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On était au derby de Rome

A Rome, pendant toute l’année, on attend deux journées. Le jour du derby aller. Et le jour du derby retour. Petits filous que nous sommes, nous voulions tâter l’ambiance de ce match pas comme les autres.

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Jour de derby, à Rome. Un jour particulier, forcément. Depuis le matin (enfin, depuis le début de la semaine, même), la ville est en ébullition. A gauche, un groupe de tifosi de la Roma à une terrasse. A droite, un badaud qui passe en motorino avec une écharpe de la Lazio. Pour une fois, le derby se joue l’après-midi. Toujours mieux pour la sécurité. Deux heures avant le coup d’envoi, la foule est déjà amassée devant le stade. Ça se met bien, avec des bouteilles en verre de Peroni, des panini au porc et, bien sûr, quelques shots de Borghetti (vodka/café) pour faire monter l’adrénaline. Tout est fait pour que les supporters des deux camps ne se croisent pas. Effectivement, il vaut mieux.

D’ailleurs, il s’en faut de peu pour que deux supporters de la Lazio, pourtant plus proches des 90 kilos que du poids plume, se fassent dérouiller par un tifoso de la Roma bien chaud. Aujourd’hui, c’est la Roma qui reçoit. La foule est donc, en grande partie, giallorossa. Qu’à cela ne tienne : direction la Curva Nord de la Lazio. Après trois contrôles de police (même si « contrôle » est un bien grand mot, c’est surtout à la tête du client), les escaliers du stade mènent vers un virage déjà bien garni, et qui chante comme si la Lazio venait de marquer un but. Pourtant, il manque encore une heure avant le début des hostilités. En face, la Curva Sud de la Roma est impressionnante. On ne va pas se mentir, le rouge et le jaune, ça fonctionne. Ce n’est pas Mondrian qui dira l’inverse.

Banderoles, chants, et Lucio Dalla

14h12. Boum. La première bombe agricole pète sur la piste d’athlétisme, recouverte depuis quelques matches par une sorte de fausse pelouse verte. C’est la Curva Nord qui ouvre le bal des bombes. La Sud ne met que quelques minutes à répondre. En tout, lors des quarante minutes qui séparent du coup d’envoi, ce ne sont pas moins d’une dizaine de « bomba carta » qui explosent. Bienvenue en Italie. Bataille de bombes, mais surtout bataille de banderoles, une véritable institution lors des derbys. Le virage de la Lazio commence avec un joli « Capitan Futuro, 5 millioni e firma sicuro » , soit « Capitaine Futur, 5 millions et il signe sans problème » , référence à Daniele De Rossi, qui affirme que la Roma est l’amour de sa vie, mais qui a attendu qu’on lui propose un contrat de 5 millions par an pour le prolonger. La Curva Sud répond avec un « Dopo Madrid, mettetevi in pausa anche qui » . En vf : « Après Madrid, mettez-vous sur pause aujourd’hui aussi » , clin d’œil à la débâcle de la Lazio face à l’Atletico Madrid en Europa League. Le fait que les deux virages s’opposent donne lieu à un spectacle hallucinant. Les chants se mêlent, et dès qu’une frange de tifosi lance un chant en l’honneur de son équipe, l’autre rétorque immédiatement par des sifflets assourdissants pour couvrir le chant. L’idée, c’est de pourrir l’adversaire, au maximum. Et le seul moment où le stade tout entier applaudit en même temps, c’est lorsque la photo du chanteur Lucio Dalla, décédé vendredi, apparaît sur l’écran géant. Il ne manquait plus que Caruso en bande-son, et c’était les larmes assurées.

Souffle d’air

Pour ce qui est du match, on ne va pas se mentir, ce n’était pas du grand spectacle au stadio Olimpico. Le spectacle – et c’est un peu cliché, certes, mais tellement vrai – était en tribunes. Scène ahurissante. Juste avant le début de la rencontre, un homme habillé en prêtre (et le pire, ce qu’il s’agissait peut-être d’un vrai prêtre, pas d’un déguisement) se positionne juste devant la Curva Nord et bénit la Lazio. Juste devant des mecs tatoués, torses nus ou maillots bleus sur les épaules. Quelques minutes après la bénédiction, Stekelenburg, le portier de la Roma, se fait exclure pour une faute sur Klose.

La Curva Nord devient totalement tarée. Peut-être encore plus que lorsque Hernanes transforme son pénalty. Mais quand la Roma égalise, ce n’est pas un hurlement qui résonne dans l’enceinte du stade, c’est carrément un souffle qui aspire l’air et qui fait vibrer l’intégralité des gradins. Oui, c’est la Roma qui reçoit, et ses supporters ont bien l’intention de le faire savoir. Le reste de la première période se résume surtout à beaucoup de fautes, des sifflets venant aussi bien de la Nord que de la Sud, et des supporters giallorossi qui réclament un carton rouge à chaque fois qu’un joueur de la Lazio fait faute.


« Qu’est-ce qu’il fait froid à moins dix… »

En seconde période, l’ambiance est électrique. Totti fait frémir tout le stade (et provoque certainement une ou deux crises cardiaques chez les supporters biancocelesti) lorsqu’il expédie une frappe à quelques centimètres de la lucarne. Mais deux minutes plus tard, l’apothéose est laziale. Mauri donne l’avantage à la Lazio, et provoque le délire chez les supporters. Ça crie, ça hurle, ça s’embrasse. Des scènes de liesse, comme on n’en avait pas vues depuis longtemps de ce côté-là du stade. Tendus comme jamais, les tifosi laziali sifflent chaque ballon récupéré par la Roma. Des cons se distinguent même en envoyant des « buh-buh » en direction du Brésilien Juan, qui leur répond de se la fermer. Le reste de la Curva siffle pour condamner ce comportement raciste, et le speaker essaie de calmer tout le monde. Sans grand succès. Vraiment dommage qu’une bande d’idiots gâche une si belle fête en se conduisant de la sorte.

Des comportements vite oubliés au coup de sifflet final. La Curva Nord est en transe, et célèbre la victoire avec les joueurs. Le virage de la Roma se vide rapidement, même si le cœur de la Sud reste encore là de longues minutes, à agiter des drapeaux rouges et jaunes. Costaud. A la sortie du stade, les cordons de policiers empêchent encore les tifosi de se croiser. Ceux de la Roma attendent sur un pont, bob et lunettes de soleil vissées sur le crâne, histoire d’en découdre avec des éventuels laziali qui passeraient par là. Dans le tram qui ramène vers la Piazza del Popolo, ce sont d’ailleurs des dizaines de tifosi de la Roma qui tirent la tronche. En descendant du tram, un vieux supporter de la Lazio d’une soixante d’années, qui s’était fait discret au milieu des ennemis, se lâche, tout seul. «  Vous êtes à dix points ! Moins dix, moins dix… Qu’est-ce qu’il fait froid à moins dix » . Personne n’a osé répondre.

Eric Maggiori, avec Lucas Duvernet-Coppola, à Rome
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