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Opération survie en cours pour le Stade Malherbe

La rencontre qui oppose cet après-midi (14h) le SM Caen (18e) à l'AS Saint-Étienne (4e) aurait pu n'être qu'une formalité pour les Verts. Sauf que les hommes de Christophe Galtier devront pourtant redoubler de méfiance s'ils veulent revenir de Normandie indemnes : le Stade Malherbe est en mission. Promis à la relégation lors la trêve hivernale, les Caennais ont entrepris les grandes manœuvres pour sauver leur place en Ligue 1…

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Si Caennais et Stéphanois s'étaient affrontés il y a de cela quelques semaines, la rencontre aurait rapidement tourné à la boucherie : Malherbe aurait concédé deux pénos, récolté un carton rouge, Ricky van Wolfswinkel aurait doublé son maigre capital buts en L1, et personne n'aurait été surpris que l'addition soit salée. Parce que Malherbe revient des enfers. Après un début de saison en forme de conte de fées (2 victoires lors des 3 premiers matchs), l'aventure normande a rapidement viré au cauchemar. Une seule victoire en championnat entre la 4e et la 19e journée, une piteuse 19e défense du championnat de France, et une place de lanterne rouge que les Caennais n'ont finalement pas volée. Et puis il y a ce triste record européen de 11 penalties sifflés avant la trêve ( « il y a au moins un domaine où on est premiers... » , riait jaune Patrice Garande, qui avait perdu tout sens de l'humour lorsque ses ouailles ont concédé le 12e contre Reims). À mi-parcours, donc, les Caennais sont bons derniers, et pointent à 4 longueurs du premier non-relégable. Le genre de trucs dont on se remet rarement…

Et pourtant, voilà que les Normands redonnent signe de vie en ce début d'année 2015. Victorieux de Reims, sur un résultat plutôt flatteur au regard de la physionomie du match (4-1), puis de Rennes à l'extérieur, cette fois au terme d'un match plein et spectaculaire (1-4), Malherbe fait honneur à son nom de poète en enchaînant les quatrains. Promis au désastre il y a quelques semaines, le promu compte désormais la 4e meilleure attaque du championnat et s'est offert le luxe de l'espoir, en s'extirpant de la dernière place où il se trouvait écrasé comme un chewing-gum sous la semelle d'un championnat trop relevé pour lui. Grand habitué des trajectoires en forme de montagnes russes, le SM Caen se souvient qu'il pointait à une vulgaire 8e place après la première moitié de saison en L2, il y a un an. Et qu'il a décroché la timbale en fin de parcours…

Le trou normand


Pendant une bonne dizaine de rencontres, les Caennais ne se sont pas affolés... Si les résultats n'ont pas souvent été probants au tableau d'affichage, le contenu des rencontres (notamment lors des réceptions de Lille, Rennes ou Marseille, qui se sont toutes soldées par des défaites) laissait pourtant présager des lendemains plus heureux. Malherbe se montrait trop friable et manquait de réalisme comme n'importe quel promu qui se confronte à la réalité froide du plus haut niveau. Tout simplement.

Et puis la spirale est devenue gouffre. L'affaire des matchs nîmois supposément truqués a emporté le Stade Malherbe dans la tourmente, et a contraint le président Jean-François Fortin à prendre ses distances avec le club, pour une sombre histoire de caisses de pif déposées devant le vestiaire normand. Sur le terrain, dans le même temps, les prestations caennaises se désagrègent. La défense, déjà pointée du doigt, prend l'eau de toutes parts, et les manœuvres entreprises par Patrice Garande pour colmater les brèches restent vaines, à l'image de ces joueurs qui se succèdent en défense centrale aux côtés de Damien Da Silva – l'une des rares satisfactions caennaises. Enfin, les recrues censées apporter leur expérience de la Ligue 1 délivrent des performances irrégulières (Vercoutre), voire carrément décevantes (Féret, Raspentino). Les occasions de but se font rares, les contre-performances s'enchaînent, Malherbe en prend 5 à Guingamp, 3 contre Nice, 3 à Lyon… Des Caennais sans réaction encaissent 21 buts entre la 11e et la 19e journée, alors que leurs filets n'avaient tremblé que 11 fois avant cela.

La crise automnale a semble-t-il balayé comme un ouragan toute velléité de s'en sortir par le jeu, et toutes les valeurs de solidarité indispensables aux formations qui ne peuvent pas tout miser sur leur capital technique pour survivre. Le bloc-équipe se dissout match après match, la circulation de balle n'existe plus, et les phases offensives se résument à une multitude de centres imprécis vaguement balancés dans la surface adverse. Il devenait urgent pour le Stade Malherbe de se trouver une nouvelle ligne de conduite…

C'est dans la tête


Les deux victoires consécutives ont apporté un peu de sérénité au sein du groupe caennais. Et il en avait visiblement bien besoin… Xavier Gravelaine, qui a repris en main la destinée du club depuis le mois de novembre, quelques mois seulement après avoir été nommé à la direction de la communication, a édicté le plan de l'opération de survie déclenchée par le Stade Malherbe, au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue cette semaine : « On peut s'attendre à des départs… L'objectif, c'est le club, et pas les intérêts personnels des joueurs. Tout le monde doit s'y mettre. […] On a un objectif, et ceux qui ne sont pas capables de le remplir peuvent partir. »


Les déclarations de l'ancien consultant (et ancien joueur de la moitié des clubs de France) n'ont pas tardé à se confirmer dans les faits : Malherbe a obtenu le prêt d'Emiliano Sala (Bordeaux) et s'active pour signer Lossémy Karaboué (Nancy), tout en filant un bon de sortie à Mathieu Duhamel (meilleur buteur de L2 l'an passé et déjà auteur de 6 buts cette saison) et Florian Raspentino (arrivé au club il y a six mois et déjà en partance pour Dijon), visiblement plus en odeur de sainteté du côté de D'Ornano.
Autre nouveauté, l'intégration au staff d'un préparateur mental : « La préparation mentale, cela fait partie des nouvelles choses mises en place. Nous avons fait appel à quelqu'un pour nous aider à ressouder le groupe et à résoudre les problèmes lors du stage au Touquet notamment. On veut donner tous les outils au groupe pour trouver les solutions en terme de cohésion notamment. »

Plus le temps de rigoler. Le Stade Malherbe a donc choisi de valoriser l'état d'esprit, et de promouvoir les vertus de discipline et d'exemplarité chères à Patrice Garande, symbolisées par le retour dans le onze titulaire de l'inoxydable Nicolas Seube. Et tant pis si le club doit laisser sur le bord de la route quelques individualités qui jouent les fortes têtes : le but est de construire un groupe soudé et cohérent autour de garçons dévoués au collectif, à l'image du prodige Ngolo Kanté. Saint-Étienne, qui reste sur deux matchs sans victoire en Ligue 1, une élimination en Coupe de la Ligue, et une qualification laborieuse en Coupe de France, doit donc se méfier du réveil normand. Ou alors, peut-être, n'était-ce qu'un sursaut d'orgueil ?

Par Julien Mahieu
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