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  2. // Drame de Superga

Ossola Jr : « C’était une chorégraphie théâtrale »

Orphelin avant même de venir au monde, Franco Ossola Jr a consacré une bonne partie de sa vie à étudier cette légendaire épopée. Un « Grande Torino » qu’il a raconté dans plusieurs ouvrages et que son défunt père était le premier à rejoindre.

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Qui sont les architectes du Grande Torino ?
Ils sont plusieurs, mais celui qui a le plus de mérite est le président Ferruccio Novo, parce qu’il a eu l’habileté et la perspicacité de s’entourer de collaborateurs experts en matière de foot. Lorsqu’il achète le club en 1939, il s’appuie sur le sélectionneur italien Vittorio Pozzo, mais quand ce dernier est écarté de la Nazionale, sa place est justement prise par Novo. De fait, d’une forte amitié, on est passé à un grand désaccord entre les deux. Pozzo était très rancunier et il avait pris ça comme un coup bas. À partir de ce moment, Erno Erbstein devient le premier conseiller intime du président, même si l’entraîneur hongrois avait déjà fourni des suggestions auparavant. Novo avait une réelle capacité à mettre en ordre les infos qu’il recevait de ces deux personnages, mais aussi d’autres anciens joueurs du club. C’est par exemple le cas d’Antonio Janni qui avait remporté le premier titre dans les années 20, il entraînait mon père à Varese et c’est lui qui l’a signalé auprès du président.

Ce Torino a connu pas moins de cinq entraîneurs, avaient-ils un rôle marginal ?
Le cas de Luigi Ferrero confirme cette impression, c’était l’entraîneur des deux titres de l’immédiat après-guerre, en 1945/46 et 1946/47. Il est parti spontanément, déjà parce qu’il avait peur de voler en avion à une époque où les déplacements commençaient à se faire avec ce moyen de transport. Aussi parce qu’il commençait à sentir l’ombre d’Erbstein et cela le gênait. Et surtout parce qu'il reconnaissait effectivement que ces joueurs n’avaient pas besoin d’un entraîneur, mais plutôt d’un préparateur physique afin de les maintenir en forme et de les suivre dans leur alimentation. Du point de vue du jeu, ils étaient arrivés au sommet de leur bravoure, tout était mécanique, on ne parlait plus de football, mais de chorégraphie théâtrale. Les déplacements étaient parfaitement exécutés et les yeux fermés.

La Squadra Granata

Tactiquement, le passage au « WM » est un vrai tournant ?
Il y avait un réel débat dans la presse italienne et internationale, car l’Italie avait remporté deux Coupes du monde et les Jeux olympiques en utilisant le « WW » , donc beaucoup s’interrogeaient sur l’intérêt de changer. Sauf que le Torino se rend compte que les joueurs dont il dispose peuvent très bien interpréter ce nouveau type de jeu, non sans difficultés initiales, par exemple, l’arrière Ballarin n’y arrivait pas et avait demandé à être vendu, mais le club a refusé. Barbieri du Genoa et un coach de la Lucchese avaient déjà tenté de mettre en place cette tactique, mais le Toro est la première équipe qui l’applique de façon brillante et sérieuse, surtout lors de l’après-guerre, car le premier Scudetto est remporté en jouant un peu des deux façons. Le vrai point fort du « WM » était le quadrilatère du milieu de terrain composé de Grezar, Loik, Mazzola et Castigliano.

« Le Grande Torino incarnait une référence morale, le désir des Italiens de revivre et d’être protagonistes. »

Au-delà de la tactique, il y avait surtout une suprématie technique et physique.
C’étaient tous des joueurs qui savaient jouer au ballon, le plus mauvais était Rigamonti qui faisait de la puissance sa meilleure arme, mais lui aussi a fini par être international. Certains avaient une technique très fine, mon père, on ne savait pas s’il était droitier ou gaucher, car il jouait de la même façon des deux pieds. Ensemble, les onze éléments réunissaient toutes les qualités qu’une équipe de foot peut avoir, il y avait la technique des uns, la puissance des autres, l’intelligence géométrique de Grezar, la résistance de Loik et Castigliano, l’universalité de Mazzola, l’astuce de Menti. C’était un cocktail de qualités qui a donné des résultats extraordinaires. Et puis, c’est une génération qui est toujours restée unie même durant les moments difficiles de la guerre.

Votre père est le premier à être arrivé.
En provenance de Varese en 1939, il avait 18 ans. La première année, il joue peu, ensuite il commence à être utilisé avec plus de continuité. Il a surtout eu la malchance de tomber sur un concurrent comme Ferraris, champion du monde 1938, doté d’une maturité et une classe incroyables. Un gars capable de jouer en Serie A jusqu’à quarante ans passés et qui échappa à Superga, car vendu à Novara un an plus tôt. C’était un ailier gauche comme mon père qui a donc fini avant-centre, puis à droite avec l’arrivée de Gabetto. De 1939 à 1949, dix ans tout rond durant lesquels papa a connu toute l’ascension.

On parle beaucoup du joueur Valentino Mazzola, moins de son rôle de leader moral que son brassard lui conférait.
Plus que leader moral, il montrait l’exemple par son tempérament, dans le sens où il ne se considérait jamais battu. Mazzola avait eu une enfance très difficile dans une famille nombreuse, il a dû aller travailler très tôt. Quand il est devenu un joueur important, il avait ce désir de se racheter de ces difficultés et il avait donc une grinta supérieure à tous les autres. Cela en faisait le meneur, même s’il était bien entouré par Castigliano, Loik, Ballarin, etc. Il était le guide de l’équipe, seul Giuseppe Meazza le devance dans le hall of fame du football italien. Lors d’une rencontre face à Vicenza, il a inscrit trois buts en trois minutes, juste le temps de remettre le ballon au centre du terrain, et bim ! Un joueur alliant puissance et élégance, et suivi par ses coéquipiers. Rigamonti disait qu’ils étaient prêts à sacrifier une partie de leur salaire pour conserver Mazzola au Toro, car chaque année, ce dernier était tenté de s’en aller à l’Inter qui lui offrait un pont d’or. Il est décédé à l’âge de trente ans, il n’avait plus que quelques saisons à disputer et voulait concrétiser un maximum.

Cette génération, plus que n’importe quelle autre, a été capable de transcender les rivalités, pourquoi ?
Car elle a évolué dans un contexte historique particulier. Quand une équipe gagne partout sur le territoire et qu’elle représente jusqu’à dix 11es de la Nazionale, il est évident qu’elle devient l’emblème d’une nation sortie meurtrie de la guerre et en quête de rachat. Le Grande Torino incarnait une référence morale, le désir des Italiens de revivre et d’être protagonistes. C’était le cas pour d’autres sportifs, le discobole Consolini, médaillé d’or aux J.O de 48, le skieur Zeno-Colò ou encore les cyclistes Coppi et Bartali.

« Les équipes rivales ont tenté de démembrer le Toro, heureusement, ses joueurs se rendaient bien compte que le départ d’un seul élément pouvait enrayer la machine... »

Comment les adversaires ont-ils tenté de contraster cette suprématie ?
Ils ont tout essayé ! À l’époque, les frontières étaient fermées, et les grandes équipes qui rongeaient leur frein ont insisté auprès de la Fédération pour leur réouverture en 1947. La Juve a par exemple recruté le Hongrois Kincses et le Tchèque Arpas et après les JO de 48, il y a eu la mode des Scandinaves, notamment les Danois et Suèdois, mais sans effet immédiat. De son côté, le Grande Torino s’est ouvert aux étrangers lors de sa dernière saison avec deux Italo-Français, Grava et Bongiorni, mais aussi le Tchèque Schubert. Toutefois, le précurseur fut le Roumain Fabian qui joua quelques matchs en remplaçant de mon père suspendu pour plusieurs mois. Un bon joueur qui a aussi évolué à la Lucchese, mais ce fut l’exception. Enfin, les équipes rivales ont tenté de démembrer le Toro, heureusement, ses joueurs se rendaient bien compte que le départ d’un seul élément pouvait enrayer la machine, c’est pour cela que Mazzola recevait des doubles primes pour rester.

Peut-on affirmer que cette équipe était sur la pente descendante avant sa disparition ?
Le temps compte pour tout le monde, arrivé un moment, il y aurait eu un passage de témoin. Un sixième Scudetto consécutif aurait été possible en maintenant cet effectif, mais ça aurait été compliqué ensuite, car la Juve et le Milan s’étaient vraiment renforcés. Néanmoins, le ratissage des meilleurs espoirs continuait, des jeunes avaient été transférés, comme Danilo Martelli remplaçant idéal de Grezar, un des plus anciens qui comptait finir sa carrière dans sa Trieste natale. Il y avait aussi Rubens Fadini dont tout le monde parlait en bien et possible successeur de Mazzola. Un athlète extraordinaire, un typique gaucher talentueux qui a eu le temps de disputer dix rencontres.

On se demande aussi souvent si la Nazionale made in Torino aurait permis une historique passe de trois titres Mondiaux en 1950…
Personnellement, j’en doute, la compétition se disputait au Brésil dans un environnement très différent. Le Toro y était allé faire une tournée en 1948, quatre matchs, des bonnes prestations, mais sans écraser l’adversaire, bien au contraire, puisque le bilan fut d’une victoire, deux nuls et un revers. En fait, plusieurs éléments n’avaient pas le même rendement en sélection qu’en club, c’est le cas de Mazzola, jamais vraiment transcendant avec le maillot azzurro. Et de toute façon, il n’y aurait pas eu ces fameux dix joueurs « granata » , la Nazionale était dirigée par une commission technique composée de trois personnes dont Ferruccio Novo toujours président du Torino. Un statut qui le conditionnait, puisque, pour éviter de se mettre à dos l’opinion publique, il se forçait à convoquer des éléments d’autres clubs. On aurait donc surtout eu une mosaïque, et l’effet bloc-équipe aurait été inexistant.



Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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Peñarol mi Amor Niveau : Ligue 1
"Et surtout parce qu'il reconnaissait effectivement que ces joueurs n’avaient pas besoin d’un entraîneur, mais plutôt d’un préparateur physique afin de les maintenir en forme et de les suivre dans leur alimentation."

Tiens, tiens,c'est exactement la définition que j'ai d'un entraîneur de foot...
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