1. // Décès
  2. // Funérailles de Jules François Bocandé

On était aux funérailles de Bocandé

Depuis lundi soir, le Sénégal célèbre les funérailles de son ancien attaquant international. Dans la liesse populaire, une cérémonie officielle s’est tenue au stade principal de Dakar. Avec le président de la République, Youssou N’dour et El-Hadji Diouf. On y était.

Modififié
259 5
Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Jules François Bocandé est donc entré au Panthéon sénégalais. Depuis l’annonce de son décès le 7 mai dernier à Metz, Tonton Boc fait la Une des journaux. Lundi soir, pour le retour de sa dépouille par le fret d’Air France, l’aéroport de Dakar fut pris d’assaut par la foule. « Le Sénégal aux pieds de Bocandé  » , titrait hier Le Quotidien, donnant le ton d’une journée de deuil national. C’est que le pays a mis la main à la poche pour l’occasion. Prise en charge du rapatriement et organisation des deux prochaines journées de funérailles... L’État a même proposé d’assister la famille Bocandé à l’avenir, avec toutes les zones d’ombre que cela entend.

Ancien joueur et entraîneur de l’équipe nationale, Bocandé est en voie de béatification dans son pays natal. Réécriture de l’Histoire et illusions rétrospectives, tous les moyens sont bons pour faire de l’homme aux dreadlocks un demi-dieu. Les superlatifs affluent pour un «  homme au destin exceptionnel, courageux et dévoué pour son pays » . Et ce n’est sûrement pas cette mort étrange et inexpliquée, à 53 ans, des suites d’une opération chirurgicale à Metz, qui donnera tort à la providence. L’histoire veut que Carlo Molinari ait trempé dans l’affaire : la vindicte populaire a de toute façon besoin de coupables tangibles (1). La légende est en marche.



Chapelle ardente

Du coup, c’est chapelle ardente à la cathédrale de Dakar et vénération publique tout au long de la journée. On ne plaisante pas avec le sacré. En transe, les griots redoublent d’incantations dans le cortège qui mène au stade Demba Diop, pour la cérémonie officielle, où attendent 10 000 personnes. Pleine à craquer, il règne dans l’enceinte une ambiance mystique, où se mélangent les maillots de l’OM et du PSG, hymnes de supporters et prédications religieuses, chants catholiques et prières musulmanes. Tout a été organisé pour l’événement, et le ministre des Sports a concocté un programme minuté : « La cérémonie a été pensée comme un match de football, et nous tenons absolument à respecter les horaires. Pour un match aussi important, il ne doit pas y avoir de temps additionnel. » Problème : la limousine présidentielle est bloquée par la foule. On ne transige pas avec les autorités, tant pis pour la ponctualité.

En attendant, un écran fait défiler les exploits du héros. Quelques buts en D3 belge au début des années 80, puis la consécration : un titre de meilleur buteur du championnat de France en 1986, 23 buts avec le FC Metz. C’est son seul palmarès, avec une Coupe du Sénégal en 1979. Mais c’était la bonne époque, il participe à l’épopée européenne du club messin, qui élimine le Barça au Camp Nou. Il poursuivra à Nice et à Lens, 29 buts en 5 saisons, avant de terminer sa carrière à Alost. C’est en Belgique. Au loin, d’ailleurs, on affiche un drapeau du PSG pour rappeler que le Boc’ a joué une saison dans la capitale, en 86-87 pour 5 petits buts.



«  On lui doit beaucoup »

Dans les tribunes, Mustapha a sorti la photo grand format de Bocandé. Et acheté 10 paquets de mouchoirs, pour 100 francs CFA, afin de sécher ses larmes. Quand même, c’est pas un peu beaucoup pour un mec qui a planté 20 buts en sélection et qui n’a pas été plus loin qu’une demi-finale de CAN en 90 ? « Tonton Boc, c’était l’âme des Lions de Téranga. Un vrai patriote, fier et combattant. Une fois, son club en Europe n’avait pas voulu le libérer, alors il a donné un coup de poing à l’arbitre, comme ça il a été suspendu et il a pu venir jouer pour le Sénégal. On lui doit beaucoup. » L’histoire oublie de dire que Bocandé avait été suspendu à vie dans le championnat sénégalais, pour y avoir également frappé un arbitre. La rédemption post-mortem, sûrement.



Macky Sall, le nouveau président sénégalais, a finalement pris place parmi la cohorte de ses gardes du corps, accompagné de son ministre de la Culture, Youssou N’dour. Un arbitre fictif donne le coup d’envoi. Pendant que le corbillard fait un tour de terrain, le Malraux sénégalais entame son oraison funèbre : « Jules-François, voici désormais le plus beau match de ta vie. Entre ici, à l’horizontale pour la première fois sur un terrain. » Puis le cardinal de Dakar récite la Bible, avant que la chorale de l’Église des martyrs d’Ouganda ne rythme le cérémonial de ses mélopées enivrées. S’ensuit la longue litanie des discours, tout le monde y a droit : le premier coach, le fondateur du comité des supporters, le maire du village natal, le président de la Fédération, le beau-frère…

El-Hadji Diouf fait le déplacement

Soudain, une clameur emplit le stade. La crête blonde taillée à la perfection, El-Hadji Diouf fait son apparition sur le terrain. A chacun son Judas. Tout le monde tend son appareil photo pendant que la star daigne saluer la foule. En pleurs à côté de lui, Fadiga prend le micro et rend un vibrant hommage au nom de la génération 2002 : « Je sais que si tout le Sénégal avait pu être présent aujourd’hui, tout le Sénégal aurait été présent.  » Derrière ses lunettes Ray-Ban et son portable, on devine un El-Hadji grave et reconnaissant. Le moment est grave, et le chef de l’État conclut les prolongations d’une cérémonie qui aura finalement duré plus de 2 heures. El-Hadji, lui, n’attend pas la fin du discours présidentiel ; un bain de foule l’attend avec son Hummer jaune à toit ouvert. Coup de sifflet, fin du match. Demain, les obsèques se poursuivront en Casamance, la région d’origine de Tonton Boc. Une autre procession funèbre est organisée, avec « un panel sur la vie et l’œuvre de feu Bocandé  » . A la sortie du stade, Mustapha s’interroge : «  C’est comme si Zidane mourait. Ce serait pareil, nan ? »



(1) Bien entendu, So Foot n'appuie pas cette théorie. D'ailleurs, selon nos sources, Carlo Molinari aurait été très proche de Jules Bocandé tout au long de sa maladie, lui apportant un soutien sans faille.

Barnabé Binctin, à Dakar
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Je vis à Dakar depuis octobre 2010 et il aura fallu qu'il meure pour que je connaisse l'existence même de monsieur. J'avais jamais entendu son nom !!!

Mais là, depuis l'annonce de son décès (rip), il est devenu un symbole de la nation.
Pas lu l'article encore, juste une question de temps. Mais Bocandé, ça m'évoque les premiers noms que j'entendais à satiété lorsqu'il se parlait de foot à la télé au début des années 1980, tout petit que j'étais. Le choc il est là, putain*, le temps qu'il a passé depuis... Mais bon, 53 ans, merde* aussi quoi.
PaysanSansVaches Eindhoven Niveau : District
J'avais vaguement entendu son nom quand il était joueur (un peu comme si on me rappelait le nom de Diakhité en 2029) mais mourir aussi jeune, c'est moche. Quant aux récupérations politiques, no comment ...

Requiescat In Pace

Par contre les couleurs rouge et bleu, ce ne sont pas celles du PSG mais celles de NGB, un club local qui évolue dans ce stade ! Rectification*
Godfather Niveau : CFA
En tant que régional "de l'étape", je me permets de réagir pour la 1ère fois à un article Sofoot. Je trouve que cet article est absolument révoltant truffés d'erreurs grossières ( cette image soit disant maillot du PSG alors que c'est plutôt à la gloire du club local Niary Tally passons... ) et clichés grotesques histoire de colorier un peu la vérité pour coller "au folkolorique" que vous aimez tant coller aux cultures africaines. Faire passer le déplacement du Président Sall et à l'aide de l'Etat pour sa famille pour une récupération politique montre un manque de respect et une méconnaissance totale de la culture sénégalaise. Aucun footballeur sénégalais de toute l'histoire footballistique histoire n'a fait autant de sacrifices que Jules Bocandé pour son pays. Ce type est allé jusqu'à mettre sa propre carrière en péril pour jouer des matchs éliminatoires contre le Zimbabwe ou le Kenya. Ne parlons même pas des sacrifices financiers avec les déplacements de sa poche et l'aide financier qu'il faisait à ses propres coéquipiers locaux qui n'avait pas la chance d'un contrat en Europe (la fédé corrompue étant incapable d'assumer). Pour finir personne n'a oublié le coup de crampon que Jules avait asséné à un arbitre à l'age de 22 ans suivie de sa suspension à vie mais c'est jsute que je ne vois pas l'opportinuté le jour de ses funérailles de rappeler ce fait de jeunesse dont il s'est excusé maintes fois d'avoir péter les plombs, arbitre pour l'anecdocte était mon surveillant général au collège cathédrale (big up) lol...
PS: Zedgil, que je sache Raymond Kopa ou just Fontaine sont des légendes du foot français et je n'ai pas l'impression d'entendre parler d'eux en longueur d'année en France. Et pourtant le jour de leur décès (j'espère le plus tard possible) ils auront droit eux aussi à leur funéraille nationale comme il se doit !!! C'est pas parce qu'on en entend pas parler toute l'année qu'il ne mérite pas une hommage national...
Assidu lecteur mais je ne pouvais pas me retenir de balancer mon 1er com sur ce pavé d'inepties bourrés de clichés aussi grotesques que faux !!!
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
259 5