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On était au dernier jour de l'exposition Zanetti

À la Triennale de Milan, une exposition était dédiée à Javier Zanetti, mythique capitaine de l'Inter Milan, qui a pris sa retraite au terme de la saison dernière. Visite guidée des lieux.

Emiliano a six ans. En ce dimanche de novembre, il fait la tête. Sa mère, bourgeoise milanaise sans bohême, l'emmène aujourd'hui à la Triennale, une institution culturelle dédiée au design, à l'architecture et aux arts décoratifs. Dans le parc devant le bâtiment, aucun motif de réjouissance, si ce n'est un vieux monsieur qui titube et chante, une écharpe de l'Athletic Bilbao autour du cou. Il est 11h du matin. La mère et le fils sont rejoints par d'autres binômes du même accabit : une daronne hilare, un gamin renfrogné. Soudain, une des petites têtes qui a appris a lire avant les autres fait part de sa découverte au groupe, en épelant la toile tendue : « Z-A-N-E-T-T-I » ...

Intrigué, le groupe entre dans le hall, majestueux. Pour le dernier jour d'une exposition inédite. Au milieu, une allée d'herbe synthétique en faux plat. Deux vitrines encadrent le passage. Un côté met en scène Javier Zanetti l'Interiste – 1185 matchs sous le maillot nerazzuro -, l'autre, l'Argentin. Certains crient : « Il Capitano ! » Le groupe court alors en meute, s'arrêtant sur chaque relique : maillot de la finale de la Ligue des champions, brassard de capitaine personnalisé, chaussures avec le nom de ses enfants et une plus que brève vidéo de ses buts à l'Inter - souvent en solitaire. Autour, tout le monde s'agite et « parle plus fort que d'habitude » , dixit un guide. De mémoire de plusieurs habitués des lieux, l'effervescence serait inédite, tout cela grâce au désormais vice-président de l'Inter FC, mais surtout à une triplette improbable.

Mécènes, vernissage et boutique


Le premier est le président de la Triennale, Claudio de Albertis, par ailleurs administrateur de l'Inter. C'est lui, sur un coup de tête, qui a décidé de « faire quelque chose sur Zanetti, parce que c'est une nécessité  » , dixit un de ses collaborateurs. Pas d'autre raison invoquée. Dès l'idée avancée, les mécènes et sponsors se sont pressés sans même que le contenu de l'exposition n'ait été défini, idem lors du vernissage, plein à craquer, avec intervention sur scène rythmée par le journaliste Roberto Scarpini : « Il y avait au moins cinq cent personnes, et Zanetti a pris une photo avec chacun d'eux, il était heureux et fier.  »

L'homme qui témoigne est le deuxième larron : le commissaire de l'exposition, Pierluigi Salvadeo. Frêle, joyeux, lunetté et chirurgical, cet enseignant à l'École polytechnique de Milan en mise en scène de l'espace au théâtre ne sait toujours pas pourquoi on est venu le chercher. « Sûrement parce que je n'aime pas trop le foot : la dernière fois que j'ai mis les pieds à San Siro, c'était pour un match contre Dortmund il y a trente ans. » Il confie que l'expo Zanetti n'a, étonnamment, pas été sa mission la plus simple : « L'idée était de faire ressentir la symbolique du tunnel, et une exposition la plus transparente possible, pour être fidèle à Zanetti, mais aussi et surtout pour que ceux qui descendent de l'escalier dans le hall aperçoivent encore la boutique juste derrière ! »

Restaurant et bord du terrain


Reste juste à savoir quoi exposer. Entre alors en scène le troisième homme : Federico Enrichetti, joueur de football en banlieue de Milan, collectionneur compulsif du mythique capitaine, biographe officiel et par ailleurs associé de Zanetti dans le restaurant Il Botinero, monté avec Esteban Cambiasso. L'ensemble des pièces exposées, même les plus personnelles, sont conservées, classées et archivées par Enrichetti, depuis des années. C'est d'ailleurs lui qui a « récupéré au bord du terrain, après chaque match, le maillot d'Il capitano » . Les maillots les plus rares – tournée asiatique, maillots de titres, matchs de coupe épiques… - sont exposés dans la galerie éphémère. D'autres sont pendus au plafond, au-dessus du petit Emiliano, en pleine partie d'air foot. Les rombières attendent : Emiliano et ses amis ne veulent plus partir.



Par Brieux Férot
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