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On était au Vicente-Calderón pour Espagne-France

Il y avait de l’ambiance, du beau monde, des rebondissements, un dénouement inespéré, des maillots jaune et rouge, et beaucoup de Français hier soir au Vicente-Calderón. Et So Foot, évidemment.

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Peu après 23 heures, l’Estadio Vicente-Calderón tremble encore. Une scène coutumière sur les bords du Rio Manzanares où s’entassent habituellement les aficionados colchoneros. On crie, on refait le match, on prend des photos, on les balance sur Facebook histoire d’avoir de faire « like » facile… Bref, un après-match normal. Sauf qu’à y prêter plus attention, c’est une langue familière qui berce les tympans. Du « Quel match ! » à toutes les sauces, quelques « On n'est pas venu pour rien » et les traditionnelles exagérations françaises « On méritait de gagner, mais c’était quand même super » . Cervantès aurait donc troqué sa chemise avec Molière ? Presque. Mais quoi donc alors ? L’équipe de France, cette bannie de la bonne pensée moderne, peuplée de caïds mal éduqués, aurait croqué l’Espagne ? À deux doigts. Bah oui, après un match fou-fou-fou, les Bleus de France et de Navarre viennent de ramener un nul aussi inespéré que mérité au bout du bout du temps additionnel. Une soirée bien folle dans les tribunes. Sauf pour les Espagnols, râleurs à l’heure de rentrer dans le métro.

Hymne sifflé, hymne muet

Le métro, justement, affiche une affluence extraordinaire à une demi-heure du coup d’envoi. Les wagons se remplissent, la foule s’entasse et les portes du métropolitain ne peuvent plus se fermer. Ni une, ni deux, des hommes de la sécurité format Playmobil font descendre sur le quai les pressés. Le train souterrain repart, mais le même cirque s’orchestre à chaque arrêt. Finalement, sueur au front et mains moites, les bouches de la station Piramides déversent leur lot de supporters. Beaucoup de Jaune et de Rouge, et quelques perruques tricolores à l’horizon. Sur les quelques centaines de mètres qui séparent la ligne 5 du stade, les badauds ne semblent plus aussi pressés. Pourtant, le coup de sifflet inaugural n’attend pas, lui. Au moment d’aller chercher l’accréditation, mauvaise surprise. La Fédération espagnole, peu au fait des nouvelles technologies, n’aurait pas reçu la demande. À force de persuasion, quelques yeux doux, un bon coup de gueule et l’aide salvatrice du 10Sport, le sésame est délivré. Direction les premiers rangs au milieu de la peuplade espagnole. À défaut de tribune – rudimentaire – de presse, ici, pour sûr, l’ambiance sera.

Finalement, de Français, il y en a beaucoup dans les tribunes. Un rang derrière, Chris, le père, et Enzo, le fils au maillot à la cocarde, affichent un large sourire. Descendus directement de Dordogne pour l’occasion, ils se délectent d’avance du spectacle. Et aperçoivent au loin Bernard « Petit bonhomme » Diomède, puis Aly Cissokho. Alors que les vingt-deux acteurs font leur entrée sous les « Olé » ibères, mieux vaut prévenir : la Marseillaise sera sifflée. Quelques secondes plus tard, des paroles aux actes, quelques milliers d'anesthésiés sifflent en cœur l’hymne français. Fort en gueule, les Espagnols affichent, eux, un hymne sans parole. Le match, lui, n’attend pas et commence par une passe à dix de la Roja. Le Vicente-Calderón apprécie, les Gaulois s’extasient : « Putain, les contrôles, les passes, c’est autre chose que notre Ligue 1. » On appelle ça le haut niveau. Niveau mental cette fois, un supporter espagnol est heureux d'exposer son QI d’huître au repos. À chaque touche de balle des Bleus blancs, un « hijo de puta » sort de son gosier aux relents de bière. Une fois, c’est drôle, deux fois, c’est drôle, trois fois, c’est chiant. Même ses compatriotes finissent par le prier de fermer son clapet.

Bleu, blanc, breton


Avec l’ouverture du score vient le chambrage. Les « Franchutes » descendent des tribunes – la version « espingouin » du Français. Le but valable mais invalidé de Ménez apporte, lui, son lot de hors-forfait. Tout bon supporter tricolore s’accroche à son combiné pour demander aux copains restés dans l’Hexagone si le but était recevable. Le verdict est sans appel : oui, il y avait bien but ; oui, ça commence à sentir le roussi. À la mi-temps, le ravitaillement à la bière (sans alcool) et au Coca-Cola est obligatoire. Pour le hot-dog ou la barquette de frites, il faudra repasser et avaler quelques graines de tournesol. Idem pour la galette-saucisse. De toute façon, les nombreux Bretons présents au Vicente-Calderón ne sont pas venus pour cela. « On est en séminaire avec notre entreprise. Du coup, on en profite pour venir au stade et profiter de la nuit madrilène » , glissent en cœur les porteurs des Gwenn ha Du. Des étendards noir et blanc sont d’ailleurs visibles un peu partout dans le stade. Comme lors du Tour de France ou des Jeux Olympiques, le Breton est dans la place et le fait savoir.

Le second acte démarre, lui, tambour battant. Dans les tribunes, personne n’a le temps de s’endormir. Enfin presque. Car après l’heure de jeu, le public de la Roja ne miaule plus. Les Bleus prennent le dessus sur le terrain, mais aussi dans les travées. « C’est à croire qu’il y a plus d’ambiance lorsque l’on joue à l’extérieur qu’au stade de France » , murmure-t-on. Pas vraiment difficile… Rejeté dans le coin gauche du stade, le kop France s’égosille à plein poumon. Sur le pré, les poulains de DD perdent, mais s’arrachent, et ça fait « belle lurette qu’on n'a pas vu ça » . Finalement, la délivrance vient de Giroud à l’ultime seconde. Chris, supporter en CDI des Bleus, sort de ses gonds. À l’instar des centaines de Français, il saute, court, crie dans un silence de cathédrale. Les Espagnols, chambreurs pendant un temps, s’avouent vaincus. Pourtant, c’est un match nul qu’annonce le tableau d’affichage. Pas grave, « pour nous, c’est comme une victoire. Dans l’état d’esprit, et même le jeu, nos Bleus ont été supers. » Des Bleus qui offrent d’ailleurs un tour d’honneur à tous les Hexagonaux. Chris et Enzo, eux, profitent du stade qui se vide en quelques minutes. Ils saluent Arsène, espèrent que « maman à enregistrer le match » et rentrent gaiement à leur hôtel. Sur la route du retour, ils croisent Clément d’Antibes, « venu avec plus de 500 supporters » lors du voyage organisé par la Fédé. Les abords du stade sont bleu-blanc-rouge. Qu’ils soient venus de France ou en Erasmus, les Français ne quittent pas les abords de Vicente. Les Espagnols, eux, sont déjà dans le métro. Un métropolitain encore une fois bondé.

Par Robin Delorme, au Vicente-Calderón
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