On était au Fan Fest de Cape Town

Quatre heures debout par à peine 7°C, c'est peanut pour le Sud-Africain, bien décidé à fêter autant que faire se peut le premier Mondial sur le continent. Mais tout ça, c'était avant le drame, bien entendu...

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Interdiction d'introduire des aérosols, des armes dangereuses, des
parapluies excédant 40 centimètres et des pancartes ou t-shirts
racistes. Le Fan Fest de Cape Town accepte tout le monde, sauf les
terroristes, les xénophobes, les pyromanes, les parapluviophilistes et
les lève-tard. Le match des Bafana-Bafana contre l'Uruguay a lieu à
20h30, mais la zone FIFA réservée aux fans affiche complet depuis 16h.
Capacité : 25 000 personnes. Aucun moyen d'y accéder. La police montée
ne bougera pas d'un petit sabot. La centaine de vuvuzelas en furie
recalée aux grilles du parc devra trouver un autre point de chute.
Sans rancune. L'intérieur n'est que la copie corrigée de l'extérieur :
une vraie et véritable maison du bonheur.

Coincé entre la gare et le fort de Bonne-Espérance, le Fan Fest n'est
pas le plus à plaindre. A domicile comme à... (j'arrête là !). Deux
salles, deux ambiances. D'un côté, une scène digne des Solidays pour
les durs. De l'autre, un espace Chill Out avec les tables d'aires
d'autoroute, façon Autogrill et sa zone fumeurs en plein air (sic). Plus
loin un espace Coca avec plein de bulles de savon à l'intérieur et des
G.O rouges qui dansent. Et ici et là, des bars de 20 mètres de long
aux quatre coins de la zone, une tribune assise pour les V.I.P et,
bien sûr, des toilettes de festival de musique. Le décor est planté. A
une exception près. Le FIFA Fan Fest de Cape Town, c'est d'abord son
marché. On y trouve de tout. Outre les traditionnelles échoppes de
maillots, écharpes, drapeaux et cornes de brume, un barbier y a été
aperçu. “Chicago connection - Barber's Delight”, 55 coupes de barbes
possibles et la sono branchée à fond. Les enceintes crachent le
best-of des tubes de la Sagacité. Et le barbier répète ses gammes de
coupé-décalé devant la glace. Quelques mètres en contrebas, derrière
un rideau d'écharpes, et à 10 000 kilomètres de la Porte de St-Ouen,
une échoppe vend des cuirs, des faux jeans G-Star Raw et des
accessoires de mode. Enfin, le quidam peut aussi s'acheter le
petit-déj du lendemain. Du Nescafé Gold trône sur un présentoir, perdu
au milieu de vuvuzelas et autre goodies siglés Coupe du Monde de la
Fifa 2010.

Pendant ce temps-là, sur la scène principale, les musiciens, MC's,
chanteurs, danseurs, Dj's et ambianceurs en tout genre se succèdent pour
faire oublier qu'au Cap, c'est l'hiver, qu'il fait à peine 7°C et que
le coup d'envoi n'est pas avant 3 heures. Heureusement pour eux, le
public est réceptif. Il a envie de se réchauffer. A l'applaudimètre,
l'artiste R'n'B sud-africain Loyiso Bala l'emportera de loin. Pendant
une heure, le sosie officieux de Dizzee Rascal reprendra tous les tubes
du moment. Les classiques du Mondial. Et je sais pas vous, mais en
Afrique du Sud, la B.O de la pub Coca et/ou le titre de Shakira sont
tout près de remplacer l'hymne national. Jusqu'à 19 heures, ça danse
en groupe, à deux, ça se frotte même un peu ou ça tapote du pied pour
les plus timides. Réputée froide et austère, la ville du Cap n'a ce
soir rien à envier au plus grand cabaret du monde. La foule part en
Queue Leu Leu géante. Seuls les grands drapeaux sur les épaules et les
minis sur les joues rappellent qu'ici, c'est pas les Francofolies. Et
l'enfant tenu en laisse par sa maman, que c'est l'Afrique du Sud.

Mais là c'est le drame de la programmation. Loyiso lâche la scène à
une troupe de danseurs et quatre joueurs de djembé. Dont deux blancs,
mais passons. Le but : faire la plus grande “Diski Dance” du monde. Le
Guinness Book des records est prévenu. Deux cents jeunes sont dans la
foule pour montrer les pas à suivre. La choré de Thriller passerait
presque pour la Macarena à côté de ce que les trois gus sur scène
demandent d'exécuter. Et ce n'est pas tout. Ils intiment aux vuvuzelas
de la boucler. Ce qui a comme conséquence d'engendrer l'effet inverse
à celui escompté. Les quelques bourrés redoublent de souffle.
Vuvuzelas 1, Kamel Ouali 0. Une heure à s'époumoner dans le micro, à
lâcher des punchlines comme « I can, You can, And we can all be
fannnnnn ! Wouhou, yeah !
 » . L'ambiance en prend un coup. Et le rêve
de record du monde avec. Hormis l'épisode Pareira mimant de connaître
les paroles de l'hymne national sud-africain, rien à se mettre sous
la dent. A peine le temps de s'auto-persuader que l'AfSud ne sera pas
le premier hôte à ne pas passer le premier tour que Diego Forlan
douche l'ambiance 12 juillet 1998. Les moumoutes, perruques, chapeaux,
maquillages, casques d'ouvrier et lunettes triple foyer renvoient à la
symbolique du clown triste. La leçon de cette pauvre histoire, c'est
qu'en Afrique du Sud, il y a pas de rattrapages pour les
retardataires.

Par Maxime Marchon, au Cap

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