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On était dans le Chaudron du Haut-Doubs pour Pontarlier-Caen

A la frontière suisse, dans le Haut-Doubs, Pontarlier, équipe de CFA2, recevait Caen dans son « Chaudron » pour les 32e de finale de la Coupe de France. L'occasion d'aller s'enliser dans la gadoue, de s'abreuver de vin chaud et de s'imprégner de l'accent local. Avec de la pluie, des cloches, beaucoup de buvettes et un poète suisse pour mettre l'ambiance.

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Les voitures s'entassent sur les trottoirs. Au loin, on peut entendre les enceintes du stade Paul Robbe, « le Chaudron du Haut-Doubs » , cracher l'hymne de l'aviron bayonnais, la peña baiona. Ou plutôt son remix. Sa version locale. « Ici, ici, c'est Pontarlier » , crie le kop du CAP (Club Athlétique Pontarlier), cinq jeunes avec les écharpes du club calés à côté des bancs de touche. L'enceinte de cette solide équipe de CFA2 est dotée d'une tribune de 200 places et de 2800 debout, autour de la rambarde. Toutes se sont vendues en un rien de temps. Battu dans les arrêts de jeu au même stade de la compétition il y un an par Sedan, Pontarlier rêve à nouveau de créer la surprise. « La Coupe a parfois ses raisons que la raison ne connaît pas » , précise le tract de présentation du match distribué à l'entrée.

Pom-pom, cloches, douche froide et vin chaud

A cette époque de l'année, la deuxième ville la plus haute de France (800m) est habituée à la neige et aux matchs reportés. A l'entrée de Pontarlier, une immense affiche rappelle que plus qu'Edgar Faure ou Micka Isabey, cette ville est avant tout celle de Vincent Defrasne. Mais en ce samedi de Coupe de France, ce sera seulement pluie et brouillard. Les Pontissaliens s'amassent tout autour du stade, derrière les panneaux-sponsors de la FFF. Sur un mur du complexe, le club se félicite de son partenariat avec l'ASSE. A la sortie du tunnel qui mène aux vestiaires, huit membres de l'équipe féminine attendent les joueurs avec pompons et haie d'honneur. Comme à la Bombonera, mais sans les strings. Dans la tribune, une banderole « Allez les Bleus » et un petit tifo accueillent les 22 acteurs. Les cloches sonnent. La fête peut commencer.

Face à Nicolas Seube et ses copains, le CAP se présente avec un petit gardien, un défenseur central au ventre imposant, un sosie de Kim Kallstrom à la récupération, un 10 poids plume et - quand même- un très bon numéro 9. Jean-Luc Courtet, l’entraîneur local, ancien attaquant de l'AJA, avait insisté sur l'importance de ne pas être mené au score rapidement. 6e minute, ouverture du score de Ngolo Kanté pour le Stade Malherbe. Bon. « C'est la douche froide » , ironise un supporter, alors que la pluie ne cesse de tomber. Mais les amateurs ne s'effondrent pas. Au contraire, ils se rebiffent, envoient centre sur centre dans la boite et emmerdent sacrément la défense normande. Il faut quand même deux miracles, un poteau et un sauvetage in extremis du dos, pour que la bande à Garande et Caveglia ne fasse pas le break. Sous la tribune, le match intéresse moins que la bière à 2 euros de la buvette. Les faces d'une dizaine de bonhommes en survêt du club rougissent au fur et à mesure que la partie avance, et l'accent local se fait sentir. « Mais c'est oùùù Caen d'abôrd ? » , chambre-t-on.

« Le Suisse » , Jen-Fi « le grand con  » et le « pousse-caillou »

A la mi-temps, l'optimisme reste de mise. Pontarlier a presque fait jeu égal avec son adversaire, le tout sans balancer systématiquement. En plus de celle située sous la tribune, on compte quatre buvettes-chapiteau autour du stade. De quoi se réchauffer au vin chaud. La pluie repart de plus belle, et dès la reprise, les Pontissaliens craquent à nouveau. Un coup franc de Fajr mal négocié par le gardien. Dans un coin du stade, une petite dizaine de supporters caennais exulte. Ces Normands ont dépensé 200 euros chacun pour venir encourager les leurs de l'autre côté de la France, « mais c'est l'alcool qui a pesé le plus dans le budget » . Pour les joueurs du CAP, c'est le coup de massue. Les jambes sont coupées, ce qui permet aux Caennais de maîtriser enfin les débats. L'occasion pour les supporters d’enchaîner les vins chauds autour du stade, et de venir se caler dans la gadoue au milieu d'un petit groupe particulièrement trempé, dans tous les sens du terme.

Jean-Fi, surnommé « le grand con  » , commence à se prendre la tête avec un joueur à l'échauffement, qu'il n'hésite pas à traiter de « pousse-caillou » . « Je vais t'apprendre à t'échauffer moi tu vas voir! » Mais celui qui débite le plus de conneries est bel et bien « le Suisse » , un petit trapu à la coupe au gel qui a fait une vingtaine de kilomètres pour venir assister à la rencontre. Ou plutôt, pour venir boire des canons avec les copains. Situé aux portes de la frontière, Pontarlier est connu pour envoyer ses habitants travailler de l'autre côté, histoire de doubler ou tripler les salaires. Mais cette fois, c'est « le Suisse » qui a fait le trajet inverse. Un poète. « Et la Fraaance, on va vous baiser à la Coupe du Monde. Moi ce match-lààà, j'en ai rien à foutre. Qui reprend un verre ? »

L'hymne bayonnais remixé

Et pourtant, la rencontre reprend de l'intérêt à la 70e minute, quand le dénommé Letellier profite du vent et de la fébrilité du second portier caennais pour réduire le score d'un coup franc lointain. Les 3 000 supporters poussent, les Pontissaliens jettent leurs dernières forces dans la bataille, mais c'est trop tard. Sur un contre dans les arrêts de jeu, Caen fait le break et valide sa qualification grâce à un but de Nangis. A l'horizon, le soleil fait son apparition. Les supporters quittent les lieux, un peu déçus, un peu éméchés et complètement trempés. L'hymne copié aux Bayonnais retentit à nouveau. « Pour Pontarlier, de se battre avec tout son cœur, quel honneur. » La combativité n'aura pas suffi, pas plus que Jean-Fi.

Par Léo Ruiz, à Pontarlier
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Pascal Pierre Niveau : Loisir
Cet article est vachement mieux que "l'amour est dans le pré".

Promis, je fais un tour à la campagne en 2014 !
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