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On était à la finale de la Coupe de Norvège

Dimanche après-midi, Rosenborg a battu Sarpsborg à l’Ulleval pour s’octroyer la Coupe de Norvège. Un couronnement logique, célébré après un long week-end de fête et des litres de bière. Retour sur une tradition bien norvégienne.

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Les habitants d’Oslo un peu snobs avaient prévenu : « Mieux vaut éviter le centre-ville ce week-end. Ça va être rempli de provinciaux ivres morts, qui hurlent et vomissent dans la rue. » Ce samedi de fin novembre, « la province » , à qui Oslo réserve un dédain amusé, s’est emparée de Karls Johan Gate, la principale artère commerçante de la capitale norvégienne. De la gare centrale toute proche, ils arrivent par centaines. De Sarpsborg et Trondheim précisément. La raison ? La finale de la Coupe de Norvège, qui doit se dérouler le lendemain et qui oppose cette année le Sarpsborg 08 FF à Rosenborg. Le trophée est le plus ancien du football norvégien et aussi le plus prestigieux. Une particularité locale. En effetl même si c’est le vainqueur du championnat qui accède aux tours préliminaires de la Ligue des champions, c’est bien le gagnant de la Coupe qui est toujours considéré comme champion de Norvège. Du coup chaque année, à la fin novembre, les supporters des deux équipes finalistes débarquent à la capitale et s’enivrent dans ses rues pour un week-end où tout est permis.

Bière à 8 balles et pipi de travers


Sur Youngstorget, une des places les plus importantes de la night osloïte, une énorme tente blanche a été dressée. Vers 18 heures, des hommes et des femmes tout en bleu et blanc y entrent par centaines. Ils viennent de Sarpsborg, une ville située à une heure de route de la capitale vers le sud-est et la frontière suédoise. Pour la première fois depuis les années 50, le club de la ville est en finale. 10 000 de ses habitants, soit presque 1/5 de la population, ont fait le déplacement. Thomas est de ceux-là, cet employé municipal ne pouvait pas louper la fête, même s'il a dû laisser ses deux enfants à la maison : « Au stade, à Sarpsborg, on doit être 2000 par match ! La, on est plus rien que dans la tente. Et demain, on sera 10 000 au stade. La finale de la Coupe de Norvège, c’est une super fête, tous les ans, les villes finalistes viennent à Oslo. Je peux te dire qu’il n’y a plus une place dans les hôtels, tous sont complets. C’est un week-end spécial, une grande tradition en Norvège, c’est vraiment génial. »

Il y a de tout, des couples, des personnes âgées, des jeunes filles en fleurs. Certains portent des jeans bien taillés, des vestes et des boots qui ne dépareilleraient pas dans les quartiers branchés de la capitale, d’autres affichent un style un peu plus rustique et un casque à cornes. Tous portent au moins une écharpe à l’effigie du club. Au milieu de la salle, des énormes tables ont été dressées comme pour un banquet viking ou une fête de village. Devant elles, une scène sur laquelle surgit un groupe de pop, qui entonne un hymne un peu cheesy repris en chœur par les 2500 personnes présentes. Espen habite à Oslo, mais il est originaire de Sarpsborg, il joue les traducteurs : « Tous les groupes qui vont monter sur scène sont originaires de notre région. Ce groupe-là est assez connu en Norvège. La chanson qu’ils chantent, c’est un hymne composé spécialement pour la finale de la Coupe qui dit basiquement que Sarpsborg est la plus grand ville de Norvège. Les fans de Rosenborg doivent avoir la même en remplaçant Sarpsborg par Trondheim ! » concède-t-il en se marrant, avant d’offrir une bière pour la France. Vrai, à peine 500 mètres plus loin, les fans de Rosenborg ont eux investi pour leur fête le Rockefeller Music Hall, une salle de concert.

Règne national vs règne millénaire


Leurs adversaires, les gens du Sud-Est s’en occuperont demain. Pour le moment, ils sont bien trop occupés à rentabiliser le voyage. Tous font la queue pour se procurer des tickets qui donnent accès aux boissons. 2 tickets, soit 8 euros la canette de bière ou de cidre à la poire. Même tarif pour le shot qui est servi dans un genre de flasque jetable. Les prix sont typiquement norvégiens, mais n’empêchent personne de s’enivrer, on monte sur les tables pour chanter à la gloire du 08, le surnom du club. Sur les écrans géants qui encadrent la scène, un homme gênant au look de rockeur cheap apparaît sur un clip qui retrace les différentes étapes de la qualification pour la finale.

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Il est 21 heures et les effets de l’alcool commencent à se faire sentir. Malgré les –5°C, les supporters se pressent dehors pour fumer une clope ou vider leurs vessies, dans des pissotières, généralement réservées aux festivals de musique. Quelques-uns titubent sévèrement sous l’effet de l’aquavit ou de la Borg, la bière locale. Aucune animosité, juste quelques mecs déjà trop saouls pour marcher correctement. Les vigiles se contentent de les raccompagner à la porte en leur conseillant un peu de repos. Thomas a pas mal picolé lui aussi, mais il assure qu’il est capable de remettre ça : « Si on gagne, alors je peux te dire qu’il y aura une énorme teuf à Sarpsborg demain. Personne n’ira au boulot lundi ! » avant de digresser vers les attentats parisiens, les yeux brillants, éthyliques : « C’est horrible ce qu’ils ont fait. Viser des gens comme vous, comme nous qui voulont juste faire la fête et assister à un match de foot. On veut juste être heureux » , insiste-t-il. Ses camarades ne disent pas le contraire. Il est 23 heures, et l’ivresse est généralisée, elle gueule joyeusement son amour pour Sarpsorg. La salle commence déjà à se vider. Il faut être en forme, à 13 heures à l’Ullevall le lendemain.

Un beau soleil d’hiver réchauffe Oslo ce dimanche. Dans le virage Sud du magnifique stade, les fans de Sarpsborg se font entendre, mais moins que ceux de Rosenborg situés en face d’eux. 13 000 Trollongan, enfants trolls en VF, ont fait le déplacement. Alors que l’hymne norvégien, qui ressemble curieusement au God Save the Queen vient de retentir (en réalité, l’air est identique et les paroles proclament en norvégien God Save the King, ndlr). Les ultras du Nord déploient un énorme tifo qui énumère les exploits passés du plus grand club du pays. San Siro 95, Wesfelenstadion 99, Mestalla 2007, soit autant de triomphes historiques. Sarpsborg répond par une banderole en l’honneur des 1000 ans de la fondation de la ville, qui sera célébrée en 2016. Sur le terrain, les hommes de Trondheim montre vite qu’ils sont les patrons. Avec son immuable 4-3-3 avec des ailiers virevoltants, et un avant-centre costaud et bon de la tête, Rosenborg (prononcer Rousenborg) affiche sa supériorité. Les coéquipiers de l’ancien Rennais Konradsen jouent mieux et alternent, un jeu direct assez létal avec des phases de conservation du ballon intéressantes.

Suite à un énorme cafouillage, c’est finalement l’ailier Pål André Helland qui ouvre le score. Du pain béni pour les fans noir et blanc qui sautent en cœur. Sarpsborg a du mal à exister. Il faut dire que le plus grand club de Norvège est en plein renouveau. Il vient de remporter la Tippeligaen et veut réaliser le doublé. Les jeunes De Lanlay, Selnæs et Midtsjø ne devraient eux pas rester des années à Trondheim. C’est un autre joueur du RBK qui se met en évidence : le milieu danois Mike Jensen et sa fine moustache de hardeur doublent la mise d’une frappe de mule. Dès lors, plus rien ne peut contrarier les Trollongan. Aux citrons alors que les journalistes de la tribune presse se ravitaillent en hot dogs, les Bleu et Blanc entonnent en tribune l’hymne spécialement composé pour l’occasion. Mais on peine à les entendre et la deuxième mi-temps ne changera pas la donne. Le roi Harald V remet la coupe aux joueurs de Rosenborg. Le défenseur Mickael Dorsin en profite pour lancer son public sur le génial Shalalala.

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Quant aux fans de Sarpsborg, il est temps pour eux de plier les gaules et de rentrer chez eux. Il n’y aura pas de fête ce soir, ça tombe bien, Thomas avait encore la gueule de bois.

Par Arthur Jeanne à Oslo
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Ha, ha, même si je ne suis pas extrêmement fan du design du nouveau site de So Foot, tant qu'il y aura des articles tels que celui-ci, je viendrai y traîner mes guêtres.
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