1. // Mondial Minimes Montaigu

On était au Mondial de Montaigu

Deux stagiaires. Week-end de Pâques. Mondial Minimes de Montaigu. Pour nos chefs, l'équation est limpide. Plutôt que d'aller pêcher des oeufs en chocolat en famille, nous partons chez De Villiers pour couvrir un tournoi plutôt réputé regroupant huit centres de formation de l'Hexagone et huit sélections nationales. Les oeufs attendront. Restitution.

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Dimanche 4 avril, TER 58817, Nantes - les Sables d'Olonne. Sur les coups de 13 heures, calée en 2de classe, une dénommée Séverine, une carrure de frigo, les cheveux et le cuir de Lorenzo Lamas sur les épaules, a l'oreille fine et nous met dans le bain : « Vous allez au Mondial de Montaigu ? Et ben, je vous préviens, ça va être blindé ! » . 13h26, gare de Montaigu. Nous descendons du train et nous constatons que Séverine nous a un peu vite vendu son rêve vendéen. Sous la grêle, le parvis et le parking de la gare sont déserts et aucune pub n'annonce le Mondial de Montaigu, seulement des pancartes d'arrêt de bus sur l'incontournable Puy du Fou, la fierté du département.

Direction le complexe Max Bossis, et non pas Maxime. Ici, on se permet de l'appeler Max et pas pour des raisons d'économies de lettres sur le panneau. Nous croisons les premiers locaux, avec en fond sonore, le roi du slip Yannick Noah mixé avec un Daft Punk vintage, sauce Homework. Les immanquables d'un tournoi de foot sont évidemment de la partie : le stand merguez-chipo, le muscadet, la saucisse à Tonton Pierre, les Crocos Haribo en duel avec les Nuts et l'apéro original du week-end, la Madjer à 1,5 euros, un coup à ne pas laisser filer. Pas le temps de jouer aux gastronomes, nous accostons Jeannine, histoire d'avoir nos badges estampillés « PRESSE » . Les RP du tournoi, Day-Mikes, une copie foncée de Don King, et Florian, la crapuche au nez en guise de bienvenue, nous accueillent : «  Si vous avez besoin d'agents, de recruteurs ou des partenaires, n'hésitez pas, on peut vous arranger ça » . C'est ça de pris pour le lendemain, le lundi de Pâques, le jour des finales.

Les Emirats réclamaient la piscine

Niveau jeu, la déception prime. On nous avait vendu le passage d'un Nedved ou Cristiano Ronaldo, qui avaient traîné leurs crampons ici lors d'éditions précédentes. Finalement, nous nous sommes farcis les descendances de Xavier Gravelaine (Romain Gravelaine du FC Nantes) et Jocelyn Angloma (Johan à l'OL, le palmier sur le crâne). Une seule lumière vient éclaircir cette journée plombée par les nuages et une qualité de jeu douteuse : le Stade Rennais et Weslay Saïd, leur attaquant de pointe, une merveille de technique et de facilité, qui a servi le triplé pour éliminer Le Mans en demi-finale.

Fin de la journée, les stands se rangent, sauf celui des bières belges, qui propose sa Chimay à 3 euros. Quelques mousses à 8 degrés plus tard, nous débarquons à notre hôtel, le Relax, 2 étoiles, Canal Plus et Wifi all inclusive. La photo fait peur : un panneau clignotant digne d'un motel ricain, un parking de 50 ha vide collé à une départementale et des champs à perte de vue. La sélection emirati devait y séjourner mais devant le tableau, elle « n'était même pas descendue de son bus, nous réclamant un autre hébergement, parce qu'il n'y avait pas de piscine dans le Relax » avoue Michel Allemand, le boss du tournoi. Nous décidons quand même de poser nos quartiers au Relax, puisque nous n'avions pas de maillot et de bonnet de bain. Après un plat indigeste céleri-champignons en sauce nous montons dans la chambre pour mater Auxerre-PSG. Malheureusement pour nous, le tenancier nous informe que le Relax n'a Canal Plus « qu'en clair » . Saleté de pub mensongère.

«  C'est abusé, au bled, ils ont 32 ans »

Lundi 5 avril, nous croisons sur le parking une bande de six jeunes, maillots de Coupe de France sur le dos, sponsors Pitch et RTL en flocage. Les veinards ont fait 200 bornes pour mater le Mondial et acceptent de nous déposer à « Max Bossis » . Thomas, le conducteur, loue les qualités de sa nouvelle caisse : « Je viens de vendre ma BM 10 000 euros, là c'en est une toute neuve, achetée 18 000 tu vois. Bon, y'a pas beaucoup d'options mais y'a quand même 245 chevaux sous le capot » . Et il en pense quoi du tournoi ? La réponse fuse : «  Y a des équipes, ils disent que leurs joueurs ils ont 17 ans, mais au bled, j'en suis sûr, ils en ont 32 » . Et Thomas d'appuyer son propos : « Oualaradime, c'est abusé » . Si tu le dis...
Pour la finale des clubs, Rennes-ASSE, nous nous sommes collés à Laurent Viaud, recruteur pour Rafa Benitez à Liverpool. L'ancien Monégasque est bavard : « Les agents, ils sont pénibles. Ils viennent te voir, pour te demander ce que tu penses d'untel ou un autre. Moi, ce que je fais, c'est que je leur dis n'importe quoi, comme ça, je brouille les pistes » . Malin.

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Pour la finale des sélections nationales, nous avons changé de casaque, en prenant le poulain Guy Hillion, recruteur pour Chelsea, celui qui avait braqué Kakuta à Lens. Explications : «  Il avait redoublé sa 3ème. Comme il n'avait pas fait son 1er cycle scolaire normalement, on pouvait le prendre. Il y avait une faille dans le règlement, donc on l'a pris » . Encore un malin. Hillion, de bonne humeur, nous invite à questionner notre voisin de derrière, Bruno Baronchelli, ancien adjoint d'Halilhodzic en Côte d'Ivoire, tout fraîchement débarqué de son poste. Le teint hâlé, Bruno pige pour une société, Scout Seven, qui vend des comptes-rendus de matches. Le pigiste Baronchelli, avant la finale Portugal-Angleterre, pose la bonne question du jour à Hillion : « T'as des joueurs en Angleterre ? Non ? Ouais, remarque y'a pas d'Anglais à Chelsea » .

Les groupies du vestiaire

Pendant la mi-temps, nous voulons découvrir les à-côtés du tournoi. Des cris de jeunes filles en fleur, type fans de Roch Voisine en 1990, assourdissent la sortie des vestiaires. Sophie, 12 ans, se justifie : «  Le 8 Portugais, il est trop beau. J'ai même une photo et il m'a donné une de ses chaussettes » . Sophie nous montre et sent le trésor : «  Bon, elle pue mais ça me fait un souvenir. Pff, il est trop beau de toute façon » . Pas la peine de contre-argumenter devant une demoiselle amoureuse. Nous poursuivons et tombons sur Zana, attaquant de l'équipe de France, fils de réfugiés politiques irakiens, au discours déjà trop policé à propos des harceleuses de vestiaire : «  On donne des trucs pour faire plaisir, comme ça elles sont contentes. Elles sont derrière nous à chaque match. Il faut les récompenser après » .

Nous apprêtions à partir quand le Messie déboule, de façon triomphale dans les travées du complexe Max Bossis. Pierre Ménès, polo et foulard Eden Park, Nike fluos violettes, les lunettes de soleil sur la tête, vient en voisin pour remettre les trophées. Nous devons prendre la photo. En checkant le cliché, Pierrot, les joues printanières, ne fait pas dans le mystère : «  Mouais, de toute façon, y'a pas de miracles ! » . Nous confirmons et nous pouvons quitter Montaigu, en vous prévenant malgré tout des prochaines réjouissances vendéennes : le 10 avril, Thierry Roland vient en guest au Salon du Livre, dédicacer son bouquin «  Mes 13 coupes du monde » alors que l'Open de Fléchettes prendra le relais le week-end suivant.

Ronan Boscher et Franck Lenfant, à Montaigu.

PS : nous ne sommes plus stagiaires depuis aujourd'hui. Merci.

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Ah j'ai du vous croiser dimanche alors !

J'y étais le samedi et dimanche pour observer ces futurs espoirs de demain pour les ajouter dans le prochain Football Manager ;)

Jérôme Boudin
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