miroir, comme pour se punir d'avoir un temps tenté de renier ses origines et sa patrie.

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Capello, deux fois


Cette scène a été énormément commentée en Italie. Par tous. Par les écrivains, les cinéastes, les footballeurs, les sociologues. Car elle raconte énormément de choses à la fois. Elle raconte, d'abord, le complexe d'infériorité qu'ont ressenti pendant des années et des années les immigrés italiens à l'étranger. En Angleterre, en France, en Allemagne, en Suisse. Footballistiquement parlant, ce complexe a disparu le 14 novembre 1973, jour où les Azzurri viennent défier à Wembley l'Angleterre. Jamais, dans l'histoire, l'Italie, pourtant deux fois championne du monde, n'était venue s'imposer en terre anglaise. Mais un but de Fabio Capello à la 86e minute va changer l'histoire. « Cela part d'une action de Giorgio Chinaglia (qui, lui-même, avait émigré au pays de Galles à l'âge de six ans, ndlr) qui dribble et qui tire, le gardien repousse, j'arrive, je freine ma course, et je pousse lentement le ballon dans le but anglais » , racontait Capello il y a quelques années dans une interview à la Rai.

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De nombreux immigrés italiens sont, ce jour-là, présents à Wembley. Pour eux, souvent traités de « garçons de café » par les Anglais, c'est une libération. Une joie incroyable qui dépasse la simple revanche sur la supposée supériorité footballistique britannique. Capello, encore : « J'ai tout de suite pensé au résultat historique, mais surtout à tous les Italiens à l'étranger. Pour eux, c'était une sorte de revanche ("riscatto" en italien, ndlr). Voilà pourquoi ce but est, encore aujourd'hui, ma carte de visite en tant que footballeur.  » Cinq mois plus tôt, les deux équipes s'étaient déjà affrontées, mais à Turin. Ce sont les images de ce match là qui sont diffusées dans la scène du bar de Pain et Chocolat. « Bien sûr que je connais cette scène. On m'y voit marquer le deuxième but de l'Italie, et l'immigré italien, Nino, se lève et crie. Il crie pour la victoire, et pour son identité » , raconte le héros de Wembley.

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Complexe d'infériorité


Cette scène du bar, ce but à Wembley et cette victoire historique, Fabio Capello les théorise ainsi : « Dans les années 70, l'Italie n'était pas une puissance mondiale, mais un pays pauvre. Les Italiens à l'étranger n'étaient pas très respectés et n'avaient pas une grande importance. La scène de Pain et Chocolat, a posteriori, a confirmé ce que j'ai pensé au moment où j'ai marqué à Wembley : que c'est un cadeau pour tous les Italiens dans le monde. C'est une réponse au complexe d'infériorité.  » Un complexe d'infériorité que détaillait très justement Gianni Brera. Le mythique journaliste transalpin expliquait que, sur la pelouse, les Italiens ressentaient un complexe physique, car ils couraient toujours moins que leurs adversaires, et se trouvaient « plus petits » quand les Allemands et les Anglais étaient « grands et forts » . Un lien direct avec le choix de Nino de se teindre en blond dans le film, avant qu'il ne se rende compte que l'amour de sa patrie et la fierté d'être italien étaient plus forts qu'une simple couleur de cheveux.

Par Éric Maggiori
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