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  3. // Espérance Tunis/Casablanca

On était dans un bar tunisien pour la finale

Ce samedi soir aux alentours de 20h, l’Espérance Tunis décrochait la deuxième Ligue des champions africaine de son Histoire en battant le Wydad Casablanca (1-0). On aurait pu décrire le tifo géant de ses supporters depuis le stade de Radès, mais on a préféré aller suivre ça dans un bar tunisien de la rue des Couronnes, à Paris. Il y avait presque autant de monde.

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Les Parisiens allergiques au mauvais streaming qui voulaient quand même voir la finale retour de la Ligue des champions africaine entre l’Espérance Tunis et le Wydad Casablanca n’avaient qu’à retenir le bon chemin. Zigzaguer au milieu des étales du marché sauvage entre les stations de métro Ménilmontant et Couronnes, remonter la rue du même nom et choisir l’un des deux bars diffusant la rencontre. Le Sultan, d’abord. Vitrine opaque, plein à craquer à une demi-heure du coup d’envoi, il n’était pas forcément le plus indiqué, surtout après avoir entendu le patron expliquer qu’il ne laisserait pas les portes ouvertes pendant le match pour éviter les problèmes avec la maréchaussée. Il finira par le faire devant la pression populaire mais la crainte de l’asphyxie était trop forte.

Du coup, direction le El Jezira, un peu plus haut, tout aussi blindé mais où l’on peut apercevoir un bout d’écran du trottoir. Les deux rades sont largement acquis à la cause espérantiste, ce qui n’empêche pas un mec de beugler « allez le WAC » en passant devant dans une voiture immatriculée à Munich. Il faut dire que la relation entre les deux clubs est assez particulière cette saison. Alors que l’EST attaquait avec un statut de favori lié à sa finale de Ligue des champions l’année dernière et à son doublé coupe-championnat cette année, les Tunisiens n’ont pas réussi à faire mieux que trois matchs nuls en poule (2-2, 0-0) et au match aller de cette finale, au Maroc (0-0). Plus étrange encore, l’Espérance est indirectement responsable de la présence du Wydad en finale de C1. Alors que les Casablancais avaient été sortis par le Tout Puissant Mazembe, double champion d’Afrique en titre, en huitièmes de finale, les dirigeants tunisiens ont en effet décidé de se venger de leur défaite en finale la saison dernière (avec un humiliant 5-0 à l’aller) en posant une réclamation après l’utilisation par les Congolais d’un joueur « volé » à l’EST entre temps. Résultat : Mazembe exclu, le WAC réintégré.

«  C’est un tir R2 »

Un peu plus tard, l’Espérance a même permis au Wydad de sortir in extremis de la phase de groupes en allant faire match nul sur le terrain des Egyptiens d’Al Ahly (1-1) pendant que les Marocains se faisaient corriger par le Mouloudia Alger (3-1). Les Sang et Or tunisiens sont donc toujours favoris mais au El Jazira, ils savent aussi qu’un petit but de leur adversaire au stade de Radès leur compliquerait grandement la tâche. Dès le début de la rencontre, les effluves de chicha viennent chatouiller les narines des fumeurs de roulées restés à l’extérieur, et les mégots s’écrasent à la chaine tant la nervosité se fait palpable. « Serm Ommok  » , « Zokk Ommok » , «  Zabbour Ommok  » , les Tunisiens ont trois expressions pour dire « la chatte à sa mère » et ils les utilisent toutes. Heureusement pour la bienséance, vient la 22e minute. Récupérant un ballon sur la droite, le Ghanéen Harrison Afful repique au centre et envoie une superbe frappe enroulée du gauche dans la lucarne. «  C’est un tir R2 » , clame un fan de PES. « Ronaldinho va voir ça, il va essayer de faire pareil » , lâche un autre, après que les deux se soient sautés dans les bras.

Après les premiers chants repris en chœur, la deuxième explosion de joie intervient juste avant la mi-temps. Alors que le jeu est déjà haché par les fautes et que le quatrième arbitre a indiqué 3 minutes de temps additionnel, le Wydadi Mourad Lemssen décide de faucher Yannick N’Djeng en plein vol alors qu’il n’a pas le ballon. Moment de flottement, mais M. Doué Noumandiez finit par expulser le fautif. Devant le Sultan, un début de baston déborde sur la route avant qu’on ne sépare les belligérants. Apparemment, il y a quand même quelques supporters du WAC. Et ceux-ci ne perdent toujours pas espoir en deuxième période, puisque malgré la domination espérantiste, un but leur offrirait la victoire. Ils commencent à le perdre en même temps qu’approche la fin de la rencontre et lorsqu’apparaît à l’écran le trophée de la compétition, les supporters tunisois y croient de plus en plus : « il est pour nous celui-là. Inch Allah » .

Fumigènes, fusées et explosions

Et il est effectivement pour eux. Dès le coup de sifflet final, les ultras se déversent hors des deux cafés et craquent une dizaine de fumigènes en pleine rue avant de grimper sur des containers de chantier et sur une camionnette blanche stationnée au mauvais endroit, au mauvais moment. Les portables sortent des poches pour immortaliser l’instant et l’autre club de Tunis, le Club Africain, prend cher dans les chants, sur le mode «  celle-là, vous ne l’aurez jamais » . On a maintenant l’impression que c’est le contenu d’un stade qui se dirige, toujours en s’époumonant et en agitant les drapeaux sang et or, vers Belleville. Sur le terre-plein au milieu de la route, ce sont des fusées qui sont tirées, dont certaines rebondissent contre les immeubles avant de s’éteindre. Le moment où de plus grosses explosions retentissent au milieu de la foule est celui choisi par les moins hardcores des fans de l’Espérance pour tirer leur révérence. Les autres y sont peut-être encore, à moins qu’ils aient été évacués par les CRS restés en retrait pendant toute la célébration.

Pour les amateurs de duels maroco-tunisiens qui n’en auraient pas eu assez cette fois-ci, des séances de rattrapages sont bientôt prévues. Les 19 novembre et 4 décembre, d’abord, pour la finale en aller-retour de la Coupe de la Confédération (C3 africaine) entre le Club Africain de Tunis et le Moghreb de Fès. Mais surtout pendant la Coupe d’Afrique des nations, le 23 janvier, lorsque les deux sélections, tirées au sort dans la même poule, s’affronteront à Libreville comme au Sultan et au El Jazira. Si vous habitez dans le coin et que vous n’aimez pas les fumigènes, mettez-vous au vert ce jour-là.

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Thomas Pitrel et Ali Farhat, au métro Couronnes
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