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  2. // Roma/Napoli

On s'est tant aimés

Autrefois, la Roma et le Napoli s'adoraient, à tel point que les deux clubs étaient jumelés. Ce soir, les supporters du Napoli auront interdiction formelle de pénétrer dans le Stadio Olimpico. De l'amour à la haine.

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Lorsque ce soir, monsieur Bergonzi sifflera le coup d'envoi du match entre l'AS Roma et la apoli, on n'entendra guère le chant des supporters napolitains. Sauf ceux des quelques irréductibles qui se seront maquillés de giallorosso pour passer les contrôles. Mais leurs quelques voix se perdront dans la chaude atmosphère du stadio Olimpico. Car ce soir, la Roma joue gros. Terrassée par l'Inter la semaine dernière, au terme d'un match splendide (5-3), la Louve n'a plus droit à l'erreur si elle veut encore garder un espoir d'aller jouer le titre. Et le calendrier est généreux. Pour la relancer, il offre un bon vieux match face au rival napolitain, en pleine bourre depuis le début de l'année 2011. Royal, malgré les absences conjuguées de Mexès et Burdisso en défense, qui vont contraindre Ranieri à composer une charnière centrale avec les moyens du bord. De plus, en face, il y aura le diable Cavani, actuel meilleur buteur du championnat. Un Napoli deuxième, une Roma septième (mais avec un match en retard) : cela faisait bien longtemps que les deux équipes ne s'étaient pas affrontées à un tel niveau. Peut-être même depuis les années 80, les années où leur histoire d'amour se termina en eau de boudin.

Années 80 donc. L'Italie Championne du Monde, les coup-francs de Platini, les slaloms de Maradona, le but non-validé à Turone : le football italien est à son zénith. Francesco Totti vient d'avoir 6 ans, sa maman lui a certainement déjà offert un mini-maillot rouge et jaune de Pruzzo ou Conti. Car cette Roma-là, celle du début des années 80, fait rêver les foules. Pour la simple et bonne raison qu'après trente ans de domination totale des Milanaises et des Turinoises, une équipe du sud s'impose enfin en patronne. La Roma qui défie la Juventus : cette bataille sportive ne pouvait pas se passer sans le Napoli, qui choisit rapidement son camp. A deux, on est toujours plus forts. D'un commun accord, les supporters de la Roma et du Napoli décident d'entamer un jumelage. L'alliance du Sud. Avec l'arrivée de Maradona à Naples lors de l'été 1984, chaque rencontre entre les deux clubs devient alors un spectacle pyrotechnique. Aussi bien sur la pelouse que dans les gradins. Les Napolitains remportent à leur tour le Scudetto (1986-87). Et là, les problèmes commencent.

Car la même saison, Gennaro Montuori, le chef des Ultras du Napoli (surnommé Palummela), décide de donner un coup de main aux supporters de la Lazio. Venus encouragés leur équipe à Naples pour un match de barrage pour ne pas descendre en Troisième Division, ceux-ci sont pris en main par Palummela, qui les installe dans le stade et leur fournit banderoles et bannières. La Lazio remporte le barrage face à Campobasso et se sauve. Les supporters giallorossi considèrent le geste du chef des ultras napolitains comme une trahison de leur alliance. Du coup, lorsque la Roma et le Napoli se retrouvent, le 25 octobre 1987, l'ambiance est tendue. La rencontre est âpre, les gestes d'amitié ont disparu. Le Napoli termine à neuf et arrache le match nul (1-1) dans les dernières minutes. Dans un instant d'euphorie (de folie), Salvatore Bagni, défenseur du Napoli, part fêter ça sous le virage romain et gratifie les supporters adverses d'un joli bras d'honneur. "Le geste du parapluie", comme on dit en italien. Il faudra expliquer la métaphore. Car ce parapluie-là n'aura pas empêché les insultes et les coups entre supporters de pleuvoir. Fin du jumelage.

A partir de là, les deux équipes commencent ouvertement à se détester. Dès le début des années 90, chaque retrouvailles provoque heurts et échauffourées. Le Milan AC et la Juventus reprennent leur sceptre, laissant l'ancienne alliance du Sud s'entretuer. Sans limite. Un lapin vivant et des bouteilles de pisse sont jetés sur le filet de protection des supporters de la Roma lors d'un match au San Paolo, tandis qu'une guérilla urbaine explose le 10 juin 2001, faisant plus de soixante-dix blessés. Le "derby du soleil" est devenu le derby de l'orage. Ou le derby de l'insanité

Ce soir, il n'y aura pas d'incidents, car pas de supporters adverses, comme c'était déjà le cas au match aller. Pourtant, l'enjeu est de taille. Un aller-simple vers le Scudetto est à la clef. Un billet pour la Ligue des Champions aussi, d'ailleurs. Ce sera Cavani contre Borriello, le Napolitain de naissance. De Rossi contre Cannavaro. Ranieri contre Mazzarri. Que du beau monde, que du spectacle sur la pelouse. Oui, ça aurait pu être une vraie fête, à l'ancienne, comme dans les années 80. Si tout le monde avait été invité.



Eric Maggiori





L'époque où 20.000 napolitains envahissaient le Stadio Olimpico (1986-87)





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J'étais présent hier au stadio olimpico et il y avait un parcage napolitain d'environ 3000 personnes ...
Les napolitains à l'Olimpico etais environ 7000 malgré tout et tous !
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