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On était avec 200 Polonais pour Pologne-Portugal

Jeudi soir, les Polonais ont été éliminés de la plus cruelle des manières par le Portugal. Plus de deux heures d'ascenseur émotionnel, pour les dizaines de Polonais réunis dans un même bar du 8e arrondissement de Paris.

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20 heures, au 5 rue de Berri, dans le 8e arrondissement de Paris, une rue perpendiculaire aux Champs-Élysées. Les portes s'ouvrent, prêtes à accueillir 200 supporters polonais. Depuis le début de l'Euro, c'est le rendez-vous des expatriés de Paris. À l'entrée, les barmans s'activent pour tout mettre en place. Des mecs bodybuildés qui font passer le videur pour un Playmobil. Au milieu de tout ça, Ellen donne ses ordres d'une main de maître. « Il faut commencer à sortir les bouteilles de whisky. Pas de Jack, les réserves de JB suffiront. Il y a déjà assez de bières et de vodka. » La salle est immense, les chaises rouges collent parfaitement au thème de la soirée. La dizaine d'écrans géants diffusent les images de l'échauffement, sauf un qui retransmet des clips polonais, avec des filles qui ont chaud et des hommes tout aussi costauds que ceux qui dressent la salle. Les premiers supporters arrivent en masse. Les pères de famille, qui ont troqué les biceps contre un généreux bidon, s'installent dans les grands canapés avec femmes et enfants, tandis que les plus jeunes restent à l'entrée, au comptoir. On commence à sortir les Zywiec, les Warta, les Tyskie et les Perla du frigo.

« Polska ! Polska ! »


Après un hymne polonais entonné à tue-tête qui a rassemblé tout le monde, le match peut enfin commencer. Au fond de la salle, Wieslaw (à prononcer « Vissouaf » car il a « toujours soif » ), 60 ans passés, Lewandowski floqué dans le dos, s'improvise meneur des chants polonais du fond de la salle. C'est la première fois de l'Euro qu'il vient ici. Il était au stade à Nice et au Stade de France. Et puis, son fils, un des barmans, l'a convaincu de venir mettre l'ambiance ce jeudi soir. Plombier dans la vie civile, il est pressé de pouvoir chambrer son patron portugais demain au travail. « Robert, c'est le numéro neuf qui met cinq buts en neuf minutes, il va nous donner la victoire » , assure-t-il. Deux minutes plus tard, Lewa lui donne raison et déclenche l'hystérie dans la salle. Les accolades sont viriles, les voix sont rauques, sauf celle d'Irena, à peine quatre ans qui hurle « Polska ! » avec son papa. Pendant trente minutes, c'est l'euphorie. « Fabiański na prezydenta ! » , hurle Wieslaw à la première prise de balle du gardien polonais. Ronaldo est moqué par toute la salle à chaque fois qu'il apparaît à l'écran. « Cristina » , qu'ils l'appellent. Le but de Renato Sanches finit par calmer tout le monde. Mais à la pause, les Polonais restent confiants. Agnieszka, qui a rencontré le vieux Wieslaw dans le métro avant de venir, est persuadée de la victoire sera au bout. Même si elle trouve le commentateur « insupportable, car il est pour les Portugais » . La deuxième mi-temps soporifique n'entame pas l'entrain des Polonais qui chantent de plus en plus fort, galvanisés aussi bien par la pression que par la boisson. Mariusz, le barman, s'est arrêté de débarrasser les canettes pour s'asseoir devant le match.

Entre fierté et désillusions


À la fin du temps réglementaire, seul Arnaud semble douter. Il faut dire qu'il a plus de recul. Il n'est pas vraiment polonais, c'est son grand-père qui l'est. « Je parle très peu la langue. J'aurais aimé que mon père me parle plus de mes racines, alors je suis venu ici seul, pour me retrouver avec mes origines. Je pense qu'on est encore en dessous du Portugal. Ça va être dur, mais il faut y croire » , explique-t-il pendant sa pause clope. Le match reprend. Les deux gaillards qui chantaient le plus fort sont face contre table, dévastés par la vodka et manquent toute la prolongation. Leur maillot est floqué du nom de Milik. De toute façon, l'ambiance n'est plus au chant, mais à la crispation. Jusqu'aux tirs au but, où tout le monde se remobilise pour donner de la voix. Mais c'est Irena qui domine toute le monde, avec sa petite voix stridente. Et puis Kuba manque son penalty et Quaresma met le sien. Plus un bruit, les larmes coulent, que ce soit sur les grosses mâchoires des hommes forts, ou sur les petites joues des têtes blondes. La salle se vide à une vitesse incroyable, pendant que certains se remettent à entonner des « Polska ! Polska ! » par fierté. « La seule chose qui pourra me consoler, c'est si Lewa vient au PSG. J'achèterai un abonnement à vie pour moi et toute ma famille » , conclut Wieslaw. Pendant cinq matchs, la communauté polonaise de Paris aura au moins eu le droit de privatiser un bar huppé des Champs-Élysées.

Par Kevin Charnay
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