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On était à la clôture du mercato italien

C'est une tradition, depuis des années, les derniers jours des sessions de marché des transferts se déroulent dans un grand hôtel milanais et au beau milieu des médias. Une foire à l'italienne comme on les aime.

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« L'hôtel ferme demain, et ils viennent d'être prévenus » , annoncent les ravissantes hôtesses d'accueil. Muni de drapeaux de syndicats en tout genre, le personnel de l'ATA Executive Hotel s’est regroupé devant les deux entrées. En tout, six établissements de cette chaîne fermeront leurs portes, mettant au chômage près de 600 employés. Cet immeuble milanais quatre étoiles recevra donc le gratin du football italien pour la dernière fois après l'avoir fait pendant sept ans. Qu'importe, les concurrents seront prêts à reprendre la suite de ce qui est désormais un des rendez-vous phares de la saison footballistique italienne.

Marathon médiatique


La légende, mais pas que, raconte qu’un certain Raimondo Lanza di Trabia fut à l’initiative de cette manifestation. Président de Palermo pendant une seule saison au début des années 50, il eut l’idée de proposer une ou deux réunions annuelles afin de faciliter les négociations entre les clubs italiens. Plus de 60 ans plus tard, ces sessions se sont transformées en grande messe du football transalpin. Un événement coorganisé par Infront Italy et l’ADISE, l’association des directeurs sportifs italiens. Situé devant la gare Garibaldi et à une dizaine de minutes à pied du centre-ville, l’espace de quelques jours, l’Ata Hotel Executive se pare des couleurs verte et blanche du calciomercato. Pour cette version hivernale, il s’est mis à disposition jeudi, vendredi et lundi. Un hall d’entrée au centre, un lounge bar sans serveur à gauche, une salle réservée à la fédé à droite et une multitude de médias. Aucun cador de la communication italienne ne manque à l’appel, Sky, Mediaset Premium, Rai Sport, Gazzetta TV et plusieurs chaînes régionales, mais aussi Sportitalia qui a fait du mercato sa spécialité : « C’est un événement plus important qu’une finale de Ligue des champions. Le foot italien est dans le creux de la vague, et ce qui compte le plus pour les tifosi est de se nourrir des espoirs qu’offrent le marché des transferts. Nous faisons nos meilleures audiences lors des deux jours de fermeture » , explique Gianluigi Longari, rédacteur en chef adjoint.


Près de dix heures de direct quasi non-stop, micros en main et yeux rivés sur les smartphones pour consulter les news qui tombent les unes après les autres. Alors comment se démarquer de cette terrible concurrence ? « Avec la qualité des nouvelles que vous donnez, il s’agit de se créer une crédibilité en divulguant une info vérifiée. Il est inutile de chercher à créer la sensation, car les spectateurs vous le font payer. Mais si vous êtes fiables, le public vous identifie comme la référence à suivre. C’est une rivalité difficile mais saine, chacun possède ses sources et fait son travail. » Quelques mètres plus loin œuvre Gianluca Di Marzio, qui a exploité ce filon à merveille pour le groupe Sky. Fils d’un ancien entraîneur, il est le M. Mercato en Italie et est devenu la référence en la matière avec un staff très complet. Il devance Alfredo Pedullà de Sportitalia et Carlo Laudisa de la Gazzetta dello Sport. Un trio qui fait partie du quotidien des supporters italiens et qui a remplacé les grandes plumes du passé.

Petite soirée


Au milieu de cette fourmilière de journalistes, quelques directeurs sportifs et agents de joueurs tentent de se frayer un chemin. C’est qu’on en oublierait presque que ce rendez-vous leur est consacré. Les équipes de Serie B et Lega Pro logent en bas dans des minibox, tandis que ceux de Serie A sont au rez-de-chaussée, et non plus dans les chambres de luxe comme ces dernières années. Les dirigeants doivent même signer une feuille de présence, mais il n’y a pas foule, Pantaleo Corvino, directeur sportif de Bologna, est l'un des seuls ayant fait le déplacement, les autres ne sont que des collaborateurs. Idem parmi les agents, puisque l'unique présence remarquée est celle d'Andrea D’Amico qui a Giovinco, Criscito, Maxi López et Aquilani parmi ses clients, et tente de ramener ce dernier en Italie, précisément du côté de la Sampdoria. En vain, il passera surtout son temps sur les plateaux télé : « C’est vrai que c'est un sacré contraste, car d’un côté, nous menons des négociations qui doivent rester discrètes, et deux minutes après, on va tout raconter aux médias, mais c’est aussi une belle chose, car cela permet aux téléspectateurs de suivre les transactions en temps réel » , raconte son collaborateur Ermanno Cordua, avant d’ajouter : « Ce rendez-vous est aussi l’occasion de nouer des rapports, de connaître de nouveaux joueurs, de préparer les sessions suivantes. Il peut paraître anachronique en 2016, mais le rapport humain reste fondamental. » C’est le cas pour nombre de ses collègues qui font leurs premières armes et qui rôdent devant les box afin de proposer quelques joueurs méconnus à des clubs qui le sont tout autant.

Sauvés par le gong


La liste des transferts validés défile sur les écrans plats, il s’agit pour la plupart d’opérations mineures et sans intérêt. De l’aveu des spécialistes, ce n’est pas une grande soirée, rien à se mettre sous la dent, tout juste un Floro Flores au Chievo et un Benalouane à la Fiorentina. Le compte à rebours se poursuit, et nous voici maintenant au rush final. L’agitation monte, les journalistes se massent devant une porte qui les sépare des bureaux de la Fédération où sont validées les transactions. Il y a deux ans, un contrat a traversé le hall et franchi le seuil sur le gong : « Les joueurs sont réticents jusqu’à la dernière minute et temporisent dans l’espoir de recevoir une meilleure offre. Les deux parties cherchent à spéculer, ça fait partie du jeu, et c’est à la toute fin que les prétentions baissent et que l’accord est trouvé » , confie Enrico Coscia, collègue de Corvino. Deux dirigeants pressés entrent en agitant des documents, le transfert d’Arturo Lupoli de Pise à Catania vient d’être validé, ce sera la dernière opération du jour. Comme pour le Nouvel An, le décompte final est annoncé à voix haute, puis les portes se ferment dans une mise en scène très italienne. Il est 23h. Fin du marathon.


C’était la der à l’Ata Hotel Executive, qu’adviendra-t-il donc de ce rencard ? « Certains veulent le délocaliser, mais cette ville reste le centre névralgique du calciomercato, tout se passe dans les grands hôtels milanais, et la croissance de la Roma ou du Napoli n’y feront rien » , estime Longari. Un concept transalpin qui commence à être exporté petit à petit : « À Dubaï, il y a un événement assez similaire, où de nombreux opérateurs de mercato se retrouvent. Le marché des transferts n’échappe pas à la mainmise des médias et du merchandising » , conclut Coscia, vieux briscard qui a assisté à toute cette révolution. Le hall se vide petit à petit, tandis que les techniciens rangent le matos après une journée éprouvante. Demain, ce quatre étoiles ne ré-ouvrira pas et ses anciens employés resteront à la maison, après s'être mêlés plusieurs jours à l'un des marchés les plus prospères. Encore un de ces curieux contrastes que seul le football sait nous offrir.

Par Valentin Pauluzzi, à Milan
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