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On était à la finale du championnat Carioca

Bière Skol, minishorts, petit pont, O Emperador, favelas, transistors, samba, Vagner Love, gazon maudit, string Tanga, tifos géants, torcida en chaleur, Garrincha, Zico, et Romario. Bienvenue au Maracaña, théâtre de la finale du championnat carioca entre Botafogo et Flamengo.

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Rio de Janeiro. Stade Maracaña. 14 heures. Il fait 30° à l'ombre. Dans deux heures, Flamengo affronte Botafogo pour la quatrième année consécutive en finale du championnat de l'Etat de Rio. Lors des trois dernières éditions, les Rouges et Noirs sont repartis chaque fois avec, en poche, le titre de meilleure équipe carioca pour le plus grand malheur du Fogao. Cette saison pourtant, le club du mythique Garrincha s'annonce comme favori. Joel Santana, leur entraîneur, a bâti un bloc équipe à l'européenne. Comprendre : grosse défense bien compacte, milieu besogneux et une grande courge devant, l'uruguayen Loco Abreu. L'ancien coach des Bafana-Bafana n'a jamais perdu une finale de coupe de Rio. Avec 11 victoires en autant de participations, Santana maîtrise parfaitement ses riffs. Flamengo, le club le plus populaire du pays, va en faire les frais.

14h30, une marée de supporteurs rubro negros et alvinegros débarquent de la station de métro Maracaña en direction du stade homonyme, également appelé Mario Filho. Pour certains, la mythique enceinte de Rio est considérée comme le véritable poumon de la ville. De la bedaine aux tablettes de chocolat, des décolletés plongeants au tanga apparent, le spectacle est à l'extérieur des grilles. La bière et quelques mamacitas aux minis shorts en jean façon Mariah Carey font chauffer l'ambiance comme dans un clip de rap US. Même les flics sont là. Et pas n'importe lesquels : des golgoths à fusil mitrailleur balaient les alentours du stade juchés sur leur 4X4 customisé façon GI Joe. Putain de tropa de elite. Faut dire qu'autour, quelques favelas surplombent les collines situées côté Sud du stade. Et pourtant, l'ambiance est agréablement bon-enfant. Ici, c'est moins pire qu'à Paris.

15h30. Cet après-midi, le Maracaña fête ses 60 ans. A six ans de la coupe du Monde, le stade va bientôt se faire lifter. A première vue, il en a pas besoin. Seules des banderoles interdisant de pisser contre les murs de l'enceinte rappellent qu'il y a quelques années, une étude a conclu que les murs étaient sérieusement pourris à cause de l'incontinence des torcedores. Bref, pendant que sur la pelouse, le président de l'America, un certain Romario, fête le titre du tournoi Joao Ellis Fiho sur Macae, dans les tribunes, Fogao et Mangao se jaugent. Le match est dans une demi-heure. Mais visiblement, ils ne sont pas venus que pour ça. Ils veulent faire du bruit. Beaucoup de bruit. Le Kop de Lens, les barras argentines et ces charlots du club France peuvent aller se rhabiller...

16h : l'arbitre - le futur homme du match - siffle le début de la rencontre. Au bout de 5 minutes, il a déjà dégainé trois cartons jaunes. 85 minutes plus tard, il ajoutera 12 autres biscottes amarelhas et deux cartons rouges à son tableau de chasse personnel. Entre temps, ce ne fut pas la panacée. Flamengo a tout misé sur les exploits personnels de ses stars Vagner Love et Adriano. Sauf qu'aujourd'hui les deux têtes de gondole des rubro negros ont été aux abonnés absents. Malgré un but de renard de Mister Love (45e) et un retourné flingué d'O Emperador, rien à signaler. Ou presque. Adriano, de retour de spleen, a manqué lamentablement le penalty de l'égalisation à 10 minutes du finish. Ses supporteurs accusent le coup mais ne semblent pas lui en vouloir des masses. De son côté, Bota n'a pas eu à forcer pour gagner. Certes, leurs deux buts sont arrivés sur des penaltys plus ou moins litigieux (23e et 72e sur une panenka à la Zidane de Loco Abreu), mais le verdict est sans appel : le meilleur collectif l'a emporté. L'équipe à l'étoile blanche mérite largement son titre.


Conclusion dominicale : les gardiens brésiliens, c'est toujours pas ça. Comme les replis défensifs ou les snacks d'ailleurs ; un sandwich dégueu sous cellophane vendu 5 Reais, ça vaudra jamais la bonne vieille merguez-frite. Pas de mi-temps pour les supporteurs ni pour la peau du tambour. Cet été, le remix entre vuvuzelas et samba discount risque d'en énerver plus d'un. Sinon le Maracaña, c'est quand même des sensations pures. Des tifos en veux-tu, en voilà. Des papys aux transistors. Des enfants dosés d'avoir assister à un spectacle gratuit. Des supportrices gostosas du Flamengo qui pleurent à chaudes larmes. Celles de Botafogo qui sourient de tout leur corps. Et un hommage à Mane Garrincha, peut-être le joueur le plus fantasque que le Brésil ait jamais connu. N'en déplaise à Pelé et à son homologue blanc, l'idole de Flamengo : Zico.

Par Javier Prieto-Santos et Maxime Marchon, à Rio de Janeiro.

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