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Oscar Cox, le pionnier du football brésilien

Il est l'homme que tout homme devrait remercier : Oscar Cox a introduit le football à Rio de Janeiro. Il y a exactement 113 ans, il fondait le Fluminense Foot-ball. Oscar qui ?

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Il y a des choses difficiles à visualiser dans la vie. L'étendue du cosmos en est une ; les plages de Rio sans joueurs de futebol en sont une autre. Et pourtant : il y a 120 ans, personne, dans la cité carioca, ne jouait au ballon. Pire, le jeu était tout simplement inconnu. Heureusement, ce qui paraît aujourd'hui inconcevable l'était également pour un jeune Anglo-Brésilien de 22 ans, le précurseur et visionnaire Oscar Alfredo Cox. Alors, le gaillard a retroussé ses manches, remonté ses chaussettes, et s'est employé à faire bondir les ballons à Rio. Une action rondement menée qui a permis d'assister, dimanche dernier, au retour de Ronaldinho dans son pays natal. Effet papillon et pas de samba.

Jeu de football et terrains de cricket


Avant d'en arriver au Maracanã, il a fallu se faire une place entre cricket et aviron, les sports rois au Brésil du début du XXe siècle (ainsi le Club de Regatas Botafogo fondé en 1894). S'il paraît compliqué d'établir un quelconque lien entre rames et dribbles, le cricket va, lui, servir de tremplin au football. Quand, en 1897, Oscar Cox revient au Brésil avec un ballon dans les bagages, il ne sait qu'en faire. Il y a bien quelques marins étrangers jouant dans le port, mais c'est forcément éphémère et ils repartent sans laisser le temps au jeune football d'essaimer. Sauf qu'Oscar, fils de l'Anglais George Emmanuel Cox et de la Carioca Minervina Dutra Cox, a le tempérament bâtisseur. Un trait de caractère familial, sans doute : le daron est à l'origine du Rio Cricket & Athletic Association de Niteroi en 1896. Le fiston va marcher dans les traces paternelles et s'associer au Rio Cricket Sud, autre club de la colonie anglaise, pour trouver joueurs et terrain. Et usera de ses relations pour organiser des matchs confidentiels contre les membres du club de Niteroi.

Le premier match officiel retenu par l'histoire de Rio se tient le 22 décembre 1901. Oscar Cox souhaite rendre la pratique du football autonome hors de la jeunesse anglaise et a l'idée d'organiser une partie entre les socios du Cricket Sud et des jeunes Brésiliens. L'événement est même annoncé par le Correio da Manha. Mais le succès reste relatif. Il est fait état, pour tout public, du père et de la sœur d'un joueur, de deux amis d'un autre, et de onze tennismen de passage au club ce jour-là. Qu'importe, le football est sur les rails.

Longue vie au roi !


Si Oscar Cox est visionnaire, il n'est pas le seul. Son alter ego à São Paulo s'appelle Charles Miller, il est fils d'employé des chemins de fer anglais et de mère brésilienne, et a commencé à développer un football paulista en 1894, à son retour d'études à Southampton. Deux trajectoires parfaitement parallèles, et pourtant Oscar Cox et Charles Miller vont se croiser. Quelques semaines avant ce désormais historique 22 décembre, le premier propose au second une rencontre sur ses terres. Challenge accepté, les joueurs de Rio s'en vont affronter ceux de São Paulo en deux matchs joués les 19 et 20 octobre 1901. Le hasard – ou déjà le fair-play ? – faisant bien les choses, les équipes se séparent sur deux scores nuls (2-2 et 0-0) et peuvent aller dîner ensemble, puis trinquer en l'honneur du président brésilien Campos Salles ou du roi Édouard VII.

Ces toasts sont révélateurs : le football n'est à l'époque pas du tout un sport populaire. Au contraire, il est pratiqué par la communauté anglaise devant des familles distinguées bien installées en tribunes. Il fallait les moyens, par exemple, pour payer le déplacement de Rio à São Paulo. De même qu'il fallait les relations pour s'introduire dans les cercles très exclusifs des clubs de cricket. Puis pour fonder le Fluminense FC le 21 juillet 1902 au 21 rue Marques de Abrantes, dans le distingué bairro Laranjeiras. Le fait que le Flu soit, à sa fondation, principalement composé de Brésiliens de souche ne doit pas induire en erreur. Car s'il est vrai que le Rio FC, premier club de la baie créé 9 jours plus tôt, était lui à dominante nettement anglaise, les membres du Fluminense restent issus de familles aristocratiques et formés « à l'anglaise » - sans que la Guinness ne soit impliquée.

Frère tricolore


Rapport de cause à effet ou non, Fluminense est invincible pendant ses premières années. Pour son premier match, Nense enfonce le rival du Rio FC 8-0, sur le terrain du Paysandu Cricket Club – il faudra attendre 1904 pour que Fluminense puisse aménager son terrain dans le chic Retiro de Guanabara. 1904 verra également Fluminense adopter ses couleurs définitives, des rayures bordeaux, vertes et blanches. Les désormais Tricolores sont ensuite à l'initiative, en 1906, du premier championnat de Rio. 7-0 pour le premier match de championnat contre Paysandu qui devrait peut-être retourner au cricket. Puis quatre titres sur les quatre premières éditions du campeonato carioca...

L'ami Oscar se retrouve donc auréolé de gloire ? Que nenni. Au contraire, il se fait plutôt discret. Éphémère premier président du 21 juillet 1902 au 15 décembre 1903, il a joué dans son club, un peu : quatre matchs amicaux sous sa présidence, cinq en championnat en 1906 et 1908. Pour deux titres de champion, un ratio intéressant. Mais c'est plutôt son frère, Edwin Horacio Cox, un excellent dribbleur, qui sera retenu comme le premier crack tricolore. Oscar ne cherche pas la lumière. Il rentre même en France, où il décède le 6 octobre 1931. Mais son cœur est resté au Brésil, et son corps l'y rejoint pour être inhumé au cimetière São João Batista. Il y est encore honoré chaque 21 juillet. On n'oublie pas un frère qui a dédié sa vie à la cause du ballon.

Par Éric Carpentier
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