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Ouaddou : « J'ai refusé beIN Sports par déontologie »

Quatre ans après avoir officiellement pris sa retraite, Abdeslam Ouaddou n'a pas quitté le monde du football. Et n'a pas non plus appris à se taire face aux injustices qu'il constate sur ou en dehors des pelouses. La preuve avec ce deuxième acte, où l'ancien défenseur parle du Qatar et du terrorisme, ses sujets préférés.

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Quand Mario Balotelli a été victime de cris racistes à Bastia lors de la saison écoulée, tu as déclaré que tous les joueurs devaient arrêter la rencontre lorsque ce genre d’événement se produisait. Tu crois qu'elle est là, la solution ?
On a pour habitude de dire et de répéter, dès le plus jeune âge, que le football est un sport collectif qui doit véhiculer des valeurs de respect et de solidarité. Quand on gagne, quand on perd, le mot solidarité revient toujours. Pourquoi ce mot-là ne serait-il pas utilisé lors de ces incidents ? Si les collègues disent : « Notre partenaire noir ou étranger n’est pas là pour se faire insulter, on décide de sortir » , les télévisions en prennent un coup, les spectateurs aussi, le spectacle aussi, et tout le monde sera perdant. Les choses bougeront forcément. C’est une solution radicale, je l'admets. Mais comme les huis clos ou les retraits de points ne fonctionnent pas...

Tu as également dénoncé le nombre réduit de pays africains durant les Coupes du monde. Peut-on parler de racisme, là aussi ?
Non. Ne confondons pas tout : je préfère parler d’un manque d’équité. Quand on regarde le continent africain, il ne présente pas moins de fédérations que le continent européen. Dans ce contexte, pourquoi l’Europe dispose de plus de pays pour le Mondial ? C’est une injustice. (Il répète) Pourquoi ? Pourquoi ?

Peut-être parce que le niveau des nations européennes est considéré comme supérieur ?
« Quand on voit l’Égypte, triple championne d’Afrique entre 2006 et 2010, ne pas réussir à se qualifier au Mondial depuis 1990, c’est dommage. »
Je ne sais pas. Mais quand on voit l’Égypte, triple championne d’Afrique entre 2006 et 2010, ne pas réussir à se qualifier au Mondial depuis 1990, c’est dommage. C’est un pays qui regorge de talents, mais qui tombe régulièrement dans un gros groupe. Et comme il n’y a pas beaucoup de places, il faut bien des malheureux perdants entre le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Cameroun, l'Algérie, la Tunisie, le Ghana, le Maroc...


Puisqu’on parle de Coupe du monde, tu as pris parti contre le Mondial au Qatar. Tu es toujours contre l'idée d'une compétition internationale disputée là-bas ?
Toujours. Plus que jamais, même. Les années passent, et les choses se confirment. J’avais auparavant parlé d’esclavagisme, de non-respect des droits de l’homme, des travailleurs exploités, des domestiques traités pire que des animaux, des centaines et des centaines de personnes qui perdaient leur vie dans la construction des stades... J’avais dit qu’il était inconcevable de jouer dans des cimetières. Et aujourd’hui, on s’interroge sur des possibilités de financement du terrorisme dans ce pays. Ce n’est pas moi qui l’évoque, mais la presse. Par ricochet, ceux qui travaillent avec le Qatar participent potentiellement au financement du terrorisme. À l’heure où la France est en état d’urgence constant et cherche à lutter contre le terrorisme, c’est quand même insensé, totalement absurde et incompréhensible. Je me pose donc certaines questions. Comment peut-on dérouler le tapis rouge à ce pays ?


Tu reproches aux entités françaises, comme le Paris Saint-Germain, de travailler avec le Qatar ?
(Il coupe) Je ne reproche rien au PSG. C’est un club que j’aime depuis que je suis petit. Je parle du domaine fiscal global, notamment sur les plus-values immobilières.
« Si on revendique la lutte contre le terrorisme, il faut tenir cette ligne de conduite jusqu’au bout. On ne peut pas accueillir à bras ouvert un pays qui, selon les journaux – je tiens à le repréciser –, financerait le terrorisme. »
Mais il y a plein d'autres choses. (Il réfléchit) En travaillant avec le Qatar, on ferme les yeux sur les droits de l’homme, alors que nous sommes un pays qui a impulsé la liberté et incarne ces mêmes droits de l’homme. Aujourd’hui, la France doit donc se positionner clairement et fermement là-dessus. Elle doit éclaircir les positions par rapport à un pays qui financerait le terrorisme. C’est une question de crédibilité pour l’état français. Si on revendique la lutte contre le terrorisme, il faut tenir cette ligne de conduite jusqu’au bout. On ne peut pas accueillir à bras ouvert un pays qui, selon les journaux – je tiens à le repréciser –, financerait le terrorisme.

Outre le France, les autres pays semblent bien silencieux au sujet du Mondial au Qatar...

Non seulement les autres pays doivent se positionner, mais les fédérations doivent également se positionner, comme les syndicats des joueurs. Des points de vue éthique, moral et sécuritaire, nous ne pouvons pas nous permettre de jouer dans une région très fragile, très instable. C’est la sécurité des spectateurs, des journalistes et des joueurs qui est en jeu.


Ce n’est pas la première fois que tu évoques ce sujet. Tu as l’impression d’être seul dans ce combat ?
Le problème, c’est que c’est Ouaddou qui parle. Du coup, les gens disent : « C’est qui Ouaddou ? Bah oui, c’est un joueur aigri avec qui ça s’est mal passé au Qatar. » Mais je m’en fous moi, je ne suis pas aigri du tout, je suis en bonne santé, j’ai une famille, j’ai fait 17 ans de carrière, je n’ai pas besoin d’argent, je vis bien. Je suis juste objectif par rapport à ce qui se passe là-bas. Bon, j’ai quand même l’impression qu’on comprend ce que je dénonce, hein. On m’envoie des messages de soutien et de remerciement.


Ce qui signifie que tu te sens soutenu ?
Beaucoup pensent ce que je te dis. Sauf que personne n’ose aborder ce sujet. Parce que je suppose qu’il y a de gros échanges commerciaux qui pèsent dans la balance.
« Les personnes qui gèrent beIN Sports sont les mêmes que ceux qui gèrent l’État qatarien. Je suis contre leur manière de traiter les gens sur leur sol, donc je ne peux pas travailler pour eux. C’est mon éthique. »
Dans le monde du foot, tu ne verras pas un joueur ou un entraîneur te parler de ça, car tout le monde a peur de se griller. Si tu es entraîneur et que tu parles, peut-être qu’un président ne voudra pas te prendre demain parce qu’il est en contact direct avec les Qatariens. Idem si tu comptes commenter des matchs... Le Qatar maîtrise tout et finance tout le monde. Il a beIN Sports, par exemple. D’ailleurs, pendant la Coupe d’Afrique, beIN m’a proposé un rôle de consultant pour la compétition. J’ai refusé. Pour une question de déontologie. Parce que les personnes qui gèrent cette chaîne sont les mêmes que ceux qui gèrent l’état qatarien. Je suis contre leur manière de traiter les gens sur leur sol, donc je ne peux pas travailler pour eux. C’est mon éthique. Ma morale. Et ce n’est pas un problème pour moi de dénoncer ce que j’estime être immoral.

Propos recueillis par Florian Cadu
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