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« On peut s'interroger sur l'attitude de Drogba »

Recordman des participations à une CAN (7), l'ex-portier Alain Gouamené est une voix qui porte en Côte d'Ivoire. Lundi, il dirigera les Éléphanteaux à Guadalajara, pour leur entrée en lice dans la Coupe du Monde U-17 face à l'Australie. Il nous présente sa sélection et livre son analyse sur les échecs répétés de Drogba et consorts.

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Pourriez-vous nous présenter votre sélection ?


Mes jeunes viennent des centres de formation de Côte d'Ivoire pour la plupart. Nous venons toutefois de prendre cinq joueurs qui évoluent en France. On pense qu'ils peuvent nous apporter quelque chose, même s'ils viennent tout juste d'intégrer la sélection On a aussi un joueur de Sienne, et deux autres sont formés au Sénégal, au sein de l'Académie qatarie « Aspire » . Je mise sur la continuité. D'ailleurs ceux qui étaient avec moi en 2006-2007 m'ont suivi jusqu'à la sélection olympique que je dirige également.

Parmi les formés en Côte d'Ivoire, y'a t-il des représentants de l'ASEC Mimosa d'où étaient sortis Kolo Touré, Yaya Touré, Dindane, Zokora, ou Gervinho, entre autres ?


Non. Jean-Marc Guillou, qui a été mon premier manager, a connu des problèmes avec les dirigeants de l'ASEC. Résultat : aujourd'hui on a aucun joueur qui vient de l'ASEC. Toutefois, il faut bien comprendre que l'important, ce n'était pas leur formation en Côte d'Ivoire mais le fait que Jean-Marc Guillou, avec son esprit visionnaire, avait acheté des parts à Beveren, en Belgique, pour les faire débuter dans le monde professionnel en Europe.

Quelle est l'ambition de la Côte d'Ivoire pour cette Coupe du Monde?


La mission c'est toujours de gagner. En tout cas, on se doit de passer le premier tour. Une bonne prestation montrerait qu'on est dans le droit chemin. Il ne faut pas oublier non plus qu'on sort d'une guerre, mais la Fédération a vraiment fait des efforts comme le ministère des sports pour que l'on soit le plus compétitif possible. On vient d'enchaîner deux semaines de stage en France puis à Mexico. Quand on se fait payer un mois de stage pour une délégation de 40 personnes, on se doit de donner du bonheur à son peuple.

En quoi, la guerre a-t-elle eu un impact sur la préparation des Éléphanteaux ?


Pendant trois mois, de février à avril, il n'y a pas eu d'entraînements. De l'extérieur on ne se rend peut-être pas trop compte, mais Abidjan était une ville morte. Ca a été terrible. Déjà à partir du moment où le pays avait deux présidents, on a commencé à pâtir de ce contexte. Quand on est parti à la CAN en décembre, on n'a pu disposer des moyens habituels.

Vous avez également travaillé avec les Eléphants en tant qu'entraîneur des gardiens des Éléphants. Selon vous, pourquoi la Côte d'Ivoire ne confirme pas les espoirs placés en elle ?


Beaucoup de paramètres rentrent en jeu. Mais il faut parler clairement : il existe des querelles d'égo. D'un côté il y a le groupe qui a été formé par Jean-Marc Guillou, qui a vécu ensemble, et à qui l'on dit de jouer pour Didier Drogba. Un groupe contrarié par l'impact médiatique du joueur de Chelsea. On peut aussi s'interroger sur l'attitude de Drogba envers eux. Mais mon propos n'est pas d'accuser les uns ou les autres, il faut simplement trouver les moyens de les faire s'entendre, de créer une osmose. D'ailleurs, peut-être que 2012 sera la bonne, car quand on est en fin de cycle, on n'a pas le choix. Ce sera leur dernière ensemble.

Comment procéder pour régler ces problèmes d'égo ?


Il faut sentir les joueurs. Une phrase, même méchante, peut les aider à se reprendre en main. Le footballeur actuel ne respecte que celui qui a joué avant et gagné. Moi, j'ai gagné la CAN en 1992, alors ils acceptent de m'écouter. Les Kolo Touré, Aruna, Eboué, ce sont des enfants très respectueux, mais ce sont des enfants. Chez eux, ce sont des chefs de famille, mais en sélection ce sont des gamins. Alors, il faut les traiter comme des gamins, pas comme s'ils connaissaient les limites à ne pas franchir. Et si je me permets de dire cela, c'est que moi aussi dès que je quittais la maison pour retrouver la sélection, je redevenais un gamin. Il y a une phrase que j'aime bien dire à Didier Drogba c'est « tu parles, tu parles, mais tu n'as rien gagné avec les Elephants » . Et ça le motive. On a dit que je parlais mal aux joueurs, mais quand je leur dis que j'ai gagné la Coupe d'Afrique, leur réaction ce n'est pas d'entrer en conflit avec moi, plutôt de se dire « faut qu'on la gagne nous aussi » .

En 2006, la Côte d'Ivoire a toutefois été toute proche de toucher au but ...


Et ce n'est sans doute pas un hasard, car lors de cette CAN on avait essayé de régler les problèmes de personne. Par expérience, j'ai senti qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. J'ai demandé au président de la Fédé d'organiser une réunion. Une fois dans la suite du président, j'ai demandé à chaque joueur quel était le problème. Tous ont parlé mais leurs réponses respiraient l'hypocrisie. Alors, j'ai pris une bouteille d'eau, je l'ai versée à l'entrée de la porte et j'ai dit « celui qui n'a pas menti, n'a qu'à traverser et sortir » . Tout le monde est resté dans la suite et finalement on a parlé franchement et réglé le problème ce jour-là. Je ne dis pas que c'est cette réunion qui nous a emmené en finale, mais au moins on avait apaisé le climat.

La Côte d'ivoire n'a t-elle pas aussi été malchanceuse en tombant sur des groupes de la mort lors des Coupe du Monde 2006 et 2010 ?


Jouer des équipes comme l'Argentine, la Hollande, le Brésil ou le Portugal, ça n'aide évidemment pas. Mais si l'on analyse notre participation en 2010, Drogba ne joue pas le premier match et tout se passe bien (ndlr : 0-0 contre le Portugal), et dès qu'il arrive l'équipe n'est plus la même. Faut traiter ce problème de personnes, mais tant qu'on refusera d'aller au fond des choses, la Côte d'Ivoire ne gagnera rien.

Propos recueillis par Thomas Goubin, à Guadalajara

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